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Aimer (fin) |
Ce petit voyage entrepris à la découverte du verbe aimer ne serait pas complet si nous ne nous arrêtions pas quelques instants sur l'un de ses aspects les moins connus, l'Amour de soi-même. Il règne une certaine confusion autour de cette notion car l'Amour de soi est réduit le plus souvent à l'attachement exclusif à l'ego c'est-à-dire à l'amour-propre. Ainsi, s'il est évident que la satisfaction systématique de ses besoins aux dépens d'autrui conduit inévitablement à la destruction, pour autant, l'Amour de soi dans sa totalité mène immanquablement à l'union au divin.
Comment cela est-il possible ? Tout simplement en nous défaisant de l'idée beaucoup trop limitée que nous avons de notre « moi », notre ego. Porteurs de la présence divine au cœur de notre être, notre nature nous destine à l'illimitation perpétuelle. De sorte que notre ego est particulièrement fluctuant : il est en mouvement permanent. L’egocentrisme va à l'inverse de notre nature et c'est pourquoi il n'est pas exact de parler d'amour-propre pour qualifier ce penchant de certains êtres à ne considérer qu'eux-mêmes. C'est bien plus de la « haine-propre » qui les fait agir ainsi. Comment, en effet, pourrait-on mêler l'Amour à ce qui débouche sur l'autodestruction ?
Les êtres qui se font passer avant les autres sont faibles : ils ont besoin d'être sans cesse rassurés car ils vivent dans une instabilité constante. Cherchant toujours une énergie extérieure pour survivre, il leur est impossible de donner de l'énergie aux autres. Tout leur être est focalisé sur les attentions que les autres ont pour eux et quand ils portent leur regard sur autrui, c'est pour mieux se nourrir de l'intérêt qu'ils ont généré. Dans cette maladie du psychisme humain, l'Amour n'est concerné que parce qu'il est absent.
L'Amour authentique de soi est donc, avant tout, la compréhension de soi et de ses besoins véritables ce qui commence par le discernement de ses ennemis : l'exclusivité vient en tête de liste comme constituant un suicide dans toute l'acception du mot. Ses dérivés que sont l'égoïsme et la jalousie témoignent de l'univers de souffrances psychologiques et morales dans lequel ils maintiennent leur malheureuse et consentante proie...
Lorsque l'on décide de s'éloigner de ses mauvais chemins, l'on découvre vite que l'Amour de soi est bien l'Amour de la présence divine qui demeure en nous. Autrement dit, l'Amour de la plus haute partie de notre être. Mais là encore, il y a un risque d'exclusivité ! Après avoir résisté à l'exclusion des autres, nous risquons de sombrer dans l'exclusion d'une part de nous-mêmes, celle qui nous plaît le moins et constitue pour nous la cause de notre culpabilité c'est-à-dire la part physique ou matérielle que nous considérons souvent comme un boulet : nos appétits, nos besoins vitaux, nos pulsions, nos émotions...
Ce piège, beaucoup d'êtres y sont tombés par attirance pour la dualité. Or, le divin n'est pas restreint à certaines régions de notre personne : Il est partout, Il donne son sens à tout si nous le voulons, Il illimite tout. En d'autres termes, il n'y a rien à rejeter dans notre nature mais l'ensemble est à élever sans cesse. Lorsque nous en prenons conscience, nous commençons à nous aimer vraiment. Non pas parce que nous découvrons en nous des qualités ou des capacités propres mais parce que nous permettons à notre nature de s'exprimer, de se développer. Nos besoins personnels se dilatent pour englober ceux des autres et leur épanouissement nous devient indispensable.
Et plus nous nous mettons en quête d'aimer et de donner, plus nous éprouvons que c'est la raison même de notre être. D'un petit ego limité à quelques satisfactions primaires, nous faisons un « je suis » qui s'identifie toujours plus au « Je Suis » de Dieu. S'aimer soi-même prend alors le même sens qu'aimer son prochain ou aimer Dieu et l'Esprit d'Amour nous fait alors entrer dans le mouvement harmonieux de la Divine Trinité.
Geoffroi 
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