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Agapè |
L'Amour est une énergie. Nous pouvons même dire qu'il est l'Energie Une, celle dont découlent toutes les autres. Et lorsque nous évoquons Son Nom, nous Lui ajoutons notre vécu, nos propres ondes qui Lui attribuent alors un sens particulier. Pour certains, le mot Amour évoque l'amitié, l'amour filiale... Pour d'autres, il évoque la sensualité. Il fallait donc un terme nouveau pour parler de l'Amour divin dans toute son ampleur, pour en faire ressentir le caractère illimité. Ce terme, c'est « agapè », terme grec employé par Saint Jean dans son évangile pour exprimer l'Amour infini de Dieu, l'Amour gratuit.
C'est Lui et Lui seul qui nous intéresse parce qu'il contient toutes les formes de l'Amour et les illimite. Autrement dit, l'Amour quelle que soit sa forme est « agapè » dès lors qu'il n'est pas limité par l'ego de celui qui le manifeste. Cela implique que l'être qui prétend manifester cette forme la plus élevée de l'Amour doit mettre de côté ses désirs et ses besoins. Il s'agit donc de donner, comme nous le dit Jésus, au point que « notre main gauche ignore ce que fait notre main droite » (Mt 6-3). C'est dire à quel niveau de maîtrise et de détachement de nos propres besoins il faut accéder...
En fait, nous avons souvent une idée restrictive de cette notion de gratuité : en Amour, il ne peut y avoir la moindre contrainte, de sorte que le détachement de nos besoins et de nos désirs ne constitue en rien un réfrènement ou une perte. Au contraire, il s'agit d'aller plus loin encore, de les dilater, d’en évacuer ce qui pourrait constituer une entrave pour répondre à l'appel de notre nature profonde qui nous invite à donner, et c'est tout. Voilà l'Amour dont nous parle Jésus-Christ et qu'Il nous présente comme étant l'expérience nouvelle à vivre, l'énergie qui donne sens et anime toutes choses.
Bien sûr, le problème se pose de savoir si nous pouvons donner vraiment gratuitement. En effet, nous savons bien qu'en donnant, nous nous rapprochons de Dieu et que notre vie de chrétien nous permet d'être toujours plus heureux, toujours plus riches intérieurement. A partir de là, comment pourrions-nous donner à autrui sans arrière-pensée ? C'est en fait que la question n'est pas là : en réalité, notre rôle est de dispenser l'Amour qui vit en nous et qui vient de Dieu, qui est Dieu Lui-même et c'est pour cela que nous devons remiser notre ego et tout ce qui fait obstacle au don de Dieu. En d'autres termes, l'Amour doit donc être sans intérêt pour notre ego en ce qu'Il ne le flatte pas, ne le conforte pas mais exige qu'il se dilate aux autres et se libère de ses innombrables conditionnements. Mais, pour notre nature divine, il y a bien un accroissement, une glorification qui apporte la joie et la plénitude à tout notre être.
C'est pourquoi le terme d' « agapè » dont parle Saint Jean doit être essentiellement compris comme traduisant « l'Amour qui illimite » : un Amour qui dépasse les conditions matérielles de son expression et qui exulte dans l'échange. Voilà le terme qui permet d'y voir plus clair quant à cette notion d'agapè. Une agape n'est-elle pas un repas chaleureux et convivial du fait de l'échange fraternel qui a lieu entre les invités ? Un authentique échange, voilà ce qu'est l'agapè : l'amour sensuel, l'amitié, l'amour fraternel ou l'amour de dieu peuvent toutes être des amours limitées, sclérosantes si elles ne débouchent pas sur un échange mais sur une satisfaction routinière qui renforce les limites de l'ego et fait tourner l’être en circuit fermé. A l'inverse, ces formes d'Amour sont toutes positives si elles sont vécues dans une recherche perpétuelle de dépassement de soi par l'abandon à la toute-puissance de l'Amour : c'est cela qui permet à l'autre de recevoir le divin. Et, en lui donnant accès au divin par notre personne, nous y accédons nous-mêmes ! Donner vraiment, sans rien chercher, donner toujours plus, c'est recevoir vraiment la gratuité infinie qu'est Dieu, l’Agapè...
Geoffroi 
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