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Démocratie |
Nous qui vivons sous le régime de la démocratie, avons-nous seulement idée de ce que peut bien impliquer ce concept magnifiant la "puissance du peuple" ? Nous avons, sans aucun doute, la satisfaction de pouvoir introduire, de temps à autre, notre suffrage dans une urne, en pensant à la foule de ceux qui n'ont pas encore cette possibilité... Mais la plus grande frustration de nos semblables devrait-elle avoir pour conséquence de rabaisser nos prétentions légitimes à obtenir davantage de contrôle sur notre destinée ? Certes non ! Si nous devons donc reconnaître les bienfaits générés par le système politique dans lequel nous vivons - tels les droits qui nous y sont attribués - nous ne pouvons manquer de nous interroger sur deux points fondamentaux : où est véritablement le peuple et où est donc sa puissance ?
Dès lors que des droits sont reconnus aux individus, comme par exemple celui de s'exprimer ou celui de s'associer, il devient difficile de parler de "peuple" autrement qu'en terme d'un ensemble d'individus possédant des droits identiques. De fait, la population d'un même territoire recouvre aujourd'hui une multitude de communautés, une foule de comportements divers et des formes très différentes de rapport aux autres et à la société... Impossible donc de définir le "peuple" comme une masse uniforme, et c'est heureux ! La démocratie se comprend ainsi comme un régime permettant aux individus de participer à l'exercice du pouvoir. Ce dernier ne peut évidemment se résumer à la jouissance de quelques droits basiques, mais doit également se manifester à travers la prise de décision dans des domaines déterminants pour l'évolution du groupe.
Et là, notre expérience du système démocratique nous montre à quel point nous sommes loins de cet idéal : nous ne faisons, en réalité, que choisir des représentants censés correspondre à notre vision de la bonne gouvernance, des individus auxquels nous prêtons une capacité à veiller au bien commun sur la base de leur bonne mine et de leurs discours. Trop souvent, ces derniers, une fois au pouvoir, se mettent rarement en mesure de remplir leurs engagements, quand seulement ils s'en souviennent... En outre, le citoyen d'une nation démocratique ne se trouve quasiment jamais consulté sur des questions fondamentales, comme celles relatives aux droits humains, vrais fondements de la démocratie. Cela n'a rien d'étonnant : le pouvoir de décision du citoyen est précisément limité parce qu'il n'est jamais mis en mesure de se prononcer quant à l'évolution de ses droits fondamentaux. Et l'on en vient à distinguer la démocratie "directe" et "indirecte", sans prendre conscience que la notion "d'intermédiaire" ou de "représentant" dans l'exercice du pouvoir risque de démentir l'idée même de "démocratie" : c'est malheureusement ce qui arrive la plupart du temps.
Observons le fonctionnement de nos gouvernements et nous nous rendrons compte que les décisions prises découlent de logiques économiques et politiques qui n'ont que rarement pour origine le souci du bien-être de tous... Ainsi, c'est la particularité du régime démocratique que de placer ses dirigeants dans la délicate posture de l'équilibriste devant tracer sa voie entre les intérêts des élites et la satisfaction de ses électeurs. Tirés à hue et à dia, nos politiciens n'ont d'autre choix que de promettre l'opulence à tous, qu'ils recouvrent du terme magique de "croissance" : une façon d'insinuer que l'on grandit en s'enrichissant, comme si l'accumulation de biens pouvait impliquer l'évolution, alors qu'elle ne provoque que son contraire, la régression... Mais c'est en faisant de la démocratie une ploutocratie - autrement dit, un régime où le pouvoir revient aux riches - que nos gouvernants conservent leurs privilèges, assurant au "peuple" l'accroissement de son pouvoir d'achat, tandis qu'ils concèdent aux élites l'opportunité d'acheter le pouvoir... (à suivre)
Geoffroi 
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