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Création |
L’être humain en veut souvent à son Créateur, de même qu’il éprouve tout aussi fréquemment une certaine insatisfaction envers lui-même, la créature. En revanche, la Création demeure pour lui une source d’émerveillements constants et de plaisir. Déjà, le monde visible lui apparaissait comme digne du plus grand intérêt, mais dès qu’il put s’aventurer un peu plus loin dans sa découverte de l’univers - des galaxies spirales aux courbes harmonieuses de l’ADN - sa beauté s’imposa à lui, qu’elle fut macro- ou microcosmique. Plus encore, par l’étude poussée du fonctionnement de la Création, l’homme se mit en mesure de grandir en sagesse et en sérénité, de même qu’il comprit rapidement comment transgresser les règles qu’il avait apprises lorsqu’il décida de faire l’expérience de la destruction... En somme, la Création se révéla être pour l’homme comme un extraordinaire terrain de jeu : il crut d’abord en être le souverain puis, s’apercevant qu’il n’en occupait qu’une infime partie, il dû se résoudre à davantage d’humilité, se disant qu’après tout, il n’en était peut-être qu’un valet...
Cependant, malgré les sentiments contradictoires qu’elle a pu faire naître en l’homme au fur et à mesure que la conscience de ce dernier s’est élargie, la Création a conservé un pouvoir d’attraction sans égal. Que l’homme soit mécontent de lui-même ou d’un Dieu auquel il prête des intentions comparables aux siennes, cela n’est pas étonnant. Mais comment pourrait-il en vouloir à l’univers dont il ignore encore tant de mystères, à ce monde qui lui permet de se développer, tant sur le plan physique qu’intellectuel et spirituel ? Non, l’homme n’a vraiment pas de raison de s’emporter contre lui ! En revanche, pourquoi ne traite-t-il pas plus respectueusement la partie de la Création qui lui assure son existence ? Sans aucun doute, parce que de même que l’être humain ignore ce qu’est réellement l’univers, de même n’est-il pas conscient de ses propres responsabilités à son égard...
Et c’est bien tel un enfant que l’homme évolue en ce monde, ni mécontent ni reconnaissant : un gamin habitué à n’en faire qu’à sa tête, toujours sûr de trouver le gîte et le couvert... Oui, si l’univers sait parfaitement nous supporter et nous fournir tout ce qu’il nous faut, nous devons toutefois grandir un peu si nous voulons user encore de notre libre arbitre. A force d’user et d’abuser, à force de détruire sans réparer, nous avons troqué l’image égotique de maîtres du monde que nous avions de nous-mêmes contre celle -tout aussi négative - de poussières égarées dans le cosmos. Un moyen terme est à trouver qui ne peut venir qu’avec la conscience de ce qu’est authentiquement la Création : un lieu d’expérimentations, sans aucun doute, mais un lieu vivant, tout comme nous, et avec lequel nous ne cessons d’interagir. Et dans ce domaine, l’homme a beaucoup reçu et peu donné, seule explication au déséquilibre qui prévaut aujourd’hui, à cette dysharmonie à notre porte.
L’univers avec lequel nous échangeons et à l’expansion duquel nous participons, qu’est-il donc pour savoir autant nous servir et nous éduquer, nous aimer et nous responsabiliser ? Il est Dieu ! Oui, Dieu s’est fait notre berceau car rien n’est trop beau pour ses créatures. Nous y avons grandi, nous en sortons à peine. Nous voulons nous-mêmes être des créateurs mais ne savons pas reconnaître la source de notre pouvoir et ses infinies manifestations : commençons donc par nous préoccuper de la Création qui s’offre à nous et nous saurons alors comment utiliser l’énergie créatrice qui sommeille en nous et qui, bien souvent, jaillit n’importe comment. La Création est l’expression même de Dieu : en d’autres termes, elle est Dieu qui se rend manifeste, non pas une partie de Lui ni une œuvre extérieure, mais tout Lui, car Il se donne Tout Entier. En le reconnaissant à travers l’image qu’Il nous donne à voir de son infinité, nous nous reconnaissons nous-mêmes dans notre avenir sans fin. En prenant grand soin de Lui dans l’espace-temps qu’Il met à notre disposition, nous cultivons notre éternité en même temps que la sienne...
Geoffroi 
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