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Bien et mal |
L’Eglise considère l’être humain comme une créature dotée d’une liberté si vaste qu’elle est capable de s’orienter par elle-même vers le bien au moyen de sa raison et de sa volonté. Ce « bien », dont l’homme a conscience, consiste en la Loi divine qu’il est tenu de suivre et qui se caractérise par l’Amour de Dieu et du prochain. Bien entendu, dans la doctrine de l’Eglise qui traite de cette problématique, nous ne pouvons faire l’économie de la Genèse qui montre Adam et Eve coupables d’avoir mangé le fruit de la connaissance du Bien et du mal et chassés, de ce fait, du jardin d’Eden. C’est ainsi que l’homme aurait acquis ce dangereux pouvoir réservé à Dieu et qui l’éloigne pour longtemps de son Créateur...
Aujourd’hui, l’individu a la capacité de discerner ce qui est bien de ce qui est mal, non pas par lui-même, mais parce que « la voix de Dieu résonne en lui », nous dit le catéchisme. Quant au pouvoir de décider du bien et du mal en eux-mêmes, cela reste l’attribut du Père. Il revient donc à chacun de nous de diriger son existence en écoutant attentivement cette voix qui lui dicte le comportement qu’il convient d’adopter tout en se gardant de juger son prochain. Tout cela peut, cependant, sembler bien compliqué : penser que l’être humain soit condamné à se diriger en jugeant du bien et du mal par le moyen d’une Loi supérieure qui résonne en lui mais qui lui est extérieure, voilà qui ne ressemble pas à de l’Amour de la part de Dieu...
Si l’Eglise en arrive au paradoxe qui consiste à présenter Dieu comme étant Amour et l’homme comme devant être soumis à sa Loi, c’est parce qu’elle a toujours établi une barrière rigide entre l’homme et Dieu, ternissant en cela l’Amour infini dont nous bénéficions depuis l’origine des temps. Il est en effet particulièrement incohérent de parler de l’Amour de Dieu et du prochain sous la forme d’une Loi à laquelle l’homme devrait se soumettre sous peine d’en subir les plus graves conséquences. Il est également absurde de penser que l’être primordial aurait acquis la connaissance du bien et du mal en transgressant l’interdit divin et qu’il devrait aujourd’hui utiliser cette même connaissance « pécheresse » pour regagner sa place auprès de son Créateur.
Il existe donc une contradiction flagrante entre l’enseignement de la Bible et la Vie elle-même : nous sommes bien obligés de choisir entre ce qui paraît bon et ce qui paraît mauvais pour progresser spirituellement. Si cette qualité qu’est le discernement provient d’une faute, sur quelle vérité devrions-nous nous baser ? Tout cela résulte du fait que l’homme cultive depuis des millénaires sa différence avec Dieu en Le plaçant systématiquement comme extérieur à lui. Or, si la voix du Père résonne en nous, c’est simplement parce qu’Il s’y trouve et non par une opération mystérieuse. De ce fait, nous sommes parfaitement aptes à distinguer le bien du mal parce que cette connaissance fait partie intégrante de notre être et constitue un attribut de notre liberté.
Dès lors, la problématique du Bien et du mal apparaît tout autre : il ne s’agit plus de nous soumettre à une loi extérieure à nous mais d’agir selon ce qui est bon pour nous c’est-à-dire ce qui nous construit en rejetant ce qui nous détruit. L’expulsion du paradis prend ainsi un sens très différent : ce n’est pas Dieu qui nous a jeté dehors parce que nous devenions trop semblables à Lui mais c’est simplement l’effet de notre liberté, de notre croissance en Dieu, en somme, de notre passage de l’état d’enfance en Dieu (sans souffrances ni épreuves) à l’état d’adulte avec notre libre arbitre et nos responsabilités face au monde et à nos pareils. Cela seul constitue un processus où l’Amour inconditionnel de Dieu pour nous est véritablement respecté. Qui pourrait croire en effet que le Dieu d’Amour, désireux de tout partager avec nous, ne nous laisse d’autres choix que de nous incliner devant une volonté qui n’aurait rien de commun avec notre nature ?
Il est bien évident que l’Amour, dans son infinitude, apporte aux êtres toujours plus de pouvoir créateur et de liberté, toujours moins de limites. Cette énergie divine que nous recelons et sommes capables de manifester autour de nous, nous renforce et nous construit dès lors que nous l’utilisons pour le bien d’autrui. Mais si nous la retenons pour nous, elle nous brûle parce que sa nature ne souffre pas d’être limitée. C’est cela le bien, répandre l’Amour que le Père a répandu sur nous : c’est exactement agir comme Lui agit avec nous, faisant briller son soleil sur « le bon » comme sur « le méchant », sans juger qui que ce soit mais en comblant toujours les défaillances, parfois criminelles, de ses enfants. Faire le bien, c’est aimer.
Et le mal consiste à cacher la vérité de l’Amour, la dissimuler aux yeux des autres, la travestir en lui mettant des limites ou en allant jusqu'à s’opposer à elle. Voilà pourquoi le mal ne peut exister en lui-même : il n’est que volonté de voiler la lumière de l’Amour qui resplendit quoiqu’il arrive pour l’éternité. L’être humain dispose de cette possibilité de nier l’Amour, de le refuser : cela revient à se nier soi-même car l’Amour divin assure notre cohésion à tous les niveaux de notre personne, y compris les plus matériels ; cela revient à se détruire consciemment et à contribuer à la destruction de ses semblables. A l’inverse, accepter l’Amour, le favoriser, l’accroître sur ce plan d’existence, c’est participer à l’œuvre de Dieu et s’unir à Lui librement, joyeusement, éternellement, loin de la contrainte et des lois inhumaines qui plaquent sur Dieu une volonté de domination dont les hommes seuls sont les auteurs.
Geoffroi 
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