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Avortement |
La position traditionnelle de l’Eglise relative à l’avortement se fonde essentiellement sur le caractère infiniment précieux de toute vie humaine : ce principe conduit naturellement à protéger celle-ci dès ses premiers instants c’est-à-dire dès la conception, et débouche sur la notion d’inviolabilité du droit à la vie. En bonne logique, l’Eglise estime que le respect de la vie n’est pas quelque chose qui puisse être remis en cause, sans quoi les sociétés humaines se livreraient à de graves discriminations. Par ailleurs, du point de vue spirituel, le chrétien voit dans la Vie un don Divin, un potentiel extraordinaire à accueillir dans les meilleures conditions.
Pour aborder un sujet aussi important du bon côté, il faut garder à l’esprit que la Vie est Amour et que ce Principe, premier par excellence, dépasse toutes les morales conditionnées. C’est ainsi que, muni de ce viatique, celui qui veut marcher dans les pas de Jésus fait passer les individus avant les règles et cherche à respecter leur situation particulière plutôt que de les enjoindre à se soumettre aveuglément à des lois. Ainsi, l’Amour qui doit motiver ce fameux respect de la vie doit d’abord nous inciter à tenir compte de l’être qui est là : autrement dit, la femme qui porte l’être à venir. En effet, on a trop souvent oublié que si l’embryon a des droits, la femme en a autant que lui : dans une telle circonstance, elle doit absolument bénéficier de la liberté nécessaire au bon exercice de sa responsabilité.
Ainsi, le respect de la vie doit conduire, en premier lieu, les individus autant que les instances morales, religieuses, médicales ou sociales à agir dans le souci du bien d’autrui et de sa liberté. On l’aura compris, cela implique de donner, de se donner et non de se contenter, pour les uns, d’indiquer des comportements à suivre, et, pour les autres, d’appliquer des techniques médicales en dehors de toute préoccupation spirituelle. Bref, la question de l’avortement, si elle dépend finalement de la décision d’un seul être, reflète un gigantesque problème qui implique toute la société et qui peut s’énoncer comme suit : « aimons-nous la Vie ? » Si tous les secteurs de la société manifestent un certain Amour de la Vie, il est bien certain que l’avortement ne sera pratiqué que dans des cas extrêmement rares.
Pour être concret, comment une jeune fille peut-elle vivre sereinement une grossesse involontaire si elle-même ne reçoit pas l’Amour dont elle a besoin au sein de sa famille ? Comment une femme peut-elle assumer correctement une telle responsabilité si son conjoint l’a abandonnée ? Comment, après un viol, un être pourrait-il être en mesure de donner le meilleur de lui à un autre ou, tout simplement, de garder confiance en l’avenir ? Si toutes ces situations sont surmontables grâce à l’Amour des proches, elles deviennent extrêmement douloureuses s’il est absent et nécessitent un Amour pour soi-même très développé. Dans tous les cas, l’isolement dans lequel se retrouve la femme qui avorte interdit de porter sur elle le moindre jugement (quand bien même un être s’autoriserait à juger son prochain), mais demande de lui manifester d’autant plus l’Amour dont elle a besoin.
Certes, l’avortement est un acte négatif dans le sens où il porte d’abord préjudice à celle qui le choisit délibérément parce qu’il constitue un refus de faire face à ses responsabilités, de se dépasser, autrement dit, un acte contre soi-même. Ensuite, parce qu’il empêche la vie de s’exprimer à travers un nouvel être, ce qui traduit chez celle qui le porte autant que chez l’homme qui a participé, consciemment ou non, à sa conception, une grande difficulté à donner. De plus, le processus de la Vie porte en lui-même une exceptionnelle énergie positive qui bénéficie à l’être qui participe à cette œuvre de création en accélérant son accomplissement et lui permet de s’élever au-dessus de bien des difficultés. En revanche, dans certains cas particulièrement tragiques où la responsabilité des personnes n’est pas en cause, l’avortement peut se comprendre et éviter des situations de graves manques d’Amour susceptibles de conduire au suicide ou à l’infanticide.
Finalement, la question de l’avortement place l’être humain devant le don qu’il a reçu de Dieu, son pouvoir créateur : un tel potentiel ne peut pas s’exercer positivement si l’Amour, qui en est la source, n’est pas présent. Il doit non seulement être le moteur qui enjoint les êtres à s’unir physiquement mais il doit également être à l’origine des comportements des individus dans la société. Sans Amour, il n’y a pas de liberté et sans liberté, il n’y a pas de responsabilité. Tant que les êtres humains n’auront pas mis l’Amour au premier rang de leurs préoccupations, ils seront incapables d’exercer leur pouvoir créateur autrement qu’en se faisant du mal à eux-mêmes et à leurs semblables.
Geoffroi 
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