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Décalogue

Les Dix Commandements transmis à Moïse sur le Mont Sinaï ont-ils encore une valeur aujourd’hui ou bien sont-ils les produits d’une époque révolue comme le pensait Nietzsche ? Que nous le voulions ou non, que nous considérions ces commandements comme autant de prescriptions dictées sur un ton insupportable, peu importe : il nous faut bien admettre que les termes de ce que la tradition considère comme une alliance entre l’homme et Dieu sont, encore aujourd’hui, au cœur de toute morale humaine. Ceux qui, dans les temps anciens, se sont employés à les faire connaître, n’auraient sans doute pas toléré les nombreux commentaires qu’ils ont générés par la suite : a priori, une loi n’est pas faite pour être discutée, surtout lorsqu’elle est d’ordre divin ! Pourtant, Dieu Lui-même s’est sans doute fait à l’idée que tout ce qui « tombe » dans le plan humain est sujet à discussion, voire à caution. De sorte qu’une parole, aussi pure soit-elle, résonne différemment dans les sphères célestes où elle est prononcée et dans l’espace-temps qu’elle traverse.

Nous n’en voudrons donc pas à Moïse et à ses successeurs de ce qu’ils nous ont rapporté, même si la formulation en est imparfaite et nécessite une légère réadaptation en fonction des exigences de notre époque : il est déjà beau que Moïse ait pu s’élever jusqu'à la perception de cette connaissance. Ce qui frappe tout d’abord, dans ces recommandations, c’est que Dieu se soucie du bonheur de l’être humain et du bon fonctionnement des sociétés au point qu’un homme sage aurait aussi bien pu en être l’auteur : interdire le meurtre et le vol, déconseiller le mensonge et la jalousie, veiller sur les faibles et protéger sa famille... Qui pourrait songer à y redire ? Il s’agit bien là de préceptes permettant à l’harmonie de perdurer entre les individus. Dieu ne s’est tout de même pas oublié dans la distribution, conseillant vivement à l’homme de ne rien idolâtrer, de ne pas parler de Lui à tort et à travers, et de ne pas l’oublier en Lui consacrant une journée sur sept. Mais si l’on y regarde de plus près, on s’apercevra que ce n’est pas pour Lui-même que Dieu parle ainsi de Lui dès les premiers commandements, mais pour le bien de l’homme !

L’être humain a souvent eu tendance à voir en Dieu un Etre aussi borné que lui, soucieux de son prestige personnel et grand pourfendeur de toute divinité concurrente... Quand bien même les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards de la terre entière respecteraient scrupuleusement le jour du Seigneur et n’adoreraient que Lui d’un élan commun du cœur, cela n’apporterait rien de plus au Créateur dont les anges chantent les louanges de toute éternité ! C’est donc pour l’homme que Dieu parle de Dieu et non pour vendre son inaltérable image... Et quelques millénaires n’ont pas suffi à faire comprendre aux consciences que si Dieu a pu trouver juste qu’un jour lui soit consacré, c’est simplement pour que les créatures s’intéressent à autre chose qu’à leur nombril ! Tout simplement, pour qu’elles apprennent à découvrir que Dieu leur veut du bien et, notamment, qu’Il les a sauvé de l’esclavage : un Dieu libérateur et fidèle, quelle originalité à l’époque ! Quelle nouveauté encore aujourd’hui !

Peu importe donc la formulation de ces « commandements » ou, mieux, ces « conseils pour se rapprocher de Dieu » : malgré les ans, ils conservent leur actualité puisque l’homme n’est toujours pas parvenu à les mettre correctement en pratique... Tous les prétextes sont bons pour tuer son semblable, pour abuser de sa confiance, pour cultiver des désirs toujours plus artificiels et vains... Et si l’humanité en est encore là aujourd’hui, c’est certainement parce qu’elle s’est entourée de dieux tous plus faux les uns que les autres : traditionnellement, on citera l’argent, le pouvoir, la reconnaissance sociale... Mais il ne faut pas oublier l’essentiel : le manque de confiance en la vie et le manque d’Amour pour soi et pour autrui qui forment le lacis de conditionnements, de préjugés, d’habitudes et de bêtise qui nous tient étouffés entre ses mailles, tels de pauvres esclaves se débattant dans le filet d’un rétiaire au milieu d’une arène, tandis que quelques puissants, dans leur loge d’honneur s’esclaffent devant notre maladresse.

Le Dieu du Décalogue est le Dieu de la liberté et, en tant que tel, Il n’ordonne rien mais Il informe d’une vérité qui soulage en ouvrant de plus larges horizons à nos âmes inquiètes. Et là-bas, dans un lointain qui semble inaccessible, nous distinguons un soleil qui se lève. Nous ne saurons pas qu’ « Amour » est son nom tant que nous n’aurons pas mêlé notre liberté à sa lumière.


Geoffroi Contact



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