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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 09

Edito


Chères lectrices, chers lecteurs,

Les nouvelles intéressantes sont rares en ce moment ! Des mouvements et tentatives de réformes sont amorcés dans divers pays comme le Pakistan, mais rien n'est trop sûr en ce qui concerne leurs aboutissements. Des éléments moins nouveaux viennent alimenter dramatiquement l'actualité des droits et de la condition des femmes dans le monde, comme ce chiffre de 649 décès maternels enregistrés en Zambie chaque année à la suite d'accouchements…
Devant la timidité avec laquelle certains gouvernements explorent la problématique fondamentale de la condition des femmes dans leur pays, nous nous demandons parfois si des statistiques comme celles-ci ne trouvent pas plus d'écho auprès des citoyens du monde entier que parmi les populations et dirigeants concernés ? Quoi qu'il en soit, c'est aussi l'un des objectifs principaux de l'information que de sensibiliser l'opinion internationale du sort de celles et ceux qui sont plus ou moins volontairement oubliés afin que les autres, ceux qui arrivent à " savoir et connaître", soient conscientisés et acceptent de représenter, de plus en plus, une forme de pression morale et éthique revendiquant le respect inconditionnel des droits humains à l'échelle planétaire. Le regard des autres, non pas avec l'esprit de juger mais de comprendre, de respecter dans le but d'informer et d'éduquer, constitue la voie la plus " humaine " qui peut s'exprimer en faveur de l'amélioration des conditions de vie de tous les peuples du monde. Ainsi, il existe des valeurs humaines que chacun peut ressentir au fond de lui et dont il peut se faire le messager personnel dans son quotidien…
En France, en Zambie ou au Pakistan, c'est la prise de conscience et la reconnaissance absolue de " l'autre " en tant que manifestation concrète et sacrée de la vie qui fera s'illuminer le visage de l'humanité !

Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite une bonne lecture.

Thierry

Actualités
...du 01 au 09 août 2001

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Malaisie

Le parlement malais a modifié sa constitution pour limiter les discriminations à l'égard des femmes. C'est un fait rare dans la constitution malaise que le gouvernement et l'opposition se retrouvent d'accord sur l'adoption d'une loi. Et pourtant, l'amendement constitutionnel de l'article 8, destiné à réduire la discrimination sexuelle, a été adopté à l'unanimité avec 172 voix sur 193, venant ainsi s'ajouter aux autres formes de ségrégations déjà reconnues : la religion, la race, l'origine et le lieu de naissance. Les 21 voix manquantes correspondaient aux membres du parlement qui étaient absents ce jour là. Cette décision vient renforcer l'action générale entreprise par le gouvernement depuis 2 ans, avec le concours de groupes féminins nationaux, pour intégrer les femmes de manière plus significative dans la cellule politique.

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Etats-Unis

Une étude récente a révélé que 20% des adolescentes font l'expérience d'une relation intime violente avec leur partenaire. En effet, le rapport montre qu'une fille sur cinq est victime d'abus physiques ou sexuels lorsqu'elle a des relations intimes avec son partenaire. Cette étude, publiée dans le journal de l'association médicale américaine, a également démontré le rapport étroit entre ces abus et les complications relatives à la santé physique et psychique qui se déclarent par la suite. Ces violences concernent des filles de plus en plus jeunes dont certaines n'ont pas encore 15 ans. Selon une estimation du Département de la justice, plus de 1,5 million de femmes (filles incluses) subissent des violences physiques et/ou sexuelles chaque année aux Etats-Unis.

