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Capital |
Les chrétiens ont pris l’habitude de se méfier de ce terme qui évoque naturellement l’idée de profit et, surtout, la notion de soumission de la société entière à celui-ci, au détriment des valeurs humaines. Ainsi, de nos jours, un chrétien ne peut sérieusement défendre le modèle capitaliste pas plus qu’il ne peut adhérer à l’idéologie communiste : en réalité, le chrétien cherche à se placer ailleurs, dans une société qui saurait tirer le meilleur des deux systèmes, alliant le respect de la liberté individuelle avec le souci du bien commun.
Pourtant, l’idée sous-jacente à ce terme de « capital » est fondamentalement positive puisqu’il s’agit de la fructification de notre « talent » comme l’indique l’évangile. De même que nous sommes faits pour évoluer, nous transformer pour être meilleurs, nous avons la responsabilité de tirer profit au maximum de ce qu’il y a de positif en nous. Mieux encore, ce capital que nous possédons en venant au monde est un véritable don de Dieu. C’est notre capital d’Amour. Et comme le dit si bien Jésus, « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». En effet, si nous sommes essentiellement motivés par notre confort et par l’argent, nous tomberons vite dans les gouffres sans fond que notre société connaît bien : libéralisme sauvage et exploitation des plus humbles pour le seul profit d’une élite toute dévouée à l’argent roi... En revanche, si nous sommes conscients de posséder un capital bien plus grand qui n’est autre que notre potentiel d’Amour, signe de la présence divine en nous, n’hésitons pas à investir en lui toute notre énergie afin qu’il rende au centuple.
Mais comment cela peut-il se traduire concrètement ? Jésus nous en donne un excellent exemple dans la parabole du gérant trompeur, dont il loua l’ingéniosité. Aujourd’hui, il nous faut être ingénieux dans la gestion de notre « capital Amour » puisqu’il est notre plus grand bien et agir comme le ferait un homme d’affaire avisé : saisir chaque occasion qui nous permet d’augmenter notre capital, surveiller sa croissance constante et le placer là où il rapporte le plus. Si nous observons déjà ces trois règles, nous sommes certains de progresser rapidement en Amour et de nous sentir plus proches de Dieu. Saisir les occasions qui se présentent à nous, c’est être attentifs en permanence aux circonstances qui nous permettent de faire des actes d’Amour en faveur de notre prochain : tel parent est malade, rendons-lui visite ; tel ami a besoin d’un coup de main, rendons-nous disponibles ; tel enfant requiert notre tendresse, donnons-la lui sans hésiter... Surveiller l’évolution de notre « capital Amour », c’est accepter de se remettre en question et de voir si nous n’avons pas laissé passer des occasions d’apporter de l’Amour aux autres. Il s’agit pour nous d’aiguiser notre perception du monde qui nous entoure et de ceux qui vivent à côté de nous : une façon de changer notre regard sur les choses et les gens, pour considérer l’ensemble avec un regard d’Amour semblable à celui que Dieu a pour nous. Enfin, placer notre Amour là où il rapporte le plus, c’est comprendre que l’Amour nous demande souvent d’aller au devant des difficultés car plus il nous est demandé de nous dépasser, plus nous nous rapprochons de Dieu.
Cette métaphore qui consiste à comparer notre potentiel d’Amour à une sorte de « panier d’actions cotées en bourse » pourra paraître bien triviale à quelques-uns. Elle n’en reste pas moins vraie et efficiente. La seule différence qui subsistera toujours réside dans le fait que l’Amour est sans limites et que plus nous le dépensons, plus nous en recevons ; et plus nous en recevons, plus les autres en reçoivent. Un capitalisme de cet ordre est évidemment des plus bénéfique à la société tout entière. Il favorise le développement du pouvoir créateur des individus en leur donnant la possibilité d’être au service du bonheur de leurs frères et sœurs : ce faisant, il comble les vides d’Amour que nos sociétés matérialistes éprises d’idéologies morbides n’ont eu de cesse de promouvoir. Aujourd’hui, il est temps de comprendre que l’Amour de l’Autre est le seul investissement valable à court terme comme à très long terme...
Geoffroi 
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