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Oserais-je parler de l'Irak ? Oserais-je émettre un avis
tant la tension entre partisans de l'intervention militaire de la
coalition américano-britannique et détracteurs atteint
un niveau jamais connu ? De toute évidence, une radicalisation
des consciences s'opère actuellement. Inexorablement. Une
page de l'histoire contemporaine - la deuxième importante
du XXI ème siècle, après les attentats du 11
septembre 2001 et l'investissement de l'Afghanistan par la suite
- est en train de s'écrire, dans le désert irakien,
sur les corps même des peuples arabo-musulmans et occidentaux.
Et les traces laissées par cet engagement - largement controversé
- des armées américaine et britannique en Irak seront
sans aucun doute difficiles à effacer.
Car le monde a changé. Non pas celui dans lequel vivent toujours
la plupart de nos chefs d'Etats belliqueux, encore trop éloignés
des préoccupations quotidiennes des peuples qu'ils gouvernent,
qu'ils endorment ou qu'ils soumettent. Mais le monde dans lequel
les petites gens essaient de grandir, de survivre, pour la plupart
dépassées par la nature des enjeux inavouables - et
inavoués - affichée par leurs sphères
dirigeantes. Ce peuple - en Occident, en Orient, en Asie -
fait petit à petit entendre sa voix et exprime ses idéaux,
souvent universels, dénués d'intérêts
stratégiques, économiques, géographiques et
politiques. Des idéaux relatifs aux droits fondamentaux de
la personne humaine et à la paix que des individus rassemblés,
unis, lancent à la face d'un monde dans lequel ils ne veulent
plus vivre selon sa configuration actuelle. Et ils sont de plus
en plus nombreux à trouver les moyens pour mieux se faire
entendre.
Bref, ainsi, se dessinent clairement, jour après jour, deux
tendances planétaires distinctes. Celle qui hurle à
la vie par la paix (c'était une voie qui était bien
engagée pourtant quoique nous puissions en dire). Celle qui
hurle à la mort pour la paix. C'est cette dernière
voix intérieure que les autorités américaines
et britanniques, principalement, ont choisi d'écouter et
de suivre dans le différent qui les oppose à l'Irak
et au régime dictatorial sanguinaire de Saddam Hussein.
Un engagement poussé par un sentiment hégémonique
américain tel que G. W. Bush en a oublié la caractéristique
humaine de ses soldats, ceux-là même qui meurent en
Irak pour justifier une cause internationale - personnelle ? - à
jamais injustifiable. Non, ce ne sont pas des CyberCop
ou autres UltraCop invincibles et insensibles à
la souffrance qui tombent et tomberont encore dans le désert
chaud irakien, soulevant, dans leur dernier souffle, face à
terre, quelques grains de sable fin. Ils mourront et seront oubliés,
comme les autres, ceux de 1990, enterrés par une tempête
du désert, factice, comme celle que l'on met en scène
à Hollywood. C'est préférable... pour l'image
et pour la démocratie !
Certains parmi la population américaine en ont conscience.
Mais pas tous. Pour l'instant le sentiment patriotique l'emporte
sur celui de la peur, de l'horreur. Le jour où une majorité
se réveillera et commencera à pleurer ses morts, une
fois le quota acceptable dépassé, « la
légitimité fictive de cette guerre » -
comme l'a répété le réalisateur américain
Michael Moore dans son discours enlevé aux Oscars
- éclatera aux yeux du monde tel un morbide miroir
aux alouettes. Seuls, celles et ceux qui les auront gardés
ouverts sur l'essentiel que constitue la vie humaine distingueront
son vrai visage. Et ils n'auront pas peur de l'effrayante vision
que renverront ses traits
car ils ne s'y reconnaîtront
pas !
......
Pour
faire le lien avec ce qui se passe en Irak, je vous
propose de consulter le site de l'association
ABIR. Visitez la section Actualités
Irak (dans la colonne de gauche) afin d'approcher une
autre vision du conflit, du côté de la presse arabe,
traduite par l'une des fondatrices de l'association. Un petit tour
dans les autres rubriques du site vous informera de la situation
des femmes et des enfants irakiens, avant le déclenchement
du présent conflit. Nous comprendrons alors que tout ne peut
qu'empirer !
......
Mais
outre l'édito de ce jour consacré à la guerre
en Irak, je vous propose de revenir sur la période qui a
entouré le 8 mars 2003, déclaré Journée
Internationale de la Femme, et de vous faire partager ce qui
s'est passé dans ma région. Ayant participé
à cette manifestation, je vous donne le privilège
de quelques photos en supplément du texte.
Je
vous remercie de votre confiance et vous souhaite paix et conscience.
