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Le dernier numéro de FDDF remonte à juin dernier.
Je ne suis pas resté pour autant inactif et éloigné
des préoccupations qui sont le fondement de cette lettre
d'information, reflet fidèle de mon engagement personnel
: le respect, la défense et la promotion des droits des femmes
sur une sacrée planète en constant bouleversement
! Aussi, dans le cadre de la création de ma structure professionnelle
de journaliste reporter engagé " Droits des Femmes ",
j'ai eu l'immense privilège de rencontrer des femmes, êtres
d'exception, féministes uniques, originales investies chacune
d'elles et à leur manière dans la lutte pour la reconnaissance
et le respect de leurs droits fondamentaux comme de ceux de leurs
surs et frères.
Il m'est possible alors, mais je n'avais aucun doute à ce
sujet, de témoigner de l'ampleur de l'engagement " humain
" que j'ai relevé dans le cur de ces femmes pour
la construction d'un monde meilleur. Elles vivent animées
de cette conscience éveillée des plus sages et des
plus " évolutionnaires ". Elles renferment une
force intérieure qui ne peut que laisser admiratif et nous
donner l'envie de les suivre, de créer à leur côté.
Elles se nomment Dalila, Brigitte, Caroline, Lizzie et Karima
Et il y en a tant d'autres. Ces rencontres m'ont propulsé
vers l'avant et m'ont donné l'énergie de vouloir être
dans l'action
Dans
un autre registre, cet été nous a donné de
vivre un certain nombre d'événements dont nous nous
serions bien passés : La mort de Marie Trintignant (particulier
pour la prise de conscience que ce drame a généré),
les victimes de la canicule en France, les suites du conflit irakien,
les souffrances de tant de peuples tout autour de la terre. Faut-il
pourtant succomber au défaitisme, à la maladie de
" l'inefficace ", au fatalisme ? Non, bien sûr.
Ceux qui s'échinent à construire un monde plus juste,
plus fraternel et sororel, n'ont de cesse de vouloir remettre leur
métier à l'ouvrage. A l'heure de la " télé
réalité ", il revient donc d'agir au cur
de sa propre réalité, sans se préserver, celle-là
même qui fait le quotidien de tant d'êtres humains.
C'est une simple marque d'amour pour ce monde et pour toutes celles
et tous ceux, tristes figures et moins tristes, qui le composent.
Ainsi, soyons des électrons libres qui par " affection
" se réunissent pour graviter autour de noyaux d'atomes
sororels et fraternels capables de créer les bases d'un monde
nouveau. Il n'est jamais et ne sera jamais trop tard. Beaucoup de
belles choses restent à venir, tout près de chez nous
ou plus loin.
Dans
ce numéro, nous ferons un petit tour du monde de la condition
féminine sous la forme d'un weblogue. Nous reviendrons également
sur le thème de la violence domestique, étalé
sur plusieurs numéros compte tenu de la longueur de l'analyse.
Et je profite de cet éditorial pour vous annoncer qu'Amina,
la Nigériane condamnée à mort par lapidation
en mars 2003, vient juste d'être
acquittée le 25 septembre.
Maintenant,
place à la lecture de ce qui constitue l'essentiel de cette
newsletter : l'information aux droits des femmes.
Je vous remercie de votre fidélité et souhaite bienvenue
aux nouvelles et nouveaux abonnés.
Thierry
De K-mères en filles
Au Cambodge,
la guerre qui a durée des décennies et l'actuelle instabilité
qui touche la sphère politique a fini par anéantir le
peu de droits auxquels les femmes devraient aspirer. La situation
économique difficile accentue cette descente aux enfers de
milliers de filles et de femmes, démunies, inconsidérées
même par leur propre famille. Pour $300 - et parfois plus, selon
la beauté - les
filles sont vendues à des bordels ou à des personnalités
pour assurer un lendemain au reste du foyer qui reste désespérément
incertain. Des parents attendent même sur le palier de leur
porte que passe un éventuel acquéreur ! La misère
humaine est à ce prix et les étiquettes sont encore
une fois collées sur le dos des femmes. Mais les enchères
se poursuivent, principalement à travers une tradition patriarcale
puissante qui donne toute la mesure à cette
dérive discriminatoire. Issue de la culture Kmer, elle
permet à l'homme de corriger et de battre sa femme s'il estime
que cela est " juste ". Une proposition de loi existe qui
condamne ce laxisme et puni les actes de violence commis à
l'égard des femmes au sein du foyer. Mais le vote de cette
loi est reporté régulièrement par un gouvernement
encore trouble et non opérationnel. La réalité
des femmes cambodgiennes est à l'opposer du plus humble rêve
qu'elles pourraient exprimer. Une réalité dans laquelle
elles n'existent pas et où la pauvreté mêlée
à une tradition rétrograde tendent à les réduire
au statut de fantôme enchaîné.
