fraternet.com
FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 28

Edito
29 septembre 2003


Le dernier numéro de FDDF remonte à juin dernier. Je ne suis pas resté pour autant inactif et éloigné des préoccupations qui sont le fondement de cette lettre d'information, reflet fidèle de mon engagement personnel : le respect, la défense et la promotion des droits des femmes sur une sacrée planète en constant bouleversement ! Aussi, dans le cadre de la création de ma structure professionnelle de journaliste reporter engagé " Droits des Femmes ", j'ai eu l'immense privilège de rencontrer des femmes, êtres d'exception, féministes uniques, originales investies chacune d'elles et à leur manière dans la lutte pour la reconnaissance et le respect de leurs droits fondamentaux comme de ceux de leurs sœurs et frères.
Il m'est possible alors, mais je n'avais aucun doute à ce sujet, de témoigner de l'ampleur de l'engagement " humain " que j'ai relevé dans le cœur de ces femmes pour la construction d'un monde meilleur. Elles vivent animées de cette conscience éveillée des plus sages et des plus " évolutionnaires ". Elles renferment une force intérieure qui ne peut que laisser admiratif et nous donner l'envie de les suivre, de créer à leur côté. Elles se nomment Dalila, Brigitte, Caroline, Lizzie et Karima… Et il y en a tant d'autres. Ces rencontres m'ont propulsé vers l'avant et m'ont donné l'énergie de vouloir être dans l'action…

Dans un autre registre, cet été nous a donné de vivre un certain nombre d'événements dont nous nous serions bien passés : La mort de Marie Trintignant (particulier pour la prise de conscience que ce drame a généré), les victimes de la canicule en France, les suites du conflit irakien, les souffrances de tant de peuples tout autour de la terre. Faut-il pourtant succomber au défaitisme, à la maladie de " l'inefficace ", au fatalisme ? Non, bien sûr. Ceux qui s'échinent à construire un monde plus juste, plus fraternel et sororel, n'ont de cesse de vouloir remettre leur métier à l'ouvrage. A l'heure de la " télé réalité ", il revient donc d'agir au cœur de sa propre réalité, sans se préserver, celle-là même qui fait le quotidien de tant d'êtres humains. C'est une simple marque d'amour pour ce monde et pour toutes celles et tous ceux, tristes figures et moins tristes, qui le composent. Ainsi, soyons des électrons libres qui par " affection " se réunissent pour graviter autour de noyaux d'atomes sororels et fraternels capables de créer les bases d'un monde nouveau. Il n'est jamais et ne sera jamais trop tard. Beaucoup de belles choses restent à venir, tout près de chez nous ou plus loin.

Dans ce numéro, nous ferons un petit tour du monde de la condition féminine sous la forme d'un weblogue. Nous reviendrons également sur le thème de la violence domestique, étalé sur plusieurs numéros compte tenu de la longueur de l'analyse. Et je profite de cet éditorial pour vous annoncer qu'Amina, la Nigériane condamnée à mort par lapidation en mars 2003, vient juste d'être acquittée le 25 septembre.

Maintenant, place à la lecture de ce qui constitue l'essentiel de cette newsletter : l'information aux droits des femmes.


Je vous remercie de votre fidélité et souhaite bienvenue aux nouvelles et nouveaux abonnés.

Thierry



Actualités

De K-mères en filles


Au Cambodge, la guerre qui a durée des décennies et l'actuelle instabilité qui touche la sphère politique a fini par anéantir le peu de droits auxquels les femmes devraient aspirer. La situation économique difficile accentue cette descente aux enfers de milliers de filles et de femmes, démunies, inconsidérées même par leur propre famille. Pour $300 - et parfois plus, selon la beauté - les filles sont vendues à des bordels ou à des personnalités pour assurer un lendemain au reste du foyer qui reste désespérément incertain. Des parents attendent même sur le palier de leur porte que passe un éventuel acquéreur ! La misère humaine est à ce prix et les étiquettes sont encore une fois collées sur le dos des femmes. Mais les enchères se poursuivent, principalement à travers une tradition patriarcale puissante qui donne toute la mesure à cette dérive discriminatoire. Issue de la culture Kmer, elle permet à l'homme de corriger et de battre sa femme s'il estime que cela est " juste ". Une proposition de loi existe qui condamne ce laxisme et puni les actes de violence commis à l'égard des femmes au sein du foyer. Mais le vote de cette loi est reporté régulièrement par un gouvernement encore trouble et non opérationnel. La réalité des femmes cambodgiennes est à l'opposer du plus humble rêve qu'elles pourraient exprimer. Une réalité dans laquelle elles n'existent pas et où la pauvreté mêlée à une tradition rétrograde tendent à les réduire au statut de fantôme enchaîné.

