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Compassion |
La langue française est bien faite qui voit se succéder les termes « communication », « communion » et « compassion ». En effet, ces trois mots sont inséparables du point de vue spirituel : pour le chrétien, suivre l’exemple de Jésus, c’est communiquer en s’ouvrant à son prochain ; communier avec lui à la même source divine et compatir à son sort lorsque cette communion n’est pas possible. Notre vie terrestre pourrait ainsi se résumer à ces trois types de relation avec autrui.
Le terme auquel nous nous intéressons aujourd’hui, « la compassion », ne peut se comprendre que dans la perspective de l’union, sans quoi elle consiste en un simple sentiment de pitié à l’égard des malheurs des autres, émotion déplorablement stérile qui ne traduit rien d’autre que l’irruption de l’ego au milieu de la souffrance d’autrui. A quoi sert-il, en effet, de partager les maux de nos semblables si nous ne sommes pas capables d’y remédier ? Est-ce pour nous prouver à nous-mêmes que nous savons faire preuve de charité ? Est-ce le meilleur moyen pour sauver notre voisin que de plonger dans les mêmes eaux troubles où il se débat ?
La compassion véritable est bien autre chose : elle prend sa source dans le désir permanent de l’Union avec Dieu qui est, indissociablement, désir de donner à son prochain et de recevoir de lui. Ainsi, dès lors que les circonstances ne nous permettent pas de nous unir à nos semblables - soit parce qu’ils ont exercé leur libre arbitre dans une autre direction, soit parce qu’ils ne parviennent pas à surmonter une épreuve douloureuse - nous avons la possibilité de nous mettre en union avec le Christ qui vit en cette personne comme en chaque être. Si nous ne pouvons donc échanger directement et visiblement avec un être parce qu’un obstacle s’est érigé entre lui et nous, il nous est possible, par l’Amour, de passer outre cet obstacle afin que l’échange ait tout de même lieu.
Voilà donc ce que signifie la compassion : porter les maux de nos semblables de façon à faire tomber les obstacles pour rétablir l’échange dont tous ont besoin. Cela n’a rien à voir avec de la pitié qui constitue une simple perte de temps. C’est la mise en œuvre d’une énergie qui vient de Dieu afin d’éliminer tout ce qui nuit à l’union entre l’autre et nous, entre l’autre et Dieu. Partager les souffrances d’autrui, c’est tout simplement mettre de l’Amour là où celui que nous aimons ne parvient pas à en mettre parce qu’il s’est éloigné de Dieu, volontairement ou non.
De même que nous cherchons les meilleurs moyens de nous unir avec nos frères et sœurs, pour le plus grand bonheur de tous, de même devons-nous chercher la façon la plus subtile de l’aider c’est-à-dire celle qui fera produire le plus d’Amour.
En ce domaine, nous avons l’exemple lumineux de Jésus-Christ, source ultime de toute compassion. Jésus a pris sur Lui notre négativité, notre refus de Dieu pour nous permettre de retrouver le chemin qui nous conduit vers Lui : Il ne s’est pas complu dans nos problèmes et nos erreurs en vue d’un « partage » illusoire avec nous ; Il ne nous a pas condamné en restant à distance. Il a tout simplement perçu la situation misérable dans laquelle se trouvait l’humanité et y a répondu de la manière la plus efficace qui soit : en portant ce qui menaçait de nous écraser. En lui, point de jugement contre nous, point de vindicte pas plus que d’émotions inutiles et de vains apitoiements. Juste l’efficacité de l’Amour qui se répand à profusion et comble ce qui en manque. C’est à une même efficacité que nous sommes conviés en devenant nous-mêmes des canaux divins, des instruments de la compassion infinie de Dieu pour ses créatures.
Oui, lorsque l’union est difficile avec nos semblables, c’est à nous, qui sommes conscients d’être aimés, qu’il revient d’agir comme le Christ l’aurait fait. Désirer l’union avec l’Autre est le propre de l’être humain, en être conscient est le propre de celui qui aime et travailler sans relâche à perfectionner cette union est son vœu le plus cher, sa raison de vivre et la compassion, son outil.
Geoffroi 
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