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Afrique du Sud

Mbuyiselo Botha, actuel secrétaire général du Rassemblement des Hommes sud-africain, a exprimé ses convictions en matière d'égalité entre hommes et femmes lors de sa participation à la " Commission Nationale sur l'égalité ". " Il est primordial de permettre aux femmes de s'exprimer et d'écouter ce qu'elles ont à nous dire sur les expériences qu'elles ont vécues en matière de violence physique et/ou sexuelle… " La volonté de Mbuyiselo Botha est de participer concrètement à promouvoir le respect de la condition féminine dans son pays mais aussi dans les autres cultures à forte domination patriarcale, entraînant " naturellement " une forme ou une autre de discrimination à l'égard des femmes. Il a fait remarquer que pour beaucoup d'hommes, encore à l'heure actuelle dans ces pays, la violence perpétrée à l'égard des femmes reste un " problème de femmes ". Ainsi, il a déclaré : " Aussi longtemps qu'il y aura une séparation volontaire entre les hommes et les femmes pour parler des problèmes de violence et d'abus, il y aura l'expression d'une rancune réciproque difficile à éradiquer. Le meilleur avenir de l'humanité se construira en travaillant ensemble à la réussite de programmes pour la promotion des droits des femmes et, plus important encore, en apprenant à s'écouter et se connaître… ".

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Nigeria

Women's Rights Watch Nigeria a initié la première conférence nationale par le biais d'Internet sur les droits économiques des femmes. En collaboration avec deux autres ONG relatives à la promotion des droits des femmes au Nigeria, elles se sont lancées le défi d'animer la conférence du 9 août au 8 septembre 2001 par l'intermédiaire d'une liste de diffusion à laquelle n'importe quel internaute peut s'inscrire et même participer. Les objectifs de cette initiative originale seront de sensibiliser les institutions du Nigeria aux problèmes que rencontrent les femmes dans ce pays ainsi que d'établir des stratégies afin de renverser les tendances discriminatoires à leur égard et à promouvoir les droits économiques et, bien sûr, sociaux.

Pour ceux qui lisent et comprennent l'anglais, vous pouvez vous rendre à l'adresse suivante pour vous inscrire et pour suivre l'évolution de la conférence : http://www.kabissa.org/mailman/listinfo/womenseconomicrights-conference/



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Analyse

La femme en Colombie (Novembre 2000)

Des décennies de conflits armés entre les différentes factions militaires et paramilitaires, semant la terreur dans le pays, ont familiarisé la Colombie avec une violence toujours plus aveugle et sanguinaire…

En prenant connaissance des différentes exactions commises par les Fronts de Libérations multiples qui œuvrent individuellement dans le pays, en essayant de comprendre l'attitude assez tiède du gouvernement face à ces problèmes graves, celui-ci étant pleinement impliqué dans les actions de représailles incontrôlées lancées contre des présumés sympathisants de la révolution, en comptant le nombre incessant de femmes et d'enfants déplacés d'une contrée à l'autre, la Colombie nous laisse la forte impression d'un pays entièrement livré à lui-même. Les lois existent, même si elles ne sont pas toutes claires et précises, mais rien ne semble favoriser leur application !
Si l'on se réfère à dix ou vingt ans en arrière, il est évident que la condition des femmes colombiennes a évolué, tout au moins au niveau de la constitution. Les efforts ont été fournis afin de garantir un minimum de droits aux femmes, notamment en matière d'éducation, de santé, de justice. Les textes de la CEDEF vont jusqu'à bénéficier de la primauté sur la législation nationale. Cependant, vu le contexte négatif dans lequel le pays se trouve, nous ne savons pas si cette orientation doit nous renseigner sur l'inutilité de la constitution colombienne, incapable d'établir une base législative protégeant ses citoyens, s'il s'agit, par ailleurs, d'une véritable promotion des droits des femmes voulue consciemment par le gouvernement ou tout simplement d'un pare-fumée destiné à cacher le manque de préoccupation sociale du gouvernement ? Ainsi, toutes ces avancées, quelles soient réelles ou pas, paraissent balayées à la moindre rafale de mitraillette !
Le gouvernement est là, votant des lois pour assurer une certaine forme d'égalité hommes/femmes, annonçant des mesures pour combattre une violence qui s'infiltre jusque dans l'âme même du peuple colombien, mais il affiche une bien faible volonté en matière de promotion et de respect des droits humains. En 1996, fut créée la Direction nationale de l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. La même année, une loi fut votée qui criminalisait les actes de violence familiale, incluant le viol marital. En 1999, un projet de loi est présenté au Congrès colombien visant à supprimer ce délit de violence, perpétré à l'égard des femmes, sur les plans civil et pénal pour le transférer à la gestion de tribunaux administratifs ! Cette décision constitue une perte certaine pour l'évolution des droits des femmes en Colombie si les délits de violence à leur égard ne sont pas reconnus et traités sur le plan national. Plusieurs indices montrent, en outre, que la violence exercée contre les femmes n'est pas considérée comme grave, notamment lorsque l'instigateur de ce type d'actes ne se voit condamné qu'à 1 à 6 mois d'emprisonnement, souvent avec sursis et sous surveillance. Cela montre encore une fois le manque d'intérêt profond accordé à la condition de celles qui subissent, de front, les querelles de pouvoir de quelques hommes.