........
Des
femmes disparaissent
Dans
les provinces de Chihuahua et de Ciudad Juarez, au Mexique, des
femmes sont enlevées régulièrement, surtout
dans les milieux défavorisés, torturées
à mort, défigurées puis abandonnées
dans le désert mexicain, maladroitement dissimulées
pour certaines sous les arbustes séchés par la chaleur.
Nombre d'entre
elles ne sont simplement pas retrouvées et hantent désespérément
le registre des disparues, à jamais inclassable.
Encore un épisode de cette " aventure in-humaine "
où les protagonistes de tous poils (juges, enquêteurs,
officiers de polices, politiques, agresseurs) ressemblent à
des morts vivants, esquivant une réalité sur laquelle
ils n'ont aucune prise. Les traditions, les rumeurs et la considération
générale véhiculée à l'égard
des femmes - affligeante - participe à laisser cette "
épuration " se perpétuer sans qu'il y ait une
véritable prise
de conscience sur ces pratiques meurtrières issues du
plus mauvais film d'épouvante. Les mesures concrètes
émanant des autorités brillent par leur tragique inefficacité
et le mystère reste toujours entier
.........
Trafic
d'affluence
Les
trafics d'êtres humains ne
cessent d'augmenter. C'est ce que confirment les instances internationales
appuyées par les résultats du dernier rapport révélé
par le département d'état américain et qui
dresse une liste des pays les plus laxistes en terme de mesures
visant à endiguer l'exploitation
d'êtres humains. L'immigration clandestine à des
fins de commerce sexuel ou de travail forcé débordant
sur l'esclavagisme semble se répandre et trouver un véritable
écho auprès de certains pays du monde. Ainsi, en Europe,
en Amérique Latine, en Afrique ou en Asie, les plaques tournantes
du commerce d'âmes humaines par lesquelles transitent quelques
8,5 millions de mineurs offrent en permanence de la "chair
fraîche" à ceux qui en deviendront les propriétaires
ou les clients.
La FIDH (Fédération Internationale des droits de l'Homme)
avait, en 2000, établi
un dossier sur le " trafic et la prostitution dans le monde
". Il y était mis en évidence la relation étroite
entre les deux formes d'exploitations, la première servant
la plupart du temps à alimenter le marché fructueux
(pour les trafiquants) de la seconde, participant ainsi, à
perpétuer l'offre et instaurer un système de "
self-service " de la " matière première
" humaine afin de satisfaire la demande, elle aussi clandestine.
La
difficulté dans ce genre d'affaire, c'est que l'argent issu
du trafic humain rapporte à tous les protagonistes qui se
trouvent sur la chaîne d'exploitation, sauf bien sûr,
pour les derniers maillons, les victimes, qui ne deviennent, en
fin de compte, que des machines " rotatives " élevant
l'exploitation au niveau industriel.
Il
est alors plus facile de comprendre la réticence ou l'inertie
de certains pays à appliquer des mesures qui tendraient à
réduire voire éliminer - on peut rêver - le
trafic d'êtres humains sur leur territoire. Des
enquêtes menées par des journalistes audacieux
montrent régulièrement toute l'horreur - il en est
encore besoin - de ce ballet abject, joué devant un parterre
de responsables, de politiques peu concernés
et on
en vient à réaliser que pour sauver des êtres
humains, il faut être humain, avant tout.
| La
violence domestique en Europe |
1er
Acte
|
(Je
vous propose d'aborder un sujet très délicat en regard
des derniers débats qui secouent l'Europe et en particulier
la France : le violence conjugale. En quatre parties (donc 4 numéros),
nous allons plonger dans l'enfer privé, pourtant symbol de
nid douillet et de paradis de l'amour. De quoi déchanter pour
beaucoup de femmes !)
1/
Introduction
La
violence domestique en Europe est plus substantiel que nous pourrions
le supposer. Des millions de femmes sont concernées ainsi
que des millions d'enfants. Longtemps ignorée - plus ou moins
volontairement - des pouvoirs publics, longtemps minimisée
dans ses effets néfastes sur les femmes et sur l'environnement
familial, la violence au sein du foyer nous apparaît dans
toute son horreur et son aliénation à travers les
rapports récents révélés par divers
organismes européens et ONG internationales. Une analyse
approfondie de ce phénomène dans nos sociétés
nous permettra de mieux en comprendre l'origine et d'entrevoir peut-être
une solution dans l'élévation des consciences individuelles
et collectives. Etabli en quatre actes, ce dossier nous plongera
dans l'enfer, cette " non-vie " dans laquelle sont enfermées
des millions de femmes. Un huis clos dramatique où les scénarios
sont toujours les mêmes, pratiquement. La distribution des
rôles aussi.