........


Des femmes disparaissent

Dans les provinces de Chihuahua et de Ciudad Juarez, au Mexique, des femmes sont enlevées régulièrement, surtout dans les milieux défavorisés, torturées à mort, défigurées puis abandonnées dans le désert mexicain, maladroitement dissimulées pour certaines sous les arbustes séchés par la chaleur. Nombre d'entre elles ne sont simplement pas retrouvées et hantent désespérément le registre des disparues, à jamais inclassable.
Encore un épisode de cette " aventure in-humaine " où les protagonistes de tous poils (juges, enquêteurs, officiers de polices, politiques, agresseurs) ressemblent à des morts vivants, esquivant une réalité sur laquelle ils n'ont aucune prise. Les traditions, les rumeurs et la considération générale véhiculée à l'égard des femmes - affligeante - participe à laisser cette " épuration " se perpétuer sans qu'il y ait une véritable prise de conscience sur ces pratiques meurtrières issues du plus mauvais film d'épouvante. Les mesures concrètes émanant des autorités brillent par leur tragique inefficacité et le mystère reste toujours entier…

.........


Trafic d'affluence

Les trafics d'êtres humains ne cessent d'augmenter. C'est ce que confirment les instances internationales appuyées par les résultats du dernier rapport révélé par le département d'état américain et qui dresse une liste des pays les plus laxistes en terme de mesures visant à endiguer l'exploitation d'êtres humains. L'immigration clandestine à des fins de commerce sexuel ou de travail forcé débordant sur l'esclavagisme semble se répandre et trouver un véritable écho auprès de certains pays du monde. Ainsi, en Europe, en Amérique Latine, en Afrique ou en Asie, les plaques tournantes du commerce d'âmes humaines par lesquelles transitent quelques 8,5 millions de mineurs offrent en permanence de la "chair fraîche" à ceux qui en deviendront les propriétaires ou les clients.
La FIDH (Fédération Internationale des droits de l'Homme) avait, en 2000, établi un dossier sur le " trafic et la prostitution dans le monde ". Il y était mis en évidence la relation étroite entre les deux formes d'exploitations, la première servant la plupart du temps à alimenter le marché fructueux (pour les trafiquants) de la seconde, participant ainsi, à perpétuer l'offre et instaurer un système de " self-service " de la " matière première " humaine afin de satisfaire la demande, elle aussi clandestine.

La difficulté dans ce genre d'affaire, c'est que l'argent issu du trafic humain rapporte à tous les protagonistes qui se trouvent sur la chaîne d'exploitation, sauf bien sûr, pour les derniers maillons, les victimes, qui ne deviennent, en fin de compte, que des machines " rotatives " élevant l'exploitation au niveau industriel.

Il est alors plus facile de comprendre la réticence ou l'inertie de certains pays à appliquer des mesures qui tendraient à réduire voire éliminer - on peut rêver - le trafic d'êtres humains sur leur territoire. Des enquêtes menées par des journalistes audacieux montrent régulièrement toute l'horreur - il en est encore besoin - de ce ballet abject, joué devant un parterre de responsables, de politiques peu concernés… et on en vient à réaliser que pour sauver des êtres humains, il faut être humain, avant tout.





La violence domestique en Europe
1er Acte

(Je vous propose d'aborder un sujet très délicat en regard des derniers débats qui secouent l'Europe et en particulier la France : le violence conjugale. En quatre parties (donc 4 numéros), nous allons plonger dans l'enfer privé, pourtant symbol de nid douillet et de paradis de l'amour. De quoi déchanter pour beaucoup de femmes !)

1/ Introduction

La violence domestique en Europe est plus substantiel que nous pourrions le supposer. Des millions de femmes sont concernées ainsi que des millions d'enfants. Longtemps ignorée - plus ou moins volontairement - des pouvoirs publics, longtemps minimisée dans ses effets néfastes sur les femmes et sur l'environnement familial, la violence au sein du foyer nous apparaît dans toute son horreur et son aliénation à travers les rapports récents révélés par divers organismes européens et ONG internationales. Une analyse approfondie de ce phénomène dans nos sociétés nous permettra de mieux en comprendre l'origine et d'entrevoir peut-être une solution dans l'élévation des consciences individuelles et collectives. Etabli en quatre actes, ce dossier nous plongera dans l'enfer, cette " non-vie " dans laquelle sont enfermées des millions de femmes. Un huis clos dramatique où les scénarios sont toujours les mêmes, pratiquement. La distribution des rôles aussi.

