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Un hasard incertain


D'un côté, la physique classique de Newton et de Galilée qui n'admet aucune notion d'incertitude : mesurer avec précision la totalité des paramètres d'un système (position, vitesse, énergie, etc.) permettrait d'en prédire l'évolution et d'éliminer ainsi toute notion de hasard. De l'autre côté, la physique quantique développée durant le XXème siècle qui introduit l’idée selon laquelle un système peut se comporter de manière imprévisible à la moindre perturbation. Si nous considérons les multiples expériences qui ont, dans le temps, alimenté ce concept (à l'image de la désintégration du noyau de l'atome considérée comme aléatoire) nous serions alors à peu près certains que, non seulement le hasard existe, mais qu’en plus c'est lui qui gère notre destinée.

A mon sens, une grande confusion réside dans le terme même de hasard et le cheminement intellectuel qu'il opère dans nos esprits. Nous pouvons aisément remarquer dans notre quotidien qu'il y a une partie de notre vie où le hasard n'a pas sa place (tout ce qui fait appel à nos propres actes...). Et puis, il y a un autre monde, auquel nous sommes à tout moment confrontés et qui est parsemé d'éventualités, d'aléas (tout ce qui appartient à l'extérieur, les rencontres, la nature, etc.). Pour autant, cela ferait-il du hasard le régisseur de la Vie ? Non, l'être humain le prouve depuis des millénaires : vivre signifie, pour lui, liberté, choix et mouvement.

Hubert Reeves parle de hasard bridé, découlant de l'apparition de l'ADN dans l'univers. En fait, l'ADN, qui est à l'origine des cellules vivantes, marque le début d'une forme de maîtrise de l'incertain : ce que l'on pouvait nommer hasard auparavant a laissé la place à une autre conception qui englobe la responsabilité, la conscience et l'évolution. L’être humain acquiert un certain état de conscience : sa propre nature obéit à l'expression de sa volonté. Cette maîtrise s’appelle, en fait, adaptation. Ainsi, la non-existence du hasard résulte de la parfaite alchimie entre la liberté, la conscience, l’évolution et l’adaptation. De ce fait, ne pas exercer l'un de ces quatre concepts engendre la notion d’incohérence (plutôt que de hasard) manifestée par l'incertitude, le manque de confiance, le manque de connaissance de soi-même et de ses capacités. A l’inverse, la maîtrise caractériserait un pseudo-hasard originel qui aurait développé une intelligence capable de le limiter. En effet, s'il y a intelligence, il y a capacité d'adaptation donc contrôle de l'incertitude.

En réalité, c'est grâce à cette absence de repères voulue et nécessaire que naît la vie et qu'elle se perpétue. La vie a un sens naturel auquel le hasard s'oppose : l'organisation de l'univers exige que la matière s'abandonne au jeu de la dynamique du vide ; abandon qui, à un état élevé de conscience, est acte de création. Il correspond à un niveau de compréhension de soi, de Dieu, et, qui dit compréhension dit accession à la connaissance, celle-là même qui élimine toute notion de hasard fataliste. L'instabilité de la matière exprime son côté précis et stable dans la création, indissociable de son potentiel évolutif : l'homme, les étoiles...

Autrement dit, le hasard traduit ce que nous appelons la présence discrète de Dieu dans l'Univers. C'est l'homme qui évolue dans la conscience et découvre son potentiel créateur ; l'ADN, la Vie lui fournissant les briques nécessaires qui vont lui permettre de participer à la création par l'orientation et la qualité de ses actes.

Un hasard qui s'efface devant la plus petite expression de volonté...


Thierry Contact


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