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Damnation |
Etre damné, c’est être privé
de la vision de Dieu. Tel est le sens originel de ce terme qui
a fait frémir des générations de croyants, lesquels ont dû souvent
se demander comment un tel châtiment était compatible avec l’Amour
infini du Créateur. Ce mot exprime en fait la dualité dont le
monde a tant de mal à s’extraire : dans l’Amour qui régit l’univers
entier, il ne peut exister, bien entendu, de châtiments éternels.
Seules demeurent les souffrances que les hommes infligent à
leurs semblables et qu’ils s’imposent à eux-mêmes par l’iniquité
de leurs comportements. Rejetons donc d’emblée « dans la géhenne
» toute idée d’éternité dans la punition, dans la privation
ou la peine : l’Amour seul est éternel ; toute crainte, toute
misère et toute douleur relèvent du temporaire c’est-à-dire
d’un monde typiquement matériel soumis aux contraintes du temps
et de l’espace. Bref, à un monde dense (Satan signifie la «
densité ») habité d’êtres humains oublieux de leur origine divine.
Si ces derniers ont poussé le vice jusqu'à se faire peur avec
des visions de rôtisseries infernales, des descriptions recherchées
de tourments sans fin et de supplices ardents, cela n’avait
pas d’autre but que de subjuguer leurs semblables : beaucoup
l’ont rapidement compris et souhaitons qu’il ne reste personne
aujourd’hui pour accorder foi à l’idée « satanique » (parce
qu’inventée de toutes pièces par des êtres denses et limités)
que Dieu puisse ainsi maltraiter la créature qu’Il chérit. Reste
pour les théologiens la question de savoir comment concilier
l’idée de la responsabilité de l’homme, de sa liberté - qui,
selon eux, implique l’existence d’un enfer éternel - et l’Amour
infini de Dieu. C’est qu’ils tiennent absolument à faire exister
la liberté humaine en dehors de l’Amour et qu’ils lui dénient,
en réalité, son caractère illimité qui fait que l’Amour est
partout, au cœur de toutes choses et que la notion même d’un
enfer permanent n’a pas le moindre sens. N’est permanent que
ce qui prend son énergie dans l’Amour, n’est éternel que ce
qui s’unit à Lui. L’enfer et ses peines aussi cruelles qu’illusoires
ne saurait avoir d’existence, même faible, sans l’Amour qui
donne leur cohésion aux choses et aux êtres, de sorte que Satan
lui-même a besoin de l’énergie de l’Amour pour s’opposer à Lui.
De ce fait, la damnation est une simple contradiction, au sens
littéral, et est donc, par définition, limitée, tout comme l’enfer
est un espace limité (dans la conscience des créatures) fait
pour durer un temps donné (à la mesure de ce qui est nécessaire
à l’évolution des êtres). La négativité de celui qui s’oppose
perpétuellement à l’Amour le conduit purement et simplement
à la destruction de son identité c’est-à-dire à sa recomposition
dans le sein de Dieu dont il est issu, en tant que créature.
A l’origine de la confusion qui persiste dans l’esprit humain
quant à la damnation, se trouve une perception extrêmement archaïque
du « mal » comme d’une transgression à un ordre établi ou comme
tout acte effectué en opposition à une loi supérieure. La réalité
du mal est beaucoup plus simple que cela et, pareillement, la
réalité de ce qu’est la damnation : il s’agit simplement d’actions
opposées à notre nature et menant à sa perte. Chaque individu
étant dépendant de ses semblables du fait de leur origine commune,
ce qui nuit à autrui nous nuit directement à nous-mêmes. C’est
contre cela que l’Amour nous met en garde, contre notre propre
perte dont nous sommes très souvent inconscients. Point n’est
besoin d’un enfer situé dans l’au-delà : il est déjà ici-bas
pour celui qui ne vit pas dans l’Amour. Point n’est besoin d’être
damné par décision extérieure : il l’est déjà, celui qui choisit
de s’opposer à l’Amour. Non pas qu’il doive alors encourir une
peine supplémentaire, mais que la simple privation à laquelle
il s’astreint constitue déjà la plus pénible des souffrances.
Ainsi, être damné, c’est en effet se priver de la vision divine
car nul autre ne peut nous condamner que nous-mêmes. Et ce châtiment
auquel nous nous soumettons, commence tout d’abord lorsque nous
refusons de contempler le divin en nous, puis que nous devenons
incapables de Le distinguer chez autrui. Notre esprit, illimité
par nature, se voit contraint d’emprunter des chemins tout tracés
et sordides, reflets pitoyables de notre croyance en un monde
étriqué, sans idéal, sans projet, sans le moindre sens excepté
celui qui consiste à perpétuer des traditions, des habitudes,
des conditionnements vides d’Amour, sans nouveauté, sans créativité,
bref, rigoureusement contraire à la Vie et à son renouvellement
permanent, à ses multiples changements, à son expansion sans
fin. Cette vision de Dieu en toutes choses, en tout être, cette
perception d’une existence éternelle dans des mondes unis et
en perpétuelle évolution, voilà ce qui nous manque, nous qui
nous attachons à un fragment de la vérité alors que l’Amour
nous appelle à les embrasser tous ; nous qui attendons du ciel
des miracles alors que le prodige, c’est cet univers, c’est
nous ; nous qui voulons voir Dieu dans sa gloire alors que nous
l’avons en nous et auprès de nous et que nous ne Le reconnaissons
pas. Sortons de notre aveuglement : prenons conscience que la
Vie, malgré les apparences, est Amour et que l’être humain,
malgré ses accoutrements déplaisants, recèle Dieu en lui. Et
que notre mental cesse de nier, à notre plus grand dam, ce que
notre cœur connaît comme étant la Vérité.
Geoffroi 
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