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Contrôle de soi |
Lorsque l’on s’intéresse sérieusement à la spiritualité, on entre naturellement dans la dynamique du développement personnel. Le contrôle de soi, la maîtrise de ses pulsions, la sagesse deviennent autant de vertus que l’on voudrait posséder, tant l’exemple des grands maîtres spirituels - quelle que soit leur religion -nous semble enviable dès lors que nous désirons cultiver les infinis jardins de l’Esprit. Il ne manque pas d’ouvrages de toutes sortes pour nous expliquer comment atteindre cet état d’harmonie intérieure à force de pratiques physiques, de méditation, voire d’ascèse : bref, tous les éléments d’une vie spirituelle réglée comme du papier... « sans musique » !
Oui, sans musique car il manque à ce tableau figé de la spiritualité la « mélodie » indispensable pour atteindre le véritable épanouissement et non l’enfermement, la joie plutôt que la dépression... Cette musique est celle de la vie toute simple parce que vivre de façon spirituelle, c’est d’abord vivre et que ceux qui recherchent des modes d’emploi dans le but d’accéder à la maîtrise de leur corps, de leur pensée et de leurs actes ne parviendront, le plus souvent, à rien d’autre qu’à limiter leur vie par crainte de leurs propres débordements. Mais la sagesse et la mesure ne sont pas des états auxquels on accède après avoir franchi les « paliers précédents » ni des vertus que l’on possède à partir d’un certain niveau de spiritualité ou d’un certains nombres d’années de prière et de méditation. Le contrôle de soi ne s’acquiert pas comme l’on obtient un diplôme.
Il y a beaucoup de nos semblables qui contrôlent parfaitement - semble-t-il - leurs réactions mais se soucient-ils sincèrement d’autrui ? D’autres sont maîtres de leurs corps mais savent-ils donner quelque chose à leur prochain ? Chacun d’entre nous est capable de conseiller quelqu’un d’autre de façon avisé mais qu’en est-il de cette apparente sagesse dans la vie de tous les jours ? La spiritualité, bien souvent, se restreint à des activités mentales et à la culture de jardins intérieurs dont nous sommes les seuls à apprécier les fruits. La véritable vie spirituelle, elle, nous invite à bien autre chose : au partage des fruits que nous avons cultivés ! S’ils n’ont rien vu d’autre que la faible lumière de notre intellect, ils seront certes nombreux, mais bien peu goûteux pour nos semblables et indignes d’être partagés. Qui ne préférerait à ces tonnes de fruits insipides, l’unique baie de cet arbuste sauvage, ferme et pleine de saveur, que nous aurons fait pousser au milieu des épines ?
Telle est la vie spirituelle : elle ne s’apprend pas dans les livres et ne se satisfait pas de rites ni de modes d’emploi ; elle se révèle avec les épreuves de la vie lorsque nous permettons à l’Amour de les illuminer. Point besoin de recettes ou de manuels, il s’agit seulement d’aimer : aimer ce que nous avons pour admirer une sagesse plus grande, celle de Dieu ; aimer ce que nous sommes pour comprendre une vérité transformatrice, celle de Dieu en nous ; aimer les autres tels qu’ils sont pour les aider à exprimer leur richesse propre, celle de Dieu en eux-mêmes.
A force d’aimer, nous atteindrons sans le savoir une certaine maîtrise de nos pensées parce que l’Amour sera notre principale préoccupation, un certain contrôle de nos actes car la fructification de l’Amour en sera l’objectif et notre corps lui-même manifestera cet accomplissement de notre être profond. Apprendre à aimer est une activité de tous les jours, de tous les temps et de tous les lieux. Il n’y a pas de hasard dans les événements que nous traversons : chacun d’entre eux nous est présenté à la mesure exacte de ce qui convient à notre évolution c’est-à-dire à notre rapprochement de Dieu-Amour. Observons donc les situations qui nous sont données d’en Haut, leur difficulté est à notre portée, leur absurdité apparente dissimule une infinie connaissance de ce que nous sommes et de nos besoins. La sagesse et l’harmonie sont les attributs de la Vie même qui nous englobe, la misère humaine ne saurait les détruire ni les altérer. Seul demeure un écran devant tant de beauté : un mur infranchissable pour les « faux maîtres en spiritualité » mais un voile qui s’ouvrira volontiers devant les éternels amants.
Geoffroi 
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