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Corps |
Comment évoquer le corps sans parler de l’âme qui lui donne sens ? Cela est impossible. « Le corps est un des noms de l’âme, et non pas le plus indécent », disait l’écrivain Marcel Arland : voilà une définition qui a le mérite d’énoncer l’indissociabilité des univers dits « spirituel » et « matériel » et de nous inviter à ne pas mépriser l’un au profit - illusoire ! - de l’autre. Illusoire en effet tant il est évident que chaque fois que l’âme veut rejeter le corps sous prétexte que ce dernier constituerait un obstacle à son élévation, elle commet les plus grands crimes contre l’humanité. A l’inverse, dès qu’une culture glorifie le corps, lui donnant sa raison d’être en dehors de l’esprit, il n’en résulte qu’enfermement sur l’ego, mort de l’autre et de soi. Car notre corps est bien le « moyen de communication » de notre esprit adapté à ce monde fait d’espace et de temps : autrement dit, une forme qui reflète précisément ce que nous sommes ou ce que nous voulons être. Mieux, l’image de notre histoire spirituelle : avec ses joies et ses expériences, ses épreuves passées ou à venir.
L’ami du Christ a ceci de particulier qu’il pense « résurrection » lorsqu’il entend le mot « corps », ressentant intimement que les limites infligées à son être par l’espace-temps dans lequel il évolue sont là pour être dépassées. Il ne peut plus se résoudre à voir seulement dans ce corps, apparemment borné, la marque d’un éloignement du divin : l’Amour dont Jésus est l’Incarnation lui donne la confiance totale en la Vie, la conscience d’être aimé totalement et non plus d’être pris au piège ici-bas dans un corps-prison. Finie la dualité : Dieu a, Lui aussi, un corps ! Un Corps parfait qui répand la Lumière Divine, l’Energie de Création qui transforme le monde ; un Corps exemplaire qui nous indique la voie de l’illimitation, le chemin du renouveau pour notre être entier. Oui, nous sommes aimés tels que nous sommes, corps et âme : nous sommes enveloppés de l’Amour Divin et irradiés de l’intérieur par Lui de sorte que l’Amour maintient la cohésion de notre être, assurant l’équilibre des éléments qui composent notre personne. Dieu est en nous et nous sommes en Lui. Il n’y a pas de séparation entre l’individu que nous sommes et notre Créateur : juste une union plus ou moins profonde, une proximité plus ou moins grande à la mesure de notre libre arbitre. C’est ainsi que, dans le même ordre d’idée, notre corps est plus ou moins accordé à notre esprit : éloigné de lui, il est davantage soumis aux contraintes dites « matérielles » ; uni à lui, il sait les dépasser chaque jour un peu plus, dans la formidable dynamique de la résurrection de notre être.
Notre corps est donc bien le moyen de communication de notre âme. Pas un outil, mais un membre, un prolongement de nous-mêmes : une dilatation vers autrui... Et selon ce que nous voulons communiquer à l’autre, nous nous transformons, en devenant ce que nous donnons. S’il s’agit d’Amour, donc de Vie, de création, nous repoussons sans cesse nos « limites ». Mais si c’est pour prendre que nous débordons sur nos semblables, c’est toute notre personne qui se distend, mettant en péril le fragile équilibre de notre être. Car c’est pour donner que notre esprit se fait chair, c’est pour aimer qu’il se fait corps. Et c’est ainsi, en accroissant les champs d’activité de l’Amour, que le corps enrichit l’esprit comme de nouvelles facettes intensifient l’éclat et la pureté d’un joyau.
Geoffroi 
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