Début
août 1945. Deux explosions apocalyptiques frappent
deux villes du Japon, devenues tristement
célèbres depuis. Les Américains
venaient de tester, pour la première fois dans
l'histoire de notre monde et en grandeur réelle,
l'efficacité de leurs recherches en matière de
bombe nucléaire. Tels étaient, aussi, les
résultats d'une collaboration
politico-économico-scientifique qui allait donner les
premières lettres de noblesse à ce que l'on a
appelé, à l'époque, "la Big Science".
Juste après la guerre, cette même alliance
allait essayer de se racheter une conduite auprès de
l'opinion internationale en lançant un projet
d'étude scientifique sur les effets mutagènes
des irradiations chez les survivants japonais. L'incubation
du projet "Génome humain" avait commencé.
C'est en 1954 que la structure de l'ADN et son mode de
réplication furent découverts. Cet
événement allait donner à la science de
la génétique sa raison d'être au monde
entier. Mais, d'un point de vue purement scientifique, nous
n’étions qu'au début de l'ère
généticienne. En effet, pour savoir
réellement comment se comportaient les gènes
à travers leurs différentes propensions
à muter, nous étions contraints à une
avancée technologique considérable.
L'apogée de l'informatique matérielle et
logicielle apporta une aide cruciale à
l'évolution rapide des travaux sur les gènes.
En tout état de cause, il fallait entrer au cœur
même des chromosomes et de l'ADN pour espérer
en percer le secret. La nécessité du
séquençage de ce dernier devenait primordial
pour faire évoluer le projet. Or, pour établir
une séquence des cellules d'ADN, nous devions, au
préalable, pouvoir dresser une cartographie la plus
exacte possible de la cellule même de l'ADN, une sorte
de repérage des "marqueurs" espacés le long
des chromosomes. L'importance de la tâche était
démesurée.
Une fois les cartes génétiques en main, nous pouvions passer
au séquençage, à proprement parler. Ce séquençage d'un génome
consiste à obtenir une suite d'identités chimiques - ce que
l'on appelle "les nucléotides ”- qui composent le filament d'ADN.
Chaque nucléotide est dénommé par l’initiale du nom de la base
spécifique qui le compose. Cette information portée par le génome
est contenue dans un long texte dont l’homme comporte près de
4 milliards de caractères. Le défi repose sur la capacité à
découvrir et recenser un nombre toujours plus élevé de bases
pour un même gène, ce qui permettrait, par comparaisons, de
déterminer la carte génétique d'un être vivant avec une précision
inégalée. Ainsi, l’efficacité des entreprises de séquençage
est mesurée en nombre de kilobases par jour. Des centaines de
laboratoires à travers le monde, dotés de dizaines d'ordinateurs
et de chercheurs se mirent à multiplier les cadences de calculs
afin de mettre à jour, le plus rapidement possible, la carte
d’identité de l’être humain. Ainsi, le 26 juin 2000, l’annonce
mondiale d’une ébauche presque complète de la carte génétique
de l’homme a été dévoilée.
Pour certains, nous n’en sommes qu’au brouillon de
ce que devrait être la véritable carte
génétique humaine. Ce n’est
qu’à l’horizon 2005 que les scientifiques
espèrent donner à la communauté
internationale une première œuvre sans ratures,
sans erreurs. Mais, dès les premiers résultats
en 1995, et suite à une réflexion approfondie
concernant les applications possibles d’une telle
découverte sur l’être humain en
matière de santé et de
longévité, une commission internationale
s’est trouvée dans l’obligation de se
réunir afin d’établir, au même
titre que la DUDH de 1948, la Déclaration Universelle
sur le Génome Humain et les Droits de l'Homme de
1997. Car, au delà de l’euphorie que suscite
cette trouvaille auprès des politiques et des
scientifiques du monde entier, il fallait protéger
les intérêts financiers d’une part et
l’éthique d’autre part. Le potentiel que
libère une telle découverte peut aussi bien
s’exprimer dans le positif que dans le
négatif.
Allons-nous oser fabriquer le clone parfait ? Allons-nous
nous laisser tenter par une sélection artificielle de
la vie par des interventions fatales au niveau de
l’embryon lorsque l’on pourra prédire,
à la lecture de ses gènes, que
l’être fraîchement conçu aura des
risques de contracter de graves maladies ? Sans aucun doute,
cette effervescence marque les balbutiements de
l’humanité de demain en laquelle, a priori et
forte de ses expériences passées,
l’humanité d’aujourd’hui semble ne pas
avoir totalement confiance. Elle ne fait que projeter, sur
les générations futures, le constat de ses
propres intentions, pour le moins douteuses… Aussi, en
même temps qu’elle accède à une
réalité supérieure
d’elle-même, d’un point de vue scientifique,
il est nécessaire qu’elle acquiert une
conscience globale des identités multiples des
êtres humains dans un respect et une
considération d’autrui accrus.
Ne nous y trompons pas, comme dans toute avancée
scientifique, politique ou autre, la découverte, ici
du génome humain, reste le moyen pour
l’humanité d’atteindre son but : une
évolution perpétuelle de sa conscience qui est
de réaliser, petit à petit, qu’elle porte
en elle l’Illimitation à travers la
découverte des éléments infinis qui la
constituent... Et que le génome (jeune Homme)
devienne adulte en l’Amour !
Thierry
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