fraternet.com



Contrainte

L’être humain a bien souvent l’impression qu’il n’est pas libre. Il ressent douloureusement les limites que l’espace-temps lui impose et se révolte contre ce Dieu qui l’a jeté ici bas, où il se sent perpétuellement ballotté par des vents contraires qui le conduisent, à leur gré, vers les rivages de la joie ou les écueils de la peine. Et lorsqu’il vient se briser sur ces derniers, il se sent alors totalement abandonné de Dieu, incapable de trouver en lui-même la solution à sa misère. On ne répétera jamais assez combien certains aspects de l’Ancien Testament sont responsables de cette vision tragique de l’homme et de sa destinée qui hante encore les consciences modernes. Non pas qu’il faille jeter aux orties le « Livre Saint » mais que l’homme se décide, non seulement, à le replacer dans son contexte, mais encore, à éradiquer de son héritage tout ce qui le conditionne à placer Dieu si loin de lui. C’est bien la responsabilité des églises, d’où qu’elles viennent, d’avoir imposé à une partie de l’humanité le joug du Dieu de la contrainte. C’est aussi la responsabilité des individus eux-mêmes que de s'être ainsi laissés étouffer par cette fumée épaisse destinée à voiler la face d’Amour de Dieu.

A voir comment vivent bon nombre de nos contemporains, à considérer le niveau de relation qu’ils entretiennent avec Dieu, l’on ne peut douter de la puissance de destruction de cette conception du Divin qui fait d’un Père - Notre Père - un Etre, certes tout-puissant, mais rigoureusement sourd à nos souffrances et très préoccupé, en revanche, que nous suivions des rituels dénués de sens ; un Créateur qui place ses jouets sur la Terre durant quelques décennies et les en extirpe à tout jamais, leur ayant à peine laissé le temps de Le chercher à travers l’obscurité et la disgrâce ; un Père tellement étranger à ses enfants que ces derniers ne peuvent pas même imaginer ce qu’Il est, ce qu’Il veut ni où Il les conduit... Dieu de cauchemar. Dieu de contrainte. Comme les êtres humains sont ingénieux lorsqu’il s’agit d’édifier des limites, d’imposer des cadres ou de placer des pièges pour y précipiter les assoiffés de justice et de liberté !

L’image du Dieu de contrainte est si forte qu’elle empêche les individus de saisir le message apporté par Jésus dans toute son ampleur, de sorte que l’Amour est sans cesse bafoué, souillé par des dogmes qui le limitent en l’affublant de visages aux traits ascétiques, de faces figées dans la souffrance ou confites dans l’hypocrisie. Ainsi, aimer son prochain devient une arme pour le convaincre, pour le corriger « fraternellement » et le remettre dans la voie, lui, brebis galeuse qui dérange parce qu’elle s’éloigne du troupeau. Le « je t’aime » est devenu un instrument de contrainte qui signifie « crois-moi, suis-moi car je suis passé par ton chemin avant toi, j’en connais les détours et t’indique le raccourci que j’ai choisi, preuve de mon amour pour toi ». Gardons-nous de cet amour-là gonflé, au cours des âges, de l’ego de ceux qui rêvent de diriger au lieu de servir, cet amour hypocrite qui cache le manque total de confiance en eux-mêmes de ceux qui l’utilisent comme une verge pour mener paître leurs semblables.

Mais la fraternité est l’inverse de l’uniformité : elle respecte infiniment la liberté de chaque être parce qu’elle prend sa source dans la conscience que Dieu demeure en chacun, point commun qui fait de tous les êtres humains de véritables frères et sœurs, partageant un même trésor et non un troupeau de brebis rassemblées autour d’une même eau trouble. La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est bien autre chose : elle laisse à l’homme toute liberté de choix dans les modalités de son accomplissement, de son Union avec Dieu. Cet Amour authentique, enseigné par celui qui se présenta comme le Fils de l’Homme, se caractérise par un respect scrupuleux de l’Autre à l’image du Père qui se tait tant que ses enfants ne l’appellent pas à leur secours. Ainsi, tout individu est libre de se rapprocher de Dieu ou de s’en éloigner. Car le but de toute vie n’est autre que de se dépasser sans cesse en s’abreuvant à la Source même de l’Illimitation, en vivant en harmonie avec son Créateur et participant à son œuvre. Telle est la volonté de Dieu : que nous soyons libres de L’Aimer ou non, et pas seulement de suivre sa voie à Lui mais de tracer son chemin en sa compagnie, tels deux amis, deux frères, deux sœurs. Chaque voie est unique et belle aux yeux de Dieu qui contemple et admire sans fin la beauté de ses créatures. Un Amour si grand pour l’être humain qu’Il s’incarne pour lui redonner sa liberté en le purifiant de ses erreurs. Ainsi, l’homme n’a de contraintes que celles qui proviennent de son manque d’Amour, de son éloignement de Dieu, des ornières qu’il creuse lui-même sur le chemin de sa propre divinité. Dieu-Amour, Lui, est opposé à toute contrainte.


Geoffroi Contact



Abonnement à l'Info
L'info quotidienne dans
votre boite email (gratuit)


Abonnement à l'Hebdo
Les meilleurs textes
chaque semaine (gratuit)


http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.