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Amour (avoir) |
Comme nous l'avons vu la semaine dernière, la substance de Dieu est l'Amour, cette dynamique de Vie qui justifie la création permanente, cet éternel débordement du Créateur vers ses créatures, du Père vers ses Fils... Dieu nous confie donc ce qu'Il est : Sa substance d'Amour est en nous et caractérise notre nature divine. Nous comprenons donc que Dieu nous aime au point de se donner à nous sans limite. Ce potentiel que nous possédons constitue bien un « talent » à faire fructifier. Lorsque, dans l'évangile, Jésus utilise cette parabole des talents, c'est pour nous faire comprendre que le Père nous a remis une extraordinaire richesse qu'il nous appartient de développer par nous-mêmes. En agissant ainsi, nous devenons comme Lui, des créateurs et participons à son œuvre de vie.
Tout cela constituerait un tableau sans défaut si l'être humain n'était pas fâcheusement enclin à se dénigrer lui-même... En effet, si nous faisons le bilan de l'état des relations entre l'homme et Dieu, après deux mille ans de christianisme, il est clair que l'homme a bien du mal à reconnaître la présence de Dieu au cœur de son être. La plupart du temps, il se croit tellement séparé de Dieu qu'il en vient à se considérer lui-même comme une poussière sans intérêt, seulement capable de pécher. Quant à ceux qui croient sincèrement que Dieu aime ses enfants, ils ont tout de même du mal à admettre qu'ils puissent être potentiellement des Fils de Dieu et qu'ils soient de nature divine.
Cela ne fait pourtant aucun doute pour celui qui commence à consacrer sa vie à l'Amour de l'Amour. Les vieilles querelles théologiques où l'on attribuait à Jésus une nature soit humaine, soit divine ou les deux à la fois, mais sans qu'elles se mélangent, sont dénuées de sens aujourd'hui : l'Amour n'établit pas de barrières ou de séparation stricte, seulement des niveaux de densité différents, des plans de conscience où l'Amour est plus ou moins intense, tout simplement. Le Christ préfigure ainsi ce que nous sommes appelés à devenir si nous avons envie d'aimer. Lui qui est pleinement homme et pleinement Dieu constitue l'exemple même du comportement caractéristique de tout être dont la vie est guidée par l'Amour, lequel se manifeste alors dans tous ses actes. Cette tendance qui consiste à chercher par tous les moyens une nature fixée dès le départ et figée pour toujours exprime seulement le matérialisme dont nous sommes parfois les victimes et, surtout, un manque de confiance chronique dans l'Amour de Dieu. A l'époque de Jésus, les pharisiens déclaraient déjà que rien de bon ne pouvait sortir de Nazareth. Si nous pensons aujourd'hui que rien de divin ne peut sortir de l'homme, comment parler ensuite de l'Amour infini de Dieu pour nous ?
Ainsi, nous posons à l'Amour de Dieu les limites que nous nous posons à nous-mêmes et exprimons clairement notre difficulté à aimer. Certes, cela est compréhensible car l'évolution dans l'Amour de soi et des autres exige le dépassement perpétuel. Mais doit-on pour autant laisser croire à ses semblables qu'ils sont voués à rester perpétuellement les mêmes parce que leur sort fut fixé dès l'origine ? Et doit-on réduire notre vie d'être humain à l'adoption d'un comportement moral pour plaire à un despote, dans l'espoir d'une récompense ? Bien sûr, la plupart des chrétiens se récrieraient à la lecture de ces lignes car leur idée des relations entre l'homme et Dieu n'est pas si puérile. Toutefois, si nous n'envisageons pas l'Amour de Dieu comme étant sans limites, notre vie perd totalement son sens et le but de notre incarnation semble vraiment ridicule.
Les mystiques des grandes religions ont consacré leur vie à illustrer l'union extrême que l'homme doit rechercher avec son créateur. Les plus grands d'entre eux ont su exprimer cette vérité qui énonce que nous sommes les Fils de Dieu, donc de même nature que Lui, avec la liberté de nous élever vers Notre Père ou d'y renoncer. Mais c'est Jésus qui illustre avec le plus d'éclat ce que nous sommes conviés à faire de nos existences. Nous avons l'Amour en nous. Dieu a fait sa demeure en notre cœur. Il nous reste à révéler cette vérité, à répandre cette incroyable richesse intérieure à l'extérieur : à faire de l'Amour avec l'Amour.
Geoffroi 
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