Chacun y va de sa petite ingéniosité pour discriminer un peu plus les minorités. Ainsi, les escadrons de la mort, soutenus par la police et les milices urbaines, s'octroient la tâche de "nettoyer les villes" des "déchets de la société" que sont, pour eux, les prostituées, les homosexuels, les mendiants et les trafiquants en tout genre. D'un côté, il existe un large marché de la prostitution qui profite de la pauvreté dont les femmes et les enfants sont les premières victimes, pour les placer sur le trottoir. D'un autre, les escadrons de la mort viennent les supprimer !

Autre ambiguïté sur le plan social : l'avortement représente la deuxième cause de décès maternels en Colombie alors que celui-ci n'est pas légalisé. Souvent les femmes demandent le droit à l'avortement en cas de viol mais cette possibilité ne leur est pas offerte ni même leur atteinte psychologique reconnue. Certains médecins considèrent ces femmes comme des criminelles et ne les assistent pas dans leur volonté d'avoir recourt à cette pratique. Cette attitude discriminatoire à l'égard des femmes affecte également le secteur général de la santé où elles souffrent d'un manque cruel de considération spécifique à leur condition sexuelle féminine. Ainsi, la quasi totalité des colombiennes ne dispose pas d'un accès aux soins suffisant dû à leur sexospécificité.

Bien entendu, la Colombie affiche son lot de discriminations de base autorisées à l'égard des femmes. Entre l'éducation, encore difficilement accessible à la majorité des filles - beaucoup d'entre elles sont obligées de quitter le circuit scolaire dès la fin du premier cycle pour réintégrer la cellule familiale ou pour être mariées très jeunes - et l'insuffisance de prévention et de protection en matière de violences physique et psychologique, la guerre civile vient anéantir sur bien des aspects l'espoir de vie des filles et femmes colombiennes. Peu de cas, comparés à la réalité des faits et à la dérive d'abus communément enregistrés en période de conflits, sont révélés à cause de la peur de représailles plus importantes et d'exécutions sommaires. Il y a bien des présidents et des gouvernements colombiens qui se succèdent, mais c'est la violence qui se présente aux élections et qui remporte la majorité quasi absolue : voilà plus de trente ans qu'elle est au pouvoir !

Thierry

Chiffres (Colombie)


- Environ 51 500 cas de violence en milieu familial ont été signalés en 1996. Dans 34 800 d'entre eux, la victime était un conjoint et dans 93 % des cas d'abus conjugaux, la victime était la femme.

- La Colombie compte au nombre des pays où 13 à 15 % des femmes âgées de 15 à 19 ans ont déjà au moins un enfant.

- Au Sénat, 14 sièges sur 102 au total sont occupés par des femmes et 19 femmes sur les 161 membres de la chambre des représentants sont en place.

- En 1999, sur les 45 000 cas de violence domestique rapportés, plus de 12 000 ont été des crimes sexuels.

- Un institut estime que 95 % de la totalité des cas d'abus ne sont pas rapportés aux autorités, ni policières ni de justice.

- Parmi le nombre de crimes sexuels rapportés, plus de 2000 sont des viols.

- Des statistiques nationales rapportent que les femmes constituent 24 % des chômeurs contre 17 % pour les hommes.

- 94 % des femmes colombiennes ont des soins de santé inadéquats comparés à leurs conditions de vie précaires.

