|
Communication |
Alors que le pape Jean-Paul
II a demandé pardon à Dieu et aux hommes pour les fautes
commises par l’Eglise tout au long des siècles, un grand nombre
de chrétiens ont manifesté l’espoir d’un renouveau qui
se traduirait par une véritable application du message d’Amour
exprimé dans l’Evangile. De plus en plus de chrétiens et de
suiveurs de Jésus-Christ au sens large trouvent en effet qu’il
est grand temps que les actes s’accordent aux paroles afin que
la Bonne Nouvelle puisse être réellement vécue comme telle et
non comme un moyen supplémentaire d’aliéner les consciences.
Ainsi, il est nécessaire que l’Eglise s’interroge sur les causes qui l’ont conduite à commettre tant d’erreurs au lieu de servir de phare à l’humanité tout entière. Dans le même esprit, il est indispensable que les individus analysent soigneusement leurs comportements afin de distinguer ce qui, en eux, va dans le sens de la fraternité de ce qui conduit directement à l’autodestruction. Cette introspection effectuée avec suffisamment de sincérité conduira le croyant à quelques évidences : tout d’abord, il s’apercevra que la Vérité la plus lumineuse perd instantanément son éclat dès lors que l’on tente de l’imposer à son voisin. Car, précisément, la Vérité de Jésus consiste en l’Amour du prochain et s’oppose à toute contrainte. Le croyant honnête comprendra alors que la Vérité est bien souvent accompagnée de « fioritures » ajoutées par les hommes et qui l’empêchent de resplendir : il reviendra naturellement à l’essentiel c’est-à-dire à la révélation apportée par Jésus et incarnée pleinement en Lui, la réalité que Dieu nous aime d’une façon inconditionnelle. Cet Amour, le chrétien aura plaisir à le faire partager, non pas en incitant autrui à croire mais en lui offrant la possibilité d’y goûter. Comment ? Tout simplement en faisant de son être un moyen de communication entre Dieu et l’Autre, un canal d’expression divine à l’image de Jésus.
Voilà donc l’édifice fraternel que l’Eglise aurait dû bâtir depuis 2000 ans et auquel elle a souvent préféré le montage artificiel de doctrines qui finissent toujours par assécher l’Amour présent à l’origine. Voilà ce que tentent de réaliser des millions d’êtres humains, avec ou sans religion, en communicant à leurs semblables l’Amour infini de Dieu par la bonté de leurs actes. De sorte qu’aujourd’hui, il existe une assemblée d’hommes et de femmes, croyants ou non, chrétiens, musulmans ou athées, qui, en dehors des conditionnements dus à leurs cultures ou leurs confessions, participent à l’expansion de l’Amour sur ce plan d’existence en communicant à leurs prochains l’Amour immense qui est à la source de toute vie. Communiquer, c’est pour cela que nous avons pris chair : pour échanger avec nos semblables, pour leur donner le meilleur de nous et nous ouvrir à tout ce qu’ils ont de bon à donner. Car la Vérité n’appartient pas à un individu si sage soit-il mais résulte de l’union que réalisent deux ou plusieurs êtres qui s’aiment. Celui qui cherche à faire partager le trésor qu’il a découvert doit plutôt faire en sorte que ceux qu’il voudrait entraîner à sa suite deviennent par eux-mêmes des découvreurs : c’est ainsi qu’il manifestera un Amour véritable en permettant à autrui de se rapprocher directement de Dieu, sans intermédiaire.
En d’autres termes, vouloir sauver son semblable (souci de tant de croyants qui pensent ainsi s’assurer le paradis), cela consiste très simplement et concrètement à l’aimer, à s’intéresser à lui et à ce qu’il peut apporter pour construire un bonheur de vivre toujours renouvelé. S’il est facile d’annoncer la Bonne Nouvelle et d’élaborer des doctrines pour en établir la vérité, il est infiniment plus difficile de se tourner vers ceux que l’on considère avec dédain parce qu’ils sont d’une autre religion, d’une autre culture, d’une autre Vérité. S’ouvrir à la Vérité d’autrui et la faire sienne, tel est le véritable Amour, à l’image de Dieu qui se fait homme et s’ouvre à notre vérité quotidienne : c’est ainsi, en communicant perpétuellement avec l’Autre, en communiant à sa Vérité propre que nous agirons comme le Père agit avec nous, communiant inlassablement à nos obscurités et à nos lumières, supportant nos peines et glorifiant nos joies.
Geoffroi 
|