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La question de l'âme constitue un écueil sur le lequel la foi chrétienne est venue régulièrement s'abîmer. L'être humain a beau être considéré dans la Bible comme un tout, le dualisme n'a pas manqué de faire son travail de sape dans les esprits, distinguant trop souvent en l'homme un corps matériel pécheur et une âme pure immatérielle.

La réalité que nous sommes capables de percevoir aujourd'hui nous indique que l'être humain, créé à l'image de Dieu, est, tout comme Lui, une totalité et que la distinction « corps et âme » est purement intellectuelle. Il est d'ailleurs frappant de voir que tout ce qui concerne le monde des idées et des émotions, par exemple, ne trouve pas sa place dans cette séparation artificielle. Avec l'évolution de la science, le lien étroit entre l'état spirituel de l'individu et son état psychique, mental ou physique s'est imposé comme une évidence. Aussi, il devient de plus en plus difficile de dissocier ce qui, dès l'origine, ne forme qu'un.

Pour parler concrètement, l'être humain est composé de régions de plus ou moins forte densité : dans les régions les plus denses, nous pouvons reconnaître tout ce qui nous compose physiquement tandis que notre psychisme et notre intellect occuperaient des régions médianes ; plus allégés encore sont les lieux où siège notre âme c'est-à-dire le principe qui constitue notre identité, la forme immatérielle spécifique dans laquelle le principe divin se reconnaît en nous dans son unicité et dans sa liberté. Ce principe qui caractérise la présence divine en nous, occupe les régions les plus élevées de notre personne tout en assurant la cohésion de l'ensemble.

En d'autres termes, notre être est constitué de « couches sensibles » qui s'interpénètrent et entre lesquelles aucune frontière n'est tracée de façon précise. Plus nous considérons des régions allégées, plus nous constatons qu’elles sont illimitées jusqu'à posséder les caractéristiques de l'immortalité et de l'ubiquité c’est-à-dire de l’éternité. Quant à nos composants les plus denses, ils obéissent aux contraintes de l'espace-temps. Un exemple concret peut nous permettre de nous représenter les caractéristiques des différentes régions de notre être : lorsque nous mourons, notre personne n'abandonne qu'une très faible partie de nous-mêmes qui constitue notre apparence physique, une partie technique en quelque sorte qui nous permettait d'évoluer dans ce monde « matériel » et qui se décompose pour se réunir avec d'autres éléments appartenant au même plan qu'elle. Nous conservons, en revanche, nos sens qui nous renseignent sur le monde extérieur car ceux-ci ne sont pas limités à nos organes mais existent sur des plans plus subtils. Notre âme continue de diriger l'ensemble de notre être dans son évolution incessante, soit vers des sphères plus élevées, plus proches de son origine, soit vers des zones plus obscures...

Arrêtons-nous quelques instants sur ces plans intermédiaires que sont les pensées et qui semblent tenir à la fois du monde dit « matériel » et du monde dit « spirituel »: contrairement à notre corps physique qui meurt au bout d'un temps assez court, nos idées peuvent nous survivre pendant des siècles entiers. Mieux, plus nos idées ont un caractère universel, plus elles sont vouées à durer longtemps, voire éternellement, ce qui assure à notre être une forme d'existence permanente. Nous pouvons appliquer cette règle à notre âme : plus elle est dilatée à ce qui est autre, plus elle s'élève dans des régions illimitées qui lui garantissent une vie éternelle. Autrement dit, plus nous ouvrons notre ego à l'univers qui nous entoure, plus notre être se débarrasse des couches artificielles qu'il s'est forgées, pour atteindre sa vérité intime, là où demeure la présence divine qui, au bout du compte, assure sa vie en tant que Personne.

Si nous faisons en sorte que notre âme transmette à l'ensemble de notre être l'Amour qui provient de ses régions les plus allégées, nous permettons à tous nos composants, même les plus denses, de connaître la régénération dont l'illustration idéale se trouve dans la Résurrection de Jésus : en offrant toute sa personne à l'Amour de l'Autre, il a permis au principe divin de son être de s'exprimer dans ses régions les plus matérielles jusqu'à provoquer cette revivification de sa chair qui s'est mise alors à prendre une apparence plus pure encore et qui préfigure l'aspect que l'Amour peut donner à une personne qui lui consacre sa vie entière. Ainsi, en Jésus-Christ, nous avons l'exemple même de ce que l'humain est un tout à l'image de Dieu, capable de maîtriser intégralement l'univers matériel dans lequel il évolue, à condition que son âme, perpétuellement purifiée par l'Amour, permette au principe divin fondateur de son être de s'exprimer à tout instant et à travers toutes les régions qui le composent.

Nous comprenons donc que notre âme, douée de libre arbitre, forme la part consciente de notre être : elle est le « Je Suis » de Dieu à travers le filtre de notre individualité. Comme tel, elle dispense l'Amour qui vient de Lui à tous les niveaux de notre personne : plus elle s'élève et se rapproche de Dieu, plus elle permet que soient revitalisées les parties denses de notre être, lui conférant alors des caractéristiques appartenant à l'ordre supérieur qu'elle vient d'atteindre. Bref, plus notre âme s'unit à son Créateur, plus elle « fait corps » avec l'ensemble de l'être en le rendant plus cohérent, et plus nous ressentons que nous sommes Un, d'un bout à l'autre de nous-mêmes.


Geoffroi Contact



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