Thierry
| 8
Mars 2003 |
Texte
et Photos
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La
Méditerranée des Femmes
Du mardi 4 au mardi
11 mars, au centre culturel de Digne les Bains, les femmes
solidaires des Alpes de Haute Provence, en France, ont osé
! Elles ont osé initier durant ces huit jours consacrés
à la femme, à son univers, à ses revendications,
à ses amours, un véritable débat de cur
et de convictions sur la sexualité, d'une rive
à l'autre
de la méditerranée. Huit jours
où théâtre - Au plaisir, fragments
des Monologues de vagin -, films - quinze au total -,
débats - au nombre de quatre -, et rencontres riches se sont
succédés dans une organisation sans faille. Il y avait
d'abord ces images fortes, vivantes, crues parfois, violentes aussi
par la souffrance, la révolte et la résignation que
ces femmes courageuses et déterminées jetaient à
la face d'un monde encore trop patriarcal.
Il y avait un mélange de passion, de joie et de volonté
acharnée à dénoncer un certain sexisme rétrograde.
Il y avait ensuite ces discussions, réduites à deux
ou trois personnes, qui permettaient d'apaiser les émotions
et réconcilier les esprits. J'étais là, simple
spectateur discret, ne voulant surtout pas briser par une attitude
trop journalistique le charme à la fois délicat
et puissant qui s'opérait devant mes yeux. J'essayais de
boire chacune des paroles prononcées, émouvantes pour
beaucoup, teintées d'une réalité brutale. Je
m'abreuvais aux regards et aux remarques lancés par les jeunes
filles et les femmes rassemblées dans le hall, devant les
stands extrêmement fournis en documentations diverses sur
la contraception, le SIDA, la violence domestique, la sexualité,
la prostitution
Tout était bon à entendre, tout
était intéressant à lire, à découvrir
!
Dans
un mouvement permanent, le cur de ces femmes soucieuses de
leurs droits, de leurcorps, battait à tout rompre. L'intime
côtoyait la foule avec pudeur et respect mais porté
par des mots sans détour. L'image du corps féminin
s'affichait telle une entité en recherche d'identité,
de reconnaissance, du rôle que toutes les femmes devraient
absolument jouer, à juste titre, dans les sociétés
actuelles et futures, au côté des hommes, à
égalité de voix, de voies, de choix, sexuels ou autres
! Le centre culturel bouillonnait de l'expression de toutes celles
et ceux qui étaient présents, féministes ou
non. C'est ainsi que tour à tour dans l'enceinte de la salle
de projection se sont succédés des films tendres et
sensuels sur le désir féminin, sur le plaisir partagé,
mais aussi des documentaires, comme Les trottoirs de Paris,
durs, pénibles tant la souffrance de ces femmes tombées
dans la prostitution, par hasard ou par marginalisation, crevait
l'écran de nos à priori. Et puis, dans la salle, une
autre prostituée intervenante exprimait son choix de vivre
de son corps en tant que travailleuse du sexe. Tous
ces témoignages révélaient une profondeur cruelle
et attachante, humaine. Il y avait aussi ce film égyptien,
Secret de filles, qui nous plongeait dans la détresse
d'une jeune fille qui se retrouve enceinte, par accident,
le père et la mère cherchant alors, dans une frénésie
mal maîtrisée, à sauver l'honneur de la famille.
Ou encore, Le truc de Konaté qui montrait comment
une femme burkinabé tentait d'éduquer son époux
à utiliser les préservatifs pour se prémunir
du SIDA. Grave et réjouissant à la fois !
Le
nombre significatif d'intervenantes était là pour
prouver, s'il le fallait, du sérieux et de l'enjeu d'une
telle manifestation. Elles étaient venues du Liban, d'Egypte,
d'Algérie, des quatre coins de France pour dire leurs espoirs
et leur attentes, pour parler tout simplement de leurs combats respectifs
à défendre et promouvoir les droits, supposés
inaliénables, des femmes. Elles se rassemblaient également
pour mesurer, à travers leurs expériences, le chemin
qu'il restait à parcourir en matière d'égalité
sociale, économique et sexuelle.
Toutes les projections, tous les débats étaient riches
et salvateurs. Les buffets méditerranéens, avec leurs
soupes et leurs salades, étaient colorés et chaleureux.
Au final, mieux que d'ouvrir une porte, cet événement
culturel posait un acte majeur dans le sens de ce que devrait être
l'humanité de demain : un espace où nous apprenons
à reconnaître l'autre, cet autre qui nous dilate le
cur et l'esprit dès lors que nous lui laissons les
moyens de s'accomplir et de s'épanouir selon sa propre volonté,
selon ses propres désirs.
Un lieu où nous ne sommes plus ni homme ni femme, mais des
êtres dont l'objectif essentiel est de construire un avenir
meilleur, plus juste, sublimé enfin par la vision féminine
de ce que devrait être le monde !
......
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