Vue
d'ensemble
L'UNICEF
dénonce la violence domestique comme constituant la violation
des droits humains la plus répandue dans le monde. A l'échelle
de la planète, au moins un tiers des femmes ont été
battues, contraintes à des rapports sexuels ou maltraitées
de quelque autre manière, le plus souvent par une personne
de sa connaissance (mari, membre masculin de la famille). Près
de cinquante pour cent des femmes dans le monde ont été
battues ou maltraitées physiquement à un certain moment
de leur vie par leur partenaire. De même, une femme sur quatre
est maltraitée durant la grossesse. Juristes, militants et
autres experts n'hésitent pas à assimiler cette forme
de violence à un acte de torture tant ses effets sont terribles
sur l'individu. Et pourtant, certains pays semblent avoir pris conscience
de l'ampleur du phénomène il y a seulement dix ans.
Ainsi, l'Europe se réveille brusquement d'un long sommeil
et découvre avec stupeur cette brutalité que subit,
le plus souvent en silence, la gent féminine. Les chiffres
sont sans appel : " En Europe, selon les pays, 20 à
plus de 50 % des femmes sont victimes de violences conjugales. Cela
représente environ 4 millions de femmes " (Commission
Européenne de l'égalité des chances - 2002).
Ils démontrent que la violence domestique à l'égard
des femmes est une réalité contre laquelle il est
urgent d'agir. C'est ce que réclament les multiples associations
et organisations qui uvrent sur le terrain et qui sont en
contact direct avec les victimes, leur offrant aide juridique, soutien
psychologique et réconfort. Les refuges pour femmes battues
- de plus en plus nombreux dans les grandes villes - et les services
des urgences des hôpitaux accueillent régulièrement
des centaines de femmes ayant été violentées
par leur conjoint. Toutes les classes sociales sont touchées,
toutes les nationalités sont concernées : la violence
domestique n'épargne aucune culture dans une Europe cosmopolite,
aux identités multiples. Pour toutes ces femmes, leur propre
foyer constitue l'endroit même où se manifeste cette
violence. Alors que la cellule familiale devrait leur garantir compréhension,
sécurité et amour, celle-ci se transforme - du fait
de l'agressivité d'un époux, d'un frère, d'un
beau-père, bref, d'un homme dans la grande majorité
des cas - en un lieu de souffrance, d'insécurité et
de haine qui peut même parfois devenir le théâtre
d'un meurtre. Ainsi, " En Europe, chaque semaine, au moins
une femme est tuée par son conjoint " (Commission Européenne
pour l'égalité des chances - Conseil de l'Europe -
juillet/2002).
En
1993, après quelques timides approches, les Nations Unies
adoptèrent finalement la " Déclaration sur l'élimination
de la violence à l'égard des femmes ". Ce premier
instrument juridique de portée internationale concernant
les femmes affirme que la violence dont elles peuvent être
victimes constitue une violation de leurs libertés et de
leurs droits fondamentaux en tant que personne humaine. Elle énonce
par ailleurs la responsabilité qui incombe aux gouvernements
de garantir aux femmes l'exercice même de leurs droits.
Pourtant, l'Europe ne parvient toujours pas aujourd'hui à
maîtriser ce phénomène et à initier des
actions suffisamment efficaces pour ralentir voire éliminer
cette violence sexo-spécifique. Les études réalisées
sont encore trop incomplètes pour permettre l'identification
précise de ce " virus " et de créer les
conditions de son éradication. Car il s'agit bel et bien
là d'une maladie. Une maladie qui s'est développée
sur les bases d'une incompréhension des relations homme/femme.
Les causes en sont profondes et tiennent aux structures mêmes
de nos sociétés, responsables d'avoir favorisé,
au cours des âges, leur tendance patriarcale.
Aujourd'hui,
les femmes continuent de payer un lourd tribut à cette forme
de discrimination incidieuse parce qu'étouffée par
le caractère sacré, intouchable, de la sphère
familiale. De leur côté, les instances politiques européennes
mettent en place des programmes pour mesurer le dégré
d'infiltration de cette violence au sein du domicile conjugal. Ainsi,
au travers de témoignages tous aussi poignant les uns que
les autres, par le biais de statistiques toutes aussi révélatrices,
il a été possible d'établir plusieurs stéréotypes
d'attitudes violentes rentrant dans le cadre de la violence domestique.
Quelques définitions qui permettent de la cerner, de la comprendre
à défaut de pouvoir - pour l'heure encore - l'anihiler.
...
A suivre.
(Dans
les prochains numéros nous donnerons une définition
de la violence domestique, un état des lieux (quelques chiffres),
puis nous déterminerons les causes et conséquences
pour déboucher sur les éventuels moyens à déployer
pour lutter contre ce fléau pour enfin conclure sur une note
conscientisante!)
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