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Communion

Voici encore un maître mot du lexique personnel de tout suiveur de Jésus-Christ et, mieux, un mot du maître : Jésus n’est-il pas en effet le modèle de l’être qui, par Amour, intègre à sa personne tout ce que nous sommes, avec nos manques d’Amour, nos souffrances et notre négativité ? N’est-il pas aussi celui qui nous exalte en nous offrant la possibilité de participer à la création divine c’est-à-dire à l’accroissement de l’Amour en ce monde ? N’est-il pas enfin celui qui, en nous recommandant de nous aimer mutuellement, nous invite à entrer dans le mouvement d’une communion sans fin avec l’Autre ? Oui, communier à un être, c’est l’aimer au point de le prendre tel qu’il est afin que, s’aimant lui-même, il se développe sans limites.

Un tant soit peu de constance dans notre vie spirituelle quotidienne nous fait rapidement comprendre que Dieu agit exactement ainsi avec nous, nous communiquant sa puissance créatrice dans une communion qui nous laisse totalement libre parce qu’elle n’est ni une fusion maladive ni une séparation stérilisante mais un échange volontaire et infiniment perfectible.

Cette forme de vie à laquelle notre nature divine nous convie bouleverse allègrement bon nombre de conditionnements acquis sur ce plan d’existence. La plupart du temps, nous recherchons une certaine indépendance dans laquelle nous croyons distinguer les lueurs de la liberté alors que la réalité de la vie nous montre à chaque instant à quel point nous avons besoin des autres. De même, nous sommes fortement enclins à faire sentir à nos semblables - et spécialement à nos proches - le poids de nos besoins alors que la satisfaction de ces derniers exige que la liberté et la bonne volonté d’autrui en soient les origines.

Autrement dit, nous voulons parfois être libres sans pour autant ressentir l’isolement et, aussitôt après - quand ce n’est pas simultanément - combler notre besoin de l’autre sans toutefois lui en être redevable. Bref, pour atteindre un niveau minimum de communion avec nos frères et sœurs, il nous faut être, avant tout, en communion avec nous-mêmes. Cela signifie que nous devons donner la priorité à nos besoins profonds plutôt que de nous laisser perpétuellement envoûter par le chant des sirènes de nos besoins artificiels. En effet, beaucoup de nos préoccupations quotidiennes relèvent de sollicitations extérieures qui, une fois cumulées, nous laissent bien peu de temps pour être en communion d’Amour avec nos proches ou même avec l’humanité. Pourtant, lorsque nous parvenons à évacuer les besoins à court terme et prenons le temps de faire un bilan de notre vie, nous constatons que nous aspirons à un accomplissement bien plus total, à une bien plus grande harmonie avec ce monde et avec nos semblables : mais nous pensons peut-être ne pas pouvoir l’atteindre et reprenons le cours ordinaire de notre vie, résignés. Ainsi, lorsque nous renonçons à harmoniser notre vie de tous les jours avec notre aspiration à plus de fraternité et de plénitude, nous refusons le pouvoir créateur que Dieu nous a confié. Au lieu de vivre alors dans le « plan divin » conçu au cœur de notre être en communion avec Notre Père, nous devenons de plus en plus des automates cheminant sans véritable but sur une voie chaotique dont les ornières ne nous apprennent rien parce que notre conscience a cessé depuis longtemps de les interroger.

Vivre en communion, n’est-ce pas tout simplement vivre les yeux ouverts à la fois sur ce qui nous entoure et ce qui nous constitue ? Vivre à l’écoute, vivre en éveil c’est-à-dire dans cet état d’échange avec le monde où notre intérieur devient comme notre extérieur - lorsque nous entrons en contact avec notre âme - et notre extérieur comme notre intérieur - quand nous faisons nôtre les êtres qui nous entourent et les événements qui animent notre univers. Comprenons bien que ces deux directions ne procèdent que d’un seul et même mouvement, une dynamique unique issue de l’esprit d’Amour et non pas deux actions séparées parce que le monde spirituel dans lequel a lieu cette échange n’est pas régi par l’espace-temps : l’une engendre l’autre et l’autre engendre l’une exactement « en même temps », exactement hors du temps. C’est ainsi que l’Amour qui est échange permanent avec l’Autre, avec nous-mêmes, avec Dieu, nous fait entrer dans la vraie Vie, l’éternité de l’échange.


Geoffroi Contact



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