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Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

Adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies en 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme fait partie de ces textes produits par la conscience humaine dont la dimension ne fera que s'affirmer davantage avec le temps et l'histoire. D'ores et déjà, nous pouvons admirer une œuvre devant laquelle des générations s'inclineront parce qu'elles reconnaîtront en elle le commencement d'une ère nouvelle, celle de la Fraternité. Certes, la deuxième moitié du vingtième siècle ne pourra pas prétendre au titre de période modèle s'agissant du respect des libertés fondamentales ! Toutefois, dans un siècle ou deux, les habitants de la terre considéreront la date d'adoption de ce texte comme un moment exceptionnel pour l'humanité, un véritable retournement de l'histoire. Celle-ci, au lieu d'égrener ses guerres interminables, sera devenue peu à peu le catalogue des actions posées en faveur du respect des droits d'autrui, jusqu'à n'être plus que cela : le récit de cette longue marche qui doit finalement conduire l'humanité à la paix. Jamais, en effet, les sociétés ne se sont autant préoccupées des droits fondamentaux de leurs semblables : droits civils et politiques, culturels et sociaux, économiques, intellectuels et spirituels etc. Et si l'essentiel reste évidemment à faire, le coup d'envoi de ce grand défi aura tout de même été lancé il y a plus de cinquante ans.

Si l'on considère la masse de littérature produite par les hommes, on constatera qu'il y a peu de textes profanes qui affirment d'emblée leur caractère universel. Ce sont plutôt les écritures dites "saintes" des grandes religions qui nous ont habitués à cette façon de faire, même si l'universalité leur fut parfois conférée bien après leur révélation. Quoi qu'il en soit, la Déclaration Universelle a ceci de très particulier qu'elle énonce globalement des droits inhérents à l'être et non plus des devoirs. D'autres écrits, avant elle, s'étaient déjà employés à cette tâche mais là, la tragédie de la Seconde Guerre Mondiale a donné un sens beaucoup plus profond à la promulgation d'un idéal commun à tous. On ne saurait donc éviter de mettre en parallèle le Décalogue (traité dans l'article précédent) et la Déclaration Universelle, voyant dans cette dernière la continuation du premier avec, cependant, une différence de taille : l'Amour de l'humanité pour elle-même, un Amour qui s'est lentement répandu dans les consciences à mesure que les individus se sont rendu perméables à des vérités plus libératrices, comme celles apportées par l'Evangile et d'autres grands textes porteurs de Paix et d'Amour pour le genre humain, écrits qui seraient restés sans avenir si des êtres d'exception n'en avaient incarné l'essence.

Oui, l'humanité enrichie de la Déclaration Universelle, ne peut se comporter comme avant : les souffrances endurées par ses membres indiquent à chacun d'entre nous qu'il est temps de chercher en soi, avec l'aide ou non de ses traditions culturelles et religieuses, l'aptitude à la Fraternité qui y gît. Bien sûr, ceux qui auront entrevu, à travers les enseignements des maîtres et des mystiques, les liens étroits qui unissent tous les êtres vivants, auront pris quelques longueurs d'avance : il leur revient donc d'éclairer le chemin de leurs semblables afin d'éviter qu'ils n'aillent se perdre dans les gouffres du racisme, de l'égoïsme, du nationalisme, de l'intégrisme religieux, du libéralisme sauvage, de la violence, de l'indifférence et de bien d'autres fléaux... Bien sûr, aussi, il y aura toujours des personnes figées dans leurs conditionnements et leurs pouvoirs au point de rejeter cet appel à la Fraternité lancée par la Déclaration, au nom de quelques droits iniques qu'elles s'efforceront de préserver malgré le cours des choses et le désir des peuples. Mais gageons qu'il n'y aura bientôt plus guère de tyrans qui oseront parler à la place des populations dont ils ont la charge et plus aucune oreille pour les écouter. Pour le moment, toutefois, alors que l'humanité commence à exprimer de l'Amour pour elle-même, certaines forces voudraient l'en empêcher : tel est le combat de notre époque.

En ce début de troisième millénaire, les êtres humains sont, en effet, parvenus au terme d'une expérience qui leur a permis de prendre conscience, comme jamais auparavant, de leur besoin d'aimer et d'être aimés, de recevoir mais aussi de donner, bref de partager et d'échanger à égalité, d'individu à individu, de peuple à peuple. Autrement dit, de vivre "dans un esprit de fraternité" comme y invite l'article premier. L'aspiration commune à la démocratie de la part de populations aux cultures et aux modes de vie très différents en constitue un exemple flagrant. Et le message à retenir de cette évolution est, tout simplement, que les hommes et les femmes n'admettent plus les systèmes élitistes et hiérarchiques, les inégalités et les injustices de toute sorte. Mieux, un grand nombre d'entre eux a la possibilité de le dire haut et fort, voire même de faire de cette vérité universelle une réalité dans le gouvernement d'un état ou la direction d'une structure humaine quelconque. Mais à côté de cela, il existe de grands systèmes idéologiques et religieux qui s'opposent à la volonté des personnes et forment d'importants obstacles sur la route de la Fraternité : leur autorité réside, selon les cas, dans le pouvoir que ces organisations exercent sur la vie spirituelle, intellectuelle ou économique de leurs semblables. Toutes ont en commun de bafouer les libertés fondamentales de ceux dont elles ont la charge en se basant sur des droits, parfois millénaires, qu'elles ne veulent surtout pas voir remis en cause.

A toutes ces formes d'oppression, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme vient annoncer qu'il est temps de se réformer ou de disparaître. Des systèmes politiques qui traitent l'individu comme un pion au service de l'état, aux mouvements religieux qui refusent de reconnaître l'égalité de l'homme et de la femme en leur sein, en passant par les multinationales du profit rompues à l'exploitation des pauvres gens, toutes ces structures vont devoir s'adapter aux exigences des êtres libres. Il faudra, certes, encore beaucoup d'efforts avant d'y parvenir, mais rien ne peut arrêter le flot des droits humains, une fois qu'il a été libéré : cet océan où se rassemblent tous ceux qui manifestent leur dignité en défendant celle de leur semblable.


Geoffroi Contact



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