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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 29

Edito
11 février 2004


En octobre 2003, la plupart d'entre vous, alors abonné(e)s aux différentes newsletter de Fraternet, avez suivi la mission en Irak de l'Association ABIR à laquelle j'avais participé. Le weblog “Centifolia” avait relayé les étapes de cette action en direct depuis Bagdad.
De cette aventure humaine exceptionnelle, plusieurs expositions ont vu le jour et ont remporté un succès non négligeable auprès du public, sensibilisé aux souffrances et espoirs du peuple irakien.
Aujourd'hui, je vous annonce la naissance de la boutique en ligne de Centifolia par laquelle il vous est possible d'acquérir des cartes postales originales ainsi que des photos uniques sur ce voyage. Deux thèmes sont proposés : l'Irak et la Jordanie.
La raison d'être principale de cette boutique est tout simplement de me permettre de poursuivre mon travail “indépendant” d'information et de sensibilisation sur les valeurs profondément humaines dispersées aux quatre coins du monde afin qu'elles puissent s'unir un jour.

Par ailleurs, pour celles et ceux qui auraient la structure d'accueillir une exposition de 24 photos, je vous invite à découvrir le dossier “expositions” au format .pdf (Acrobat Reader) directement à cette adresse : http://www.centifolia.com/expos.htm
N'hésitez pas à me contacter et me faire vos suggestions.


Dans ce numéro, nous aborderons une nouvelle fois la violence domestique (la suite de notre dossier commencé il y a 2 numéros), la situation des femmes irakiennes qui ne présage rien de bon pour l'avenir. Puis, je vous donnerai quelques liens intéressants à consulter sur des infos relatives aux droits des femmes dans le monde...

Je vous remercie de votre fidélité et souhaite bienvenue aux nouvelles et nouveaux abonnés.

Thierry


La violence domestique en Europe
3ème Acte

Avant de découvrir la suite de notre analyse, je vous invite à consulter le premier et le deuxième point - “vue d'ensemble” et “Définition...” - abordé dans les deux précédents numéros de FDDF :
==> http://www.fraternet.com/femmes/fddf/fddf28.htm

==> http://www.fraternet.com/femmes/fddf/fddf29.htm



3/ Les principales causes de la violence domestique en Europe.

Les causes de la violence domestique sont multiples et profondes. Elles puisent leur prétendue légitimité dans les coutumes ancestrales dont la pérennité ne fait pas bon ménage avec l'évolution des consciences et des modèles sociaux. Même si le respect des droits humains tend à devenir un pilier sur lequel se fondent nos démocraties modernes, la puissance des traditions vient, dans bien des cas, retarder son intégration à notre culture. L'Europe, ce “vieux continent”, est, comme les autres, victime de son histoire, de ses us et coutumes. N'est-elle pas cependant l'une des contrées les plus riches et les plus développées du monde, à la pointe de la modernité ?

Précisément, ce décalage entre le passé et le présent entraîne une déstabilisation préjudiciable au respect des valeurs fondamentales de l'être que toute société se devrait d'encourager à travers les comportements de ses membres. Les multiples facteurs socioculturels, souvent institutionnalisés, qui tendent à maintenir la vulnérabilité des femmes face à la violence domestique prennent leur source dans les rapports de force historiquement inégaux entre les deux genres.
La répartition traditionnelle des rôles entre l'homme et la femme a toujours placé cette dernière sous l'autorité de l'époux. Ainsi, la tradition judéo-chrétienne a joué fortement dans ce sens en justifiant la domination de l'époux dans le mariage, le devoir d'obéissance de la femme, le rôle "dirigeant" naturel pour l'homme. En outre, certaines dispositions législatives sont venues renforcer, au fil du temps, une tradition déjà par trop patriarcale. N'était-il pas de bonnes mœurs, dans un passé encore récent, de “corriger” son épouse - soi-disant pour son bien et son éducation - comme on le faisait pour ses enfants ou son chien ? Oui, même si cette réalité peut apparaître aujourd'hui à certains comme relevant d'un féminisme exagéré, des études effectuées auprès de la population européenne ont montré que cette conception demeurait puissamment ancrée dans certains esprits masculins.

Le deuxième facteur important favorisant la persistance de la domination de l'homme sur la femme réside dans l'attachement aveugle à la vie privée. Ainsi, il n'existe aucune disposition légale permettant aux autorités d'intervenir dans l'enceinte du foyer pour protéger les personnes vulnérables. On préfèrera préserver le caractère “sacré” de l'intimité, même si celle-ci devient la scène où se perpétuent inexorablement des actes de violence. De ce fait, les hommes qui choisissent d'user de brutalité pour imposer leur pouvoir au sein du foyer ne craignent généralement aucune poursuite : le “conscient collectif” a, en effet, tendance à considérer que cette violence ne concerne que le couple et qu'il s'agit d'une affaire privée dans laquelle ni le grand public ni l'Etat ne doivent s'immiscer. Plus encore, les rapports homme/femme subissent les effets d'une carence des valeurs relatives à la fraternité, au partage et à l'échange, misère à laquelle nos sociétés, libérales et finalement égoïstes, participent à alimenter par leurs choix et leurs orientations trop modernistes. Le souci de l'autre devient superflu et c'est évidemment au sein du couple que ce manque se ressent le plus, là où les êtres sont fragilisés et où le besoin affectif et moral est le plus fort.

