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D comme Dieu |
Dieu, quatre petites lettres mises bout à bout composent ce mot gigantesque : ce nom sans équivalent qui recouvre une infinité de notions, porte une immensité d'espoirs, évoque tant d'épreuves et de dépassements. Dieu, un terme annonciateur d'horizons sans fin qui nous appelle autant à l'humilité qu'à la démesure... Humilité devant un Infini face auquel notre existence peut sembler (illusoirement) insignifiante ; démesure qui nous étreint dès lors que nos lèvres ont formé ce mot essentiel, accomplissant le miracle qui consiste à faire entrer cette « chose énorme », ce Tout, ce Principe premier dans l'espace délicat de notre conscience.
En disant « Dieu », nous nommons le « Sans Nom ». Nous attribuons notre réalité particulière à Celui qui englobe toutes les réalités. Et nous restons stupéfaits par notre audace et reconnaissants à la Toute-Puissance de se prêter à notre jeu. Nous sommes alors littéralement « soufflés », emportés par le vent de l'esprit dans des sphères inattendues, étonnés autant par notre hardiesse qui nous fait désigner le « Un » par un nom, que par la familiarité avec laquelle Il se plie à notre volonté...
Car donner un nom au « Très-Haut » n'est pas sans conséquence. Rendons-nous compte : nous Lui assignons ainsi une place, une fonction ; nous lui attribuons un son, une vibration. En somme, nous Le forçons à nous parler, à communiquer avec nous, Lui tellement porté sur la discrétion... « Dieu », disons-nous à voix haute et Le voici convoqué. Autrement dit, en nommant Celui qui échappe à toute définition, à toute appellation, nous avons réussi à établir une relation avec Lui, notre Créateur. Un contact a lieu qui rend ainsi le Tout-Puissant plus proche et le fait irrépressiblement nôtre.
Il est évidemment impossible de savoir quand l'être humain a
créé dans son esprit l'idée d'un « principe d'explication de
l'existence du monde, conçu sous la forme d'un être personnel »
(tel est ordinairement le sens du mot « Dieu » dans le dictionnaire).
Mais il n'en reste pas moins qu'un certain jour, un homme et
une femme, en contemplant peut-être le ciel étoilé et l'océan
capricieux, déclarèrent face aux éléments : « tout cela représente
quelqu'un ». Et ce jour-là marque un glorieux instant de l'histoire
de l'humanité. Car en découvrant cette réalité nouvelle, c'est
notre existence que nous avons élargie, notre banalité que nous
avons illuminée. En reconnaissant l'origine de tout, nous avons
été reconnus comme en faisant dignement partie. Et le mot « Dieu »
a pris alors un sens supplémentaire - trop souvent ignoré -
celui de « principe d'explication de l'existence de soi, conçu
sous la forme d'un monde ». En expliquant Dieu, sans lui poser
de limite, nous nous sommes en même temps perçus comme étant
nous-mêmes un univers entier en création et en mouvement permanent.
Nous nous sommes constatés illimités, tout comme Celui que nous
avons désigné comme tel.
Bien sûr, l'homme a toujours fait Dieu à son image. Trop souvent, il a donné de Lui une vision singulièrement détestable parce qu'il a oublié qu'en décidant de nommer l'Être Suprême, il avait accompli un acte d'autocréation d'une inestimable valeur. L'homme s'est ainsi laissé submerger par le pouvoir qu'il a acquis en cet instant divin. Il s'est regardé lui-même au lieu de continuer l'échange entamé avec Dieu. Il l'a nommé et s'en est allé, pensant peut-être que Dieu, étant déjà Tout, n'avait besoin de rien... mais surtout, tout fiérot qu'était l'homme de sa puissance fraîchement acquise, pressé d'en connaître les effets sur ses semblables moins éveillés... Et « Dieu » fut chargé alors de notions contraires à sa liberté, d'idées opposées à son Amour, de contraintes allant à l'encontre de son existence.
Nous avons fait entrer Dieu dans notre monde en l'appelant par son Nom. Rendus forts à son contact, nous l'avons affublé de concepts qui le défigurent, de rituels qui le banalisent, de dogmes qui le rendent étranger, tyrannique, inamical... Il nous faut aujourd'hui revenir au point de départ, au jour où nous avons appelé le Créateur pour communiquer avec Lui. En quatre lettres, Dieu a répondu à notre invitation, Il a comblé notre solitude de sa Présence et, depuis ce jour où notre désir d'Aimer de façon illimitée s'est exprimé, Il attend. Nous devions nous unir à Lui, mais nous n'avons fait que Le manipuler pour satisfaire notre ego et subjuguer nos frères et sœurs...
Par la suite, l'humanité a développé bien des langages et des concepts, dont beaucoup, par leur diversité, ont grandement favorisé son évolution. Mais Celui que nous nommons « Dieu » se tient toujours dans l'ombre de notre conscience. Nous l'avons appelé, nous avons goûté un peu de sa gloire mais la Rencontre n'a pas eu lieu car même réduit à quatre lettres dérisoires, Dieu a besoin de toute la place qu'il y a dans notre conscience pour exister. Dire « Dieu » aura toujours le sens d'un appel, d'un cri d'Amour. Ce mot traduira éternellement la volonté et le désir d'union d'un être humain prêt à tout donner. Le reste est superflu. Si nous voulons parler de Dieu ou parler à Dieu avec une autre idée en tête, mieux vaut demeurer à jamais silencieux.
Geoffroi 
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