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Abandon |
Il s'agit d'abandon à Dieu, d'abandon à l'Amour. Ce terme peut contenir une certaine ambiguïté parce qu'il laisse croire à une sorte d'abdication de la volonté. Un peu comme un disciple qui se laisserait vider de sa personnalité au profit de son maître, devenant ainsi sa chose, son valet. Le dualisme qui sévit dans le christianisme de notre temps à tendance à faire de ce mot merveilleux l'antichambre du dégoût de soi : on s'abandonne à Dieu parce que soi-même on ne peut rien, on ne vaut rien... Alors autant Le laisser faire, ce Dieu extérieur à soi et si peu aimant !
Non, l'abandon spirituel n'a rien de commun avec cela. Il faut le voir, comme tout le reste, dans la perspective de l'histoire d'Amour personnelle et unique que Dieu désire vivre avec chacun de nous. Dieu nous appelle à vivre dans l'échange avec Lui et non à nous soumettre. C'est Lui qui se soumet à nous, nous laissant agir en ce monde à notre guise, attendant qu'un jour nous voulions bien tourner notre regard vers Lui. Dans cet échange, Dieu a fait le premier pas dès le commencement. Si nous le voulons, nous pouvons répondre à son désir en avançant vers Lui à notre tour. Si nous L'aimons sincèrement, nous reconnaîtrons en Lui l'Amour infini qui nous manque du fait de nos conditionnements, de ce cortège d'habitudes vides d'Amour. Nous saurons alors qu'Il vit en nous depuis l'origine des temps et qu'Il est la source à laquelle nous désirons nous abreuver de tout notre cœur. A cet instant, nous voudrons à tout moment de notre vie nous abandonner à cette source, à cette Energie. Nous voudrons sans cesse ressentir l'harmonie de l'Amour qui résout toutes les difficultés, apaise toutes les angoisses et transcende les plus grandes souffrances.
Lorsque nous devenons conscients de tout cela, comment ne pas avoir à cœur de délaisser tout ce qui fait obstacle à l'Union ? C'est alors l'abandon à Dieu : la détente, la décrispation de l'être qui s'ouvre à l'Amour lorsque l'ego desserre enfin son étau. S'abandonner à Dieu, c'est donner la priorité à l'Essentiel et vivre désormais toutes choses à travers Lui. L'abandon se caractérise par la confiance absolue en l'Aimé dont on sait tout le bien qu'il nous veut. Une confiance qui n'a rien à voir avec de la passivité. Au contraire, la foi est totale dans le fait que Dieu nous aime au point qu'Il se donne à nous sans conditions et ne demande qu'à se manifester à travers nous. Une confiance qui se caractérise par le renouveau à tous les échelons de notre être puisque, désormais, nous avons fait toute la place à Dieu : Sa volonté est la nôtre.
Il n'y a pas de perte de notre côté mais élévation de notre être au niveau où notre désir est celui de Dieu. Nous n'avons pas abdiqué notre personnalité ni ne l'avons perdue ou reniée mais nous avons délaissé la dispersion et l'incohérence pour le calme confiant et la détermination. Nous sommes à l'opposé de la conception humiliante de l'abandon qui chercherait à faire de l'être humain une sorte de pantin entre les mains du Créateur, définition en contradiction intégrale avec l'Incarnation même. L'Amour que nous enseigne Jésus-Christ nous apprend combien Notre Père est aimant : Il accorde tant de prix à Sa créature qu'Il s'est abandonné à elle en premier. L'abandon vers lequel nous devons tendre constitue donc une réponse à l'abandon éternel de Dieu qui est attente aimante et humble.
Geoffroi 
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