Dès lors, la consommation d'alcool, l'effondrement de certaines structures économiques, source de disparités dans les revenus familiaux, ainsi que la pauvreté ne constituent pas les causes premières de la violence domestique : ils interviennent uniquement en tant que facteurs aggravants des réalités énoncées précédemment (“En Espagne, l'alcool et la consommation de drogue n'intervient qu'une fois sur cinq dans les actes de violence domestique”, enquête Themis, Espagne - 1999).
Enfin, le caractère récurrent de cette oppression de la femme trouve également son origine dans son aspect générationnel. En effet, dans la plupart des cas, les enfants finissent par intégrer en eux cette violence comme un “mode de communication” entre les conjoints ou encore comme un moyen - aussi dramatique qu'illusoire ! - d'éliminer les tensions au sein du couple. Ils auront évidemment plus de propension que les autres à recourir à ce type de comportement dans leur vie d'adulte.

... A suivre.

(Dans le prochain numéro nous tenterons de comprendre les conséquences de cette violence...)


Petite chronique
Irak

Sauvez les femmes irakiennes ?

Je reprends volontairement un titre que j'avais donné à un article écrit au lendemain de “la victoire” des alliés sur les talibans en Afghanistan. En effet, ce texte dénonçait la supercherie que constituait cette guerre sous le prétexte de “sauver les femmes afghanes”. C'était en 2001. Aujourd'hui, elles souffrent toujours d'un manque cruel de droits et de sécurité. La libération des femmes afghanes n'était-elle rien d'autre qu'une bonne excuse cachant des desseins bien moins glorieux ?

En ce début d'année 2004, les femmes irakiennes se trouvent dans la même impasse et le même constat fait d'amertume et de désillusion. Alors que l'administration américaine a une fois de plus promis monts et merveilles au peuple irakien libéré de la tyrannie de Saddam Hussein, les femmes attendent toujours que l'on ose exprimer leur simple existence. Il n'en est rien. Ou presque. Quelques manifestations par-ici, quelques lettres adressées à M Bremer par-là ainsi que des déclarations publiques n'ont toujours pas eu gain de cause. Pourtant, ce n'est pas l'énergie qui fait défaut du côté des femmes qui veulent faire valoir leurs droits fondamentaux. Seulement, il n'y a pas grand monde pour les écouter, pour les entendre surtout, à part quelques acteurs internationaux attentifs à leur condition de vie et à leur avenir. Et cet avenir reste bien incertain dans l'état actuel des choses. En octobre 2003, lorsque j'étais à Bagdad, une des présidentes d'associations pour la promotion des droits de la femme en Irak avait expliqué : “c'est maintenant qu'il faut faire entendre les voix des femmes au sein du gouvernement provisoire. Les hommes au pouvoir nous demandent d'attendre qu'ils aient redressé le pays avant de s'occuper de nos droits. Non ! Il sera trop tard si nous patientons jusque là.”

Est-il déjà trop tard ? En décembre dernier, le conseil du gouvernement provisoire a aboli un certain code de protection des droits des femmes établi par Saddam Hussein. Est-ce que cela est une bonne chose ? Sans aucun doute diront certains. Mais dans le même temps, il a permis à chacun des groupes religieux d'appliquer ses propres codes et traditions. Qu'est-ce que cela signifie pour les femmes, autant celles qui veulent vivre dans la tradition que celles qui désirent ne pas s'y référer ? Cette liberté de choix existera-t-elle une fois le gouvernement définitif mis en place ?

Alors que beaucoup de femmes irakiennes ont soif de droits, d'épanouissement, d'échanges avec les hommes sur la scène politique et sociale, l'eau potable manque cruellement en Irak depuis que les canalisations ont cédé sous les pluies de bombes.


Quelques infos
Liens

- Réflexion sur la condition des femmes en Iran avec une échéance politique importante lors des élections législatives qui auront lieu ce mois de février 2004.
Premier lien ! | Deuxième lien ! (en anglais)

- Le Burkina Faso a célébré la journée internationale contre les Mutilations Génitales Féminines. Cliquez!

- Forum économique en Arabie Saoudite : les femmes demandent plus de représentations et de rôles dans le développement de la société. Cliquez!

 


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Auteur : Thierry Robin

Le weblogue de l'auteur : http://www.centifolia.com

“A bientôt pour le prochain numéro !”




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