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Croire

Dans un sens ou dans un autre, nous croyons tous en « quelque chose », soit que nous tenions pour certain une réalité que nous n’avons pas expérimentée, soit que nous placions notre confiance dans un être que nous aimons ou dans nos propres capacités... Croire fait partie de notre bagage pour appréhender la vie, de même que douter occupe également une place non négligeable dans notre boite à outils de « petit bâtisseur du monde ». Croire en Dieu, c’est déjà une autre histoire.

En effet, nous pouvons croire en Dieu dans le sens où nous estimons son existence pour probable ou pour certaine. Mais si cela en reste au niveau où seul notre mental est touché, les conséquences sur notre vie n’en seront pas déterminantes. Nous pouvons aussi avoir confiance en Dieu comme l’Etre suprême qui nous donne la vie et nous maintient en existence : mais encore faut-il savoir ce que l’idée de « Dieu » nous inspire, comment elle résonne en nous... En d’autres termes, croire en Dieu est chose facile et ne nous engage guère : si nous pensons que l’existence de Dieu fait partie des probabilités qu’un esprit moderne peut admettre, croire à l’existence des extra-terrestres est tout aussi honorable. De même, avoir confiance dans un Dieu qui, par définition, est infini, sans limites, voilà qui n’est pas gênant non plus ! Cela ressemble à un problème cosmologique : l’univers est-il en expansion infinie ou en compression c’est-à-dire notre cosmos va-t-il s’étendre en permanence ou se contracter jusqu'à un nouveau big-bang ? Bref, entre les « petits hommes verts » et le fond cosmique à 3°K, la croyance en Dieu n’a que bien peu d’implications au quotidien pour un grand nombre de nos contemporains.

Mais croire ne s’arrête pas là. L’espace que nous laisse « la Vie » en matière de croyance est immense, à la mesure de notre liberté, afin que nous puissions le meubler et l’habiter à notre guise. Quelle aubaine pour les imposteurs et les manipulateurs ! Voici une étendue qu’ils peuvent s’approprier dans notre âme, en profitant de l’incertitude qui prévaut quant à ses limites. Un peu comme ces colons qui s’adjugeaient des domaines de la taille d’une nation, tandis que les indigènes, dans leur humilité, ne s’étaient autorisés qu’à en « louer » une infime parcelle. Dans « Croire en Dieu », ce n’est donc pas Dieu qui pose problème tant Il a su se faire discret, mais c’est bien, en revanche, ce que l’homme a fait souvent du « croire », dans sa volonté de subjuguer ses congénères.

Cet espace laissé vierge par Dieu, par « l’infinition » même de Celui-ci, n’a pas tardé à être occupé par toutes sortes de constructions de plus ou moins bon goût : il y avait des routes, des champs, des décors agréables ; il y avait même des ponts conduisant vers l’au-delà ; puis, il y eut des maisons, des prisons, des casernes et des impasses... Tout cet ensemble plus ou moins harmonieusement paysagé, l’être humain l’appelle « religion ». Et lorsqu’il évoque la croyance en Dieu, il lui impose aussitôt des limites caractérisées par ces bâtisses dont il est l’architecte, avec leurs façades aux couleurs passées et leur mobilier vieillot. Ceux qui s’efforcent de concevoir par eux-mêmes la demeure qu’ils désirent habiter au sein de Dieu, ceux-là semblent appartenir à une espèce rare...

Beaucoup de nos contemporains se contentent donc d’admettre une idée préconçue de Dieu, de l’habiller avec un ensemble de doctrines et d’interdits, puis, pour se donner une apparence sérieuse, d’y ajouter ces beaux atours que sont les rites, célébrations qui servent, bien souvent, à convaincre les croyants de la valeur de leur religion et à les dispenser d’une inventivité personnelle qui les extrairait de l’état d’endormissement où ils se trouvent plongés.

C’est ainsi que, peu à peu, « croire en... » est devenu « croire en quelque chose ». Et ce « quelque chose » est peu respectueux de notre liberté, quand il n’est pas, tout bonnement, synonyme de prison ou de mort. Ce « croire en quelque chose » qui signifie croire en ce que d’autres ont plaqué sur Dieu, constitue une démarche parfaitement mentale et morbide : le croyant se force - plus ou moins selon ses conditionnements - à regarder Dieu au travers du même filtre que les autres membres de la communauté. Refusant de tirer profit de ses propres expériences, d’utiliser son pouvoir créateur et de grandir en être responsable, il endosse le fardeau commun pour mieux disparaître dans la masse. Il était libre, il s’attache un boulet. Croire, alors, c’est abdiquer et se soumettre.

Mais l’on peut aussi « croire en quelqu’un ». Et là, c’est autre chose : placer sa confiance en son semblable, c’est le commencement de l’Amour. Cette croyance-là conduit à la responsabilité et à la création : elle constitue une façon toujours nouvelle d’orner la Vie qui vient de Dieu ; elle fait de la relation avec l’Autre un mouvement en renouvellement permanent. Croire en quelqu’un, c’est s’unir à lui, c’est vivre avec lui, c’est agir ensemble... C’est faire de Dieu son compagnon de route. Croire n’a pas de sens si ce n’est « aimer » et se frapperait lui-même à mort en limitant son champ d’investigation à quelque espace limité. Il n’a de vie que dans l’Amour qu’il annonce et qui lui promet l’éternité. Oui, dans un sens, croire ne signifie rien. Dans l’Autre, il veut Tout dire.


Geoffroi Contact



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