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Conscience

Dans le domaine spirituel, il est souvent question de « prise de conscience » c’est-à-dire de l’éveil de l’être à une réalité ignorée jusqu’alors qui le libère tout en le responsabilisant : une lumière qui l’éclaire d’une façon nouvelle, pourrait-on dire. C’est bien, en effet, un attribut fondamental de l’être humain que de pouvoir ainsi s’ouvrir à des « perceptions » inconnues et d’en tirer profit au pire pour sa survie, au mieux pour son évolution.

La conscience permet ainsi à l’individu d’évaluer sa propre réalité : intuitivement, l’être est capable de ressentir ce qui est bon pour lui et ce qui ne l’est pas et, de même, peut-il comprendre ce qui est bon pour son prochain ou ce qui ne l’est pas. De son désir d’en tenir compte ou non dépend alors le développement de ce que l’on appelle la conscience morale. Pour autant, lorsque nous observons nos semblables, il apparaît clairement que leur libre arbitre les conduit à des formes de conscience excessivement variées : nous pouvons ainsi parler « d’états de conscience » dont la « valeur » est intrinsèquement liée au devenir du sujet conscient. De sorte que l’on peut estimer raisonnablement que l’individu qui s’autodétruit a une conscience limitée de sa réalité alors que celui qui s’épanouit en a une vision plus large, plus illimitée. Là où cette affirmation de bon sens peut poser problème, c’est en ce qui concerne les facteurs qui vont générer un développement du sujet ou, au contraire, causer sa perte...

L’Amour incarné par Jésus nous apporte une réponse susceptible de satisfaire les esprits les plus exigeants et les intellects les plus rigoureux : c’est en établissant un lien indissociable entre notre conscience personnelle et notre « conscience morale » - considérée ici comme la conscience de l’Autre - que nous parvenons à distinguer sans la moindre hésitation ce qui est bon pour nous, autrement dit, notre bonheur. En présentant l’Amour de Dieu, des autres et de soi-même comme clé de voûte de notre accomplissement, Jésus nous a donné un moyen simple de progresser vers la Vérité : non pas cette vérité exclusive qui demande de s’humilier pour jouir de ses faveurs mais la seule Vérité qui vaille, celle qui est Unique parce qu’elle sait, dans son immensité, englober les vérités uniques de chacun d’entre nous.

« Englober » est donc un maître mot pour la conscience : englober, c’est « comprendre », au sens littéral, c’est entourer, embrasser... Aimer, évidemment. Ainsi, le développement de notre conscience consiste en un processus de dilatation qui nous permet d’englober ce que sont les autres : de partager leurs joies, de porter leurs fardeaux et de nous nourrir perpétuellement de cet échange qui nous aide à nous replacer sans cesse face à notre propre réalité en mouvement.

Telle est donc l’expérience à laquelle Jésus nous convie : déterminer ce qui est bon pour nous en examinant ce qui est bon pour tous et chacun, cela dans le but d’accroître la dynamique trinitaire bien connue : l’Amour de l’autre augmente l’Amour de soi qui augmente l’Amour de Dieu etc. Chaque élément de cette formule pouvant occuper la place de l’autre car il n’y a pas de hiérarchie dans l’Amour. L’essentiel est donc de favoriser cette dynamique qui donne envie d’aimer toujours plus. C’est là le filtre par lequel doit être passé chacun de nos actes : l’individu est ainsi porté à se demander si son comportement renforce cet échange divin ou l’affaiblit, examen dont le résultat permet de discerner sans équivoque ce qui est vraiment bon pour soi et pour l’autre.

Notre niveau de conscience dépend donc intimement de la conscience que nous avons des autres, de la place que nous leur accordons dans notre vie de tous les jours. Il ne s’agit pas de privilégier systématiquement autrui, pas plus qu’il n’est question d’agir au nom de notre « bon plaisir personnel » mais de trouver l’attitude qui comble « chacun et tous » : en d’autres termes, celle qui fait fructifier l’union. Les êtres humains possèdent en eux tout ce qu’il faut pour parvenir à ce discernement si seulement ils veulent bien quitter la voie du dualisme où ils se perdent régulièrement, en séparant leur chemin de celui de Dieu ou de celui des hommes. Car cette réalité divine que nous sommes appelés à connaître n’est pas une vérité extérieure à nos personnes. Elle est un mouvement qui nécessite notre participation, un élan qui a profondément besoin de nous, de notre énergie, de notre Amour. Bref, le caractère divin de cette réalité provient précisément de ce qu’elle ne nous contraint pas, telle une forme, extérieure à nous, qui chercherait à nous englober de force, à nous absorber en nous soumettant mais parce qu’elle est le fruit de notre réalité humaine, de notre unicité au service de l’Unique.

En la servant à travers nos semblables, nous nous servons et nous ouvrons largement nos consciences à la Vérité de l’Unique qui est en nous et en qui nous sommes.


Geoffroi Contact



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