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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 23

Edito
02 Mars 2003


Le 8 mars 2003 prochain et comme chaque année depuis 1977, date à laquelle l'ONU a institué “La journée internationale de la femme”, une partie du monde va célébrer “les femmes”. Cette célébration permettra, compte tenu des manifestations mondiales attendues, de revendiquer des droits qui n'ont pas encore été acquis après plusieurs années de luttes. Elle permettra ainsi de constater le peu d'évolution accordé aux droits des femmes en regard de ce qui a été promis, signé ou ratifié. Mais, restons optimiste et donnons-nous la possibilité, malgré tout, de nous rejouir des quelques améliorations effectuées, des prises de consciences, si petites soient-elles, simplement pour garder courage, confiance et suffisament d'énergie pour les combats à venir.
Dans ce nouveau “Fraternet Droits des Femmes”, le premier de l'année 2003 (et oui, veuillez me le pardonner… je vous en explique la raison ci-dessous), nous aborderons particulièrement la violence domestique à travers une invitation de lecture et quelques chiffres révélant ce phénomène répandu en Europe.
Ce numéro sera complété par une actualité sur la recrudescence de viols en Afrique du Sud. Enfin, nous terminerons avec quelques références de sites web relatant des manifestations qui auront lieu cette journée du 8 mars !

Je vous remercie de votre fidélité et de votre patience…


Appel :

Chères - Chers - abonné(e)s,

j'ai décidé de créer une structure professionnelle de journaliste-photographe (une mise en œuvre qui m'a extrêmement occupé ces derniers mois, d'où un certain retard à l'édition de cette newsletter). Cette démarche qui résulte d'une profonde vocation sera destinée à mettre en valeur la vie - et l'avis - des femmes tout autour de la planète. Je sais que ce projet, très personnel, concerne malgré tout beaucoup d'êtres engagés dans la même voie.
Bien qu'ayant développé, depuis toutes ces années consacrées aux droits des femmes, une expérience non négligeable, j'ai parfaitement conscience qu'elle reste néanmoins insuffisante pour ce nouveau défi que je me suis fixé. Voilà pourquoi j'aurais indéniablement besoin aujourd'hui, de conseils, amicaux et/ou professionnels, de contacts pour aller plus loin dans l'aboutissement de mon projet (partenariats, propositions d'accompagnement de missions, rencontres, sujets de reportages, etc.). Une discussion (via email ou autres si possibilités) avec celles et ceux d'entre vous qui se sentiraient concerné(e)s pourrait être initiée dans ce sens.

Pour bien intégrer les fondements de ma démarche, je vous invite à consulter un dossier-profil que j'ai réalisé et mis en ligne à cette adresse :
http://www.centifolia.com

N'hésitez pas à me confier vos impressions (elles sont - et ont toujours été - précieuses). Elle permettront sans aucun doute une concrétisation plus rapide de ce projet qui me tient à cœur…

Je vous en remercie chaleureusement et amicalement par avance.

Thierry



Actualité
Février 2003

Afrique du sud

Les procureurs Sud-africains adoptent une attitude beaucoup plus ferme face aux viols perpétrés sur les femmes et les fillettes.

Dans la banlieue de Soweto, au milieu d'une cour, une petite fille de 11 ans est allongée sur un tapis. Elle tourne, presque indifférente, les pages de ce qui semble être un livre d'images. A cette heure de la journée, elle devrait être assise sur un des bancs de sa classe ou alors, jouer avec ses amies. Au lieu de cela, elle apprend comment témoigner contre l'homme qui l'a violée !

Les cas de viols en Afrique du Sud ont atteint des proportions alarmantes, frappant particulièrement les femmes dans des endroits accablés par la pauvreté tels qu'aux alentours de Soweto. Mais ce qui est peut-être bien plus déstabilisant, c'est le nombre croissant de viols d'enfants. Ici à Soweto, 70% des agressions sexuelles sont perpétrées contre des enfants parfois même nouveau-nés.
Ainsi, il a été recensé environ 50 000 viols pour la seule année 2001. Une estimation fait état d'une femme violée toutes les 26 secondes et d'un enfant toutes les 15 minutes.
Il semblerait que la pauvreté et le nombre élevé de personnes atteintes du SIDA soient un des facteurs aggravant les abus sexuelles, surtout sur les fillettes “encore vierges” et non porteuses du virus. Mais personne, au fond, n'arrive à expliquer les causes profondes de cette recrudescence de viols en Afrique du Sud.
Certains avancent l'hypothèse de la forte soumission des femmes face aux hommes. Ce comportement aurait été accentué par les longues années de ségrégations où les hommes dominés, recouvraient “leur identité” en dominant démesurément, à leur tour, leurs proches, en particulier femmes et filles.

Il apparaît donc nécessaire, voire vital, pour toutes ces femmes et ces enfants, que le système judiciaire se renforce d'un point de vue législatif et exécutif pour combattre ce fléau toujours incontrôlé à l'heure actuelle. En effet, sur les 50 000 viols reconnus, seulement 10% ont abouti à des inculpations. Afin d'accélérer le processus de rémission, le gouvernement a installé 29 nouvelles cours de justice consacrées spécialement au viol comme celle au Nord de Protea. En outre, une formation spécialisée des juges et des avocats a été prise en charge par un plan du gouvernement. Devant ces mesures, certains restent optimistes, d'autres le sont moins. Kelly Hatfield, ancienne directrice du mouvement “Peuple opposé aux abus à l'égard des femmes” affirme de son côté : « J'ai beaucoup d'espoir… Si nous avons pu réduire la ségrégation, nous pourrons diminuer la violence contre les femmes... ». En moins de temps, nous l'espérons et avec l'aide d'une communauté internationale plus impliquée.