Vue d'ensemble

L'UNICEF dénonce la violence domestique comme constituant la violation des droits humains la plus répandue dans le monde. A l'échelle de la planète, au moins un tiers des femmes ont été battues, contraintes à des rapports sexuels ou maltraitées de quelque autre manière, le plus souvent par une personne de sa connaissance (mari, membre masculin de la famille). Près de cinquante pour cent des femmes dans le monde ont été battues ou maltraitées physiquement à un certain moment de leur vie par leur partenaire. De même, une femme sur quatre est maltraitée durant la grossesse. Juristes, militants et autres experts n'hésitent pas à assimiler cette forme de violence à un acte de torture tant ses effets sont terribles sur l'individu. Et pourtant, certains pays semblent avoir pris conscience de l'ampleur du phénomène il y a seulement dix ans.

Ainsi, l'Europe se réveille brusquement d'un long sommeil et découvre avec stupeur cette brutalité que subit, le plus souvent en silence, la gent féminine. Les chiffres sont sans appel : " En Europe, selon les pays, 20 à plus de 50 % des femmes sont victimes de violences conjugales. Cela représente environ 4 millions de femmes " (Commission Européenne de l'égalité des chances - 2002). Ils démontrent que la violence domestique à l'égard des femmes est une réalité contre laquelle il est urgent d'agir. C'est ce que réclament les multiples associations et organisations qui œuvrent sur le terrain et qui sont en contact direct avec les victimes, leur offrant aide juridique, soutien psychologique et réconfort. Les refuges pour femmes battues - de plus en plus nombreux dans les grandes villes - et les services des urgences des hôpitaux accueillent régulièrement des centaines de femmes ayant été violentées par leur conjoint. Toutes les classes sociales sont touchées, toutes les nationalités sont concernées : la violence domestique n'épargne aucune culture dans une Europe cosmopolite, aux identités multiples. Pour toutes ces femmes, leur propre foyer constitue l'endroit même où se manifeste cette violence. Alors que la cellule familiale devrait leur garantir compréhension, sécurité et amour, celle-ci se transforme - du fait de l'agressivité d'un époux, d'un frère, d'un beau-père, bref, d'un homme dans la grande majorité des cas - en un lieu de souffrance, d'insécurité et de haine qui peut même parfois devenir le théâtre d'un meurtre. Ainsi, " En Europe, chaque semaine, au moins une femme est tuée par son conjoint " (Commission Européenne pour l'égalité des chances - Conseil de l'Europe - juillet/2002).

En 1993, après quelques timides approches, les Nations Unies adoptèrent finalement la " Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes ". Ce premier instrument juridique de portée internationale concernant les femmes affirme que la violence dont elles peuvent être victimes constitue une violation de leurs libertés et de leurs droits fondamentaux en tant que personne humaine. Elle énonce par ailleurs la responsabilité qui incombe aux gouvernements de garantir aux femmes l'exercice même de leurs droits.
Pourtant, l'Europe ne parvient toujours pas aujourd'hui à maîtriser ce phénomène et à initier des actions suffisamment efficaces pour ralentir voire éliminer cette violence sexo-spécifique. Les études réalisées sont encore trop incomplètes pour permettre l'identification précise de ce " virus " et de créer les conditions de son éradication. Car il s'agit bel et bien là d'une maladie. Une maladie qui s'est développée sur les bases d'une incompréhension des relations homme/femme. Les causes en sont profondes et tiennent aux structures mêmes de nos sociétés, responsables d'avoir favorisé, au cours des âges, leur tendance patriarcale.

Aujourd'hui, les femmes continuent de payer un lourd tribut à cette forme de discrimination incidieuse parce qu'étouffée par le caractère sacré, intouchable, de la sphère familiale. De leur côté, les instances politiques européennes mettent en place des programmes pour mesurer le dégré d'infiltration de cette violence au sein du domicile conjugal. Ainsi, au travers de témoignages tous aussi poignant les uns que les autres, par le biais de statistiques toutes aussi révélatrices, il a été possible d'établir plusieurs stéréotypes d'attitudes violentes rentrant dans le cadre de la violence domestique. Quelques définitions qui permettent de la cerner, de la comprendre à défaut de pouvoir - pour l'heure encore - l'anihiler.

... A suivre.

(Dans les prochains numéros nous donnerons une définition de la violence domestique, un état des lieux (quelques chiffres), puis nous déterminerons les causes et conséquences pour déboucher sur les éventuels moyens à déployer pour lutter contre ce fléau pour enfin conclure sur une note conscientisante!)

 


----------
Articles : Thierry Robin

“A bientôt pour le prochain numéro !”




Redécouvrez les archives "FDDF" !!
Pour les consulter, rendez-vous sur notre site à cette adresse :
http://www.fraternet.com/femmes/fddf/


Le site toujours à parcourir : http://www.fraternet.com

 

http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2003 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.