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Acte |
Voici un mot fondamental de mon dictionnaire. Un terme sur lequel tout se joue puisqu'il témoigne de la réalité ou non de l'engagement spirituel. Du point de vue philosophique, l'acte est ordinairement « opposé » à la puissance. Nous préférons dire que l'acte en est le prolongement, l'accomplissement : l'acte est ce qui est produit par rapport à ce qui existe potentiellement.
Pour parler de Dieu, Il est ce « potentiel » car tout existe en Lui en puissance. Lorsque Dieu crée, Il fait passer la puissance qu'Il est en acte. C'est là sa volonté, laquelle traduit sa nature qui est Amour. En créant, Dieu manifeste sa puissance, Il la matérialise. Autrement dit, Il lui donne une forme « illimitable » à travers des créatures. Pourquoi « illimitable » ? Parce qu'Il fait un don gratuit en remettant sa volonté entre les mains d'êtres créés à son image, donc dotés de libre arbitre, de volonté et de responsabilité. La créature reçoit le don de la vie avec la possibilité d'en user à sa convenance, bref, de passer d'une vie reçue « illimitable » à une vie donnée, illimitée parce qu'assumée consciemment dans la responsabilité qu'elle représente.
Ainsi, l'acte exprime une volonté d'orienter sa nature dans une direction donnée laquelle nous rapproche de Dieu et nous illimite ou, au contraire, nous éloigne de Lui et nous détruit. C'est là que se situe la question fondamentale que le souhait d'une vie spirituelle nous conduit à nous poser : allons-nous en rester à une croyance nourrie par un enseignement que nous restreignons aux limites de notre mental ? Ou bien voulons-nous devenir les expressions de cet enseignement par nos actes ?
Nous avons en effet dans le christianisme (et dans les religions en général) deux conceptions qui s'opposent. L'une se base sur l'attachement aveugle aux écritures et exige de se tenir au plus près de la lettre sans s'essayer à la moindre interprétation. C'est une position bien entendu intenable qui caractérise une pulsion autodestructrice, un refus de sa propre incarnation, une « auto-réification » en quelque sorte c'est-à-dire un désir inconscient de se considérer en tant qu'objet et non en tant que sujet. Dans cette perspective extrêmement réduite, les actes sont les expressions d'une parole figée, une parole dont on sacralise non pas le sens mais le contexte : il en ressort donc des incohérences, des contradictions qui conduisent ses partisans à des non-actes, des actes qui n'expriment rien d'autre que de la négativité. La mort, tout simplement.
A l'opposé, il y a une vie spirituelle qui prend sa source dans la vie des écritures. Elles sont alors considérées comme saintes non pas parce qu'elles ont été transmises par des saints inspirés mais parce qu'elles intègrent la sainteté dans son caractère intemporel : elles sont perpétuellement alimentées par les actes d'Amour de ceux qui la servent. Ce n'est donc pas la parole figée qui est adorée mais la parole vivante c'est-à-dire manifestée dans des actes. C'est ainsi que l'esprit est respecté et aimé pour la vie qu'il donne à la lettre car c'est le rôle de l'esprit que de donner du sens à la forme en la nourrissant des actes que les êtres humains accomplissent en son nom.
Ainsi, l'esprit qui vit au cœur des écritures nous oriente dans les actes à accomplir : pour nous chrétiens, nous en avons l'exemple lumineux en la Personne de Jésus-Christ qui accomplit la Parole dont Il est porteur à chaque instant de sa vie. Nous choisissons donc un engagement spirituel vivant et concret qui se base avant tout sur les actes de Jésus lesquels permettent de comprendre sa Parole et de l'adapter à notre temps. Et l'Acte de Foi primordial que Jésus nous laisse en héritage, c'est le don de sa Vie sur la Croix qui vient parachever son enseignement. C'est pour nous la nourriture essentielle, le nectar dont doit s'abreuver tout chrétien qui souhaite marcher à la suite de Jésus. En Lui, Dieu s'est fait acte pour que l'homme agisse à son tour dans la Lumière, pour qu'il vive, confiant en sa nature illimitée, et pour qu'il devienne lui aussi un donneur de Vie.
(A suivre)
Geoffroi 
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