- Selon une étude, 81 % des femmes sont concernées par la violence.

- Tous les deux jours, une femme meurt en Colombie pour raisons politiques.

- Parmi les femmes battues, 50 % reconnaissent que leur enfant était maltraité également avec elles.

- La peine de mort est abolie



Portrait


Ingrid Betancourt (1961)

Née à Bogota, Ingrid Betancourt est députée et sénateur de Colombie. Dans ce pays éprouvé par plus d'un siècle de violence, elle mène une lutte implacable contre la corruption du pouvoir lié aux cartels de la drogue.

Après de brillantes études de Sciences Politiques à Paris, Ingrid épouse un diplomate français. Le père de la jeune femme est ambassadeur de Colombie à l'UNESCO. Sa mère est députée et conseillère du futur candidat à la présidence : Luis Carlos Galan, un homme intègre qui prône l'extradition des narcotrafiquants et qui sera assassiné en 1990. Très affectée par cet événement, Ingrid comprend que son cœur est toujours resté en Colombie. Elle décide alors de rentrer à Bogota avec ses enfants.
Elle n'a que 29 ans lorsqu'elle est engagée au ministère des Finances et qu'elle y découvre la toile de fond d'une gigantesque corruption. Le chemin à suivre est clair : s'infiltrer dans le milieu politique pour mieux dévoiler aux Colombiens les causes profondes de la guerre civile et de la pauvreté. Elle se présente aux élections législatives et c'est le succès immédiat car sa foi en l'avenir et son intégrité séduisent des milliers d'électeurs. Candidate à la Chambre des Députés en 1994, elle mène sa campagne contre la corruption jusque dans les rues les plus malfamées de la capitale et défraie les médias avec un score exceptionnel. Au parlement comme à la télévision, la jeune député dénonce sans détours les dirigeants compromis avec la mafia. " Le montant de la corruption, déclare-t-elle, atteint 18 milliards de francs… l'équivalent de deux fois le budget social, éducation, santé et logement, prévu pour l'an 2000.

" Mais Ingrid va plus loin, plus haut. Ses investigations la conduisent jusqu'au président de la République, Ernesto Samper. Preuves à l'appui, elle prétend qu'il a financé sa campagne électorale grâce aux narcotrafiquants. Et lorsqu'elle découvre par la suite que la corruption s'est infiltrée au cœur même du procès de Samper, elle entame une grève de la faim dans les couloirs du Parlement provoquant immanquablement une immense prise de conscience au sein de l'opinion publique. C'est l'époque où elle fonde un nouveau parti au nom révélateur, Oxígeno. Car tel est l'incroyable défi de cette jeune femme qui porte désormais l'espoir de tout un peuple : assainir le pays le plus corrompu d'Amérique latine. En 1998, à l'âge de 37 ans, Ingrid devient le sénateur le mieux élu de Colombie mais en même temps le plus exposé. Car malgré la protection de ses gardes du corps qui lui ont permis d'échapper à deux attentats, Ingrid sait qu'elle peut succomber à chaque instant aux balles d'un "sicarios". Mais prête à donner sa vie pour l'avenir de son pays, elle défie la peur et poursuit son combat " la rage au cœur ". " Je crois trop en ce que je fais pour que même le risque de la mort puisse m'arrêter écrit-elle. Je porte sur mes épaules l'espoir de beaucoup de Colombiens, trop de Colombiens ". Une responsabilité qui l'a poussé à faire " les choix les plus douloureux " dont celui de se séparer régulièrement de ses enfants...

Ingrid aura 41 ans lorsqu'elle postulera pour la présidence de la République de Colombie en 2002. Espoir révéré d'un peuple abusé, elle incarne le visage d'une femme exemplaire dont la détermination farouche et inaltérable ne peut susciter que l'admiration et le soutien de ceux pour qui la démocratie a un sens et un avenir. Souhaitons que nos dirigeants la soutiennent dans sa lutte contre la corruption et l'impunité. Souhaitons qu'ils reconnaissent en elle, les piliers qu'ils sont appelés à devenir.

Pascale
 



A bientôt !
Thierry

 

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