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Colère |
En lisant l’Ancien Testament,
nous ne pouvons manquer d’être frappés par l’importance du thème
de la colère divine. A tout moment, Dieu menace les humains
du feu de sa fureur et ses oracles prédisent des cataclysmes
sans nombre auxquels n’échappent que ceux qui font sa volonté.
De sorte que l’impression générale qui ressort de la lecture
de la Bible - Evangile mis à part - est celle d’un Dieu prompt
à la vengeance : un Dieu violent. Si nous lui mettons en parallèle
la Parole de Jésus « Et Moi, je vous dis que quiconque se
met en colère contre son frère sera passible du jugement »*,
voilà le croyant pour le moins désappointé. Il ne peut que l’être
encore bien davantage s’il se souvient que la colère fait partie
des sept péchés capitaux et que Jésus a enseigné aux hommes
à être parfaits comme leur Père est parfait...
Certes, il est coutumier de prétendre que l’Ancien Testament utilise le thème de la colère de Dieu pour exprimer que Notre Père ne saurait rester insensible aux fautes commises par ses créatures et qu’il est donc légitime que la punition appropriée qu’Il leur réserve s’abatte sur eux telle la foudre. Aujourd’hui, il nous faut rompre avec cette hypocrisie et rejeter, avec toute la force d’âme dont nous sommes capables, cette vision absurde de Dieu : non seulement elle s’oppose de la façon la plus radicale qui soit à l’Amour infini, substance même de Dieu incarnée en Jésus-Christ, mais, en outre, elle influence encore les esprits de notre époque et constitue un véritable obstacle à la Fraternité.
En effet, à cause de cette représentation d’un Dieu à l’image de l’homme, tous les excès sont permis et les fanatismes s’en trouvent justifiés. Puisque le Seigneur punit ses sujets avec autant de sévérité, pourquoi ceux qui le servent ne seraient-ils pas les instruments de sa justice ? Et puisque Dieu Lui-même se laisse emporter par la déferlante des passions, pourquoi les hommes n’useraient-ils pas de violence à l’égard de ceux qui ne respectent pas la Loi ? Oui, dans l’Ancien Testament, Dieu ne fait pas qu’éprouver les individus à la mesure de leurs capacités, Il sait aussi les accabler de tous les maux pour se faire respecter : et là, c’est précisément sa colère qui le discrédite car si les femmes et les hommes d’aujourd’hui croient parfois aux vertus de la punition, ils savent se méfier du manque de maîtrise, de l’agressivité maladive et de la perte de contrôle de soi. Ainsi, la notion de colère ne peut être accolée au concept de divinité : ce sont deux thèmes qui s’accordent aussi mal que l’Amour et la haine et traduisent un dualisme issu d’une époque obscure qu’il convient de rejeter dans l’oubli. L’exemple même de Jésus-Christ, de sa Passion qui ne fut rien d’autre qu’un feu dévorant d’Amour pour les humains et non une furie vengeresse, rend caduque cette vision de Dieu inventée par des hommes pour en opprimer d’autres.
Malheureusement, la violence de Dieu véhiculée par l’Ancien Testament se lit encore dans les conditionnements moraux de nos sociétés et dans leur compréhension limitée de la justice : on punit des criminels au lieu de leur permettre de réparer leurs fautes ; on détruit la vie d’un grand nombre d’hommes et de femmes au lieu de leur donner une chance de se transformer ; pire, on exécute froidement des individus, perpétuant ainsi l’enchaînement dramatique de la violence et de la haine... La loi du talion promène encore son spectre dans nos civilisations aux tendances morbides. Tout cela parce qu’un prophète de malheur, un jour maudit, a cru bon d’inventer cette idée de colère divine pour calmer les instincts mauvais de ses contemporains. Et tout cela parce qu’il y a eu par la suite des instances religieuses assez perverties pour perpétrer cet artifice dans le seul but d’inféoder les consciences. L’Amour infini de Dieu pour les êtres humains nous montre de Lui une tout autre image et nous indique un autre chemin : celui de la sérénité, de l’apaisement et du pardon, loin de toute cette boue.
* Matthieu 5, 21-22
Geoffroi 
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