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Culte |
La question du culte reste centrale dans toutes les religions. Lorsqu’un croyant fait la connaissance de quelqu’un avec lequel il semble partager certaines affinités, il se peut qu’il en vienne à aborder le domaine du religieux ou du divin en lui demandant simplement s’il croit lui aussi en Dieu. Une réponse affirmative de sa part apportera à son interlocuteur le sentiment agréable et singulier d’avoir quelque chose en commun avec un individu qu’il vient à peine de rencontrer. Si notre homme est un pratiquant assidu, il ne manquera pas de passer à l’étape suivante en demandant à son homologue s’il l’est aussi. Dans l’hypothèse où ce soit bien le cas, tous deux en éprouveront une sorte de soulagement : la certitude d’appartenir à un même monde. Dans l’hypothèse inverse, le croyant aura peut-être la sensation d’être inférieur à son collègue pratiquant. Autrement dit, d’être quelqu’un de moins « sérieux », et, sans aucun doute, de moins engagé du point de vue religieux. Le croyant pourra même en ressentir une certaine culpabilité...
L’être humain a, certes, inventé bien des façons personnelles « d’adorer Dieu », notamment par la méditation ou la prière. Mais la pratique d’un culte au sein d’une communauté revêt une importance toute particulière quand il s’agit de traduire la relation spécifique de Dieu avec son peuple, comme c’est le cas dans le christianisme. Et c’est ainsi que le croyant peut avoir du remord à l’idée de s’exclure ainsi de la compagnie de ses frères et sœurs, en dédaignant d’accomplir ce que les autres considèrent comme un devoir. Il y a ainsi dans la notion de culte, une forte idée de prescription : divine en ce qu’elle serait une exigence de Dieu, humaine parce qu’elle est une injonction du groupe. Dès lors, toute personne exprimant un désir de vie spirituelle, tout en restant à l’écart d’une communauté risquera d’apparaître comme excentrique, voire orgueilleuse. A notre époque, il est très courant, en effet, de rencontrer des personnes que la notion même de groupe rebute parce qu’elles se sentent faire partie de l’humanité entière et que la religion telle qu’elle se pratique leur paraît dresser de stériles barrières au sein de la fraternité. Contrairement à ce que beaucoup de pratiquants et de religieux pourraient penser, ces personnes ne souffrent pas « d’anémie spirituelle » mais, bien au contraire, sont en passe de se libérer des conditionnements qui font que leurs semblables se regroupent sans se demander s’ils partagent effectivement l’essentiel.
Heureusement, il y a l’exemple de Jésus qui est, en ce qui concerne le culte, d’une limpidité extrême, tant par les enseignements qu’il a délivrés que par les actes qu’il a posés. « Adorer Dieu en esprit et en vérité », telle est l’expérience à laquelle il nous convie. Et pour Jésus, cela signifie très simplement de conserver en soi l’Amour Divin et de le faire croître en accomplissant des actes qui le manifestent au quotidien. Croire, c’est connaître l’Amour. Et le connaître, c’est le mettre en pratique et le répandre dans tous les domaines de l’existence, de la façon que nous jugeons bonne et profitable pour tous. Il n’y a pas d’autre culte parce qu’il ne peut y avoir de plus grande expression de l’Amour de l’être humain pour le Créateur que de se donner à Lui afin que sa puissance créatrice apporte davantage de joie et de fraternité à nos semblables. Vu sous cette angle, le culte, c’est-à-dire l’hommage rendu à Dieu, occupe l’intégralité du quotidien d’un individu, au même titre que, par exemple, l’Amour qu’il peut éprouver pour son conjoint, son enfant ou ses amis, illumine toute son existence.
Dans cette perspective, Dieu - qui est Amour inconditionnel - ne saurait prescrire à des êtres dont Il chérit la liberté de se comporter d’une manière spécifique s’agissant de la relation qu’Il veut tisser avec chacun d’eux. Il s’agit bien d’Amour, au sens illimité du terme : un Amour où le plus aimant est à la disposition du plus aimé et rien d’autre. En ce domaine, l’homme peut constater, vu le nombre impressionnant de religions et de sectes qui se disputent l’autorité en matière de compréhension du Divin, qu’il dispose comme il l’entend du libre arbitre que Dieu lui offre. L’être n’est même pas obligé d’aimer pour recevoir en retour l’Amour de Dieu, car cet Amour Lui est dispensé gratuitement. Mais il est vrai que l’humanité a souvent dédaigné et fait mauvais usage de ce qui lui était fourni à profusion. Pire, certains ont tenté de s’approprier des fragments du divin pour subjuguer leurs semblables et y ont parfois réussi, à croire que les hommes ont véritablement le culte de l’oppression.
Geoffroi 
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