Lecture
Violence

Julia Rios - Histoire vécue

C'est à Baependi, petit village à l'intérieur des terres, situé à 300 km de Rio, que Julia rencontre Bradley. Nous sommes en 1979, en pleine période de carnaval, ce moment où le Brésil rêve, chante, danse, oublie une partie de sa misère. C'est le moment aussi où les familles se réunissent et où l'amitié, la fraternité, l'amour s'expriment, débridés. Sous l'impulsion de ses amies et sans attirance particulière au premier abord, Julia accepte “d'accompagner” ce touriste suisse, un peu perdu au milieu de la foule. Il ne connaît pas un mot de brésilien, Julia, elle, parle français. Alors que Julia ne donne aucun signe d'attachement à l'égard de Bradley, lui, multiplie les avances et insiste fortement sur ses sentiments. Finissant par interpréter cette attitude comme du “harcèlement amoureux” Julia accepte de suivre Bradley en Suisse. Elle était sur le point de rentrer en université de Biologie au Venezuela mais, sous les arguments de Bradley, accepte de poursuivre ses études à Genève… Nous sommes en 1980.

Les douze années qui suivirent furent pour Julia une descente en enfer, un cauchemar éveillé qui l'a entraînée au bord du suicide. Tout a commencé doucement, “innocemment”, dirons-nous. Les premières brimades sur sa tenue vestimentaire, les premières “obligations” sexuelles, les premières restrictions, les premières injures, la première gifle, le premier viol. Puis, comme le ronronnement permanent et assourdissant d'une machine, les mêmes actes de violence ont pris, lentement et sournoisement, possession de son esprit, de son cœur, de son corps, de sa vie tout entière. Elle est devenue la “chose” à travers laquelle s'est exercée la phobie destructrice de son époux. A l'instar de toutes les femmes qui subissent la violence domestique de leur compagnon, Julia vivait de l'espoir contenu dans les moments de répit, périodes où Bradley redevenait gentil, mielleux, tendre. « Il peut changer… mon amour va lui permettre de sortir de cette violence intérieure qu'il exerce sur moi », « Un enfant va lui donner tout ce qu'il n'a pas reçu, cela va le stabiliser » se disait-elle. Violée une nouvelle fois, elle eut un fils qui fut durant des années, son seul lien avec la vie, sa seule envie de vivre et de se donner…

De chutes en rechutes, de chantages affectifs en manipulation psychologiques, d'agressions physiques en viols répétés, Julia a sombré dans l'inexistence, le déni d'elle-même à travers sa condition de femme battue, la perte d'identité. Elle a connu aussi l'incompréhension de certaines institutions qui étaient censées lui venir en aide et la soutenir. Elle s'est retranchée dans une lutte amère et souvent humiliante pour survivre, pour “s'en sortir !” et quitter l'enfer dans lequel elle avait glissé et failli se noyer. Des rencontres amicales, parfois fortuites, lui ont ouvert les yeux et lui ont donné cette nouvelle énergie qui l'a poussé à prendre les décisions vitales pour elle et ses enfants. Mais surtout, c'est l'aide fidèle de plusieurs centres d'accueil pour femmes en détresse qui lui a permis de garder l'espoir et de se reconstruire, lentement, une identité…

Le récit que nous livre Julia nous plonge dans cet univers terrible de la violence conjugale. Le lecteur entre de plein fouet dans la vie privée d'un couple abandonné à la dérive sur un océan de larmes et de souffrance. Un face à face avec une réalité qui, tour à tour, nous glace, nous brûle, nous soumet, nous révolte et finit par nous faire tomber dans “Le Piège” de Julia. Il faudra tout son courage, tout son acharnement et tout son amour pour que nous en sortions, libérés, au même moment qu'elle.

Thierry

“Le Piège” La violence au quotidien - Editions Cabédita, CH-1137 Yens sur Morges - http://www.cabedita.ch



Chiffres clés
Violence Domestique


Etat des lieux en Europe.

Avant d'énoncer un certain nombre de chiffres relatifs aux actes de violence domestique qui ont lieu en Europe, dont certains pays seront mis en exergue, il paraît important de souligner que les Européens sont conscients des drames familiaux qui se déroulent à l'intérieur des murs de certaines de leurs maisons. En effet, au sein des quinze pays membres de l'Europe, 4% seulement d'Européens n'ont jamais entendu parler de la violence domestique. Près de 90% en ont pris connaissance au moyen de la télévision, 65% par la presse écrite et 44% par la radio (eurobaromètre - enquête de la commission européenne 2000).

a) Statistiques générales

- En Europe, selon les pays, de 20 à plus de 50 % de femmes sont victimes de violences conjugales.

- On estime également que, pour les femmes de 15 à 44 ans, la violence familiale est la première cause de mort et d'invalidité, (plus encore que le cancer, les accidents de la route, les conflits) et qu'elle entraîne des coûts aussi bien au niveau des services médicaux et de santé que de l'emploi, de la justice et de la police.

- En Europe, chaque semaine, une femme est tuée par son conjoint.

(Commission Européenne pour l'égalité des chances - Conseil de l'Europe - juillet/2002)

- 25 % des crimes concernent un homme ayant agressé sa femme ou sa partenaire.

- 1 seul cas de violence sur 20 est signalé à la police.

(Enquête Eurobaromêtre - 1999)


b) Statistiques par pays


I - Espagne

- L'alcool et la consommation de drogue n'intervient qu'une fois sur cinq (20%) dans les cas de violence domestique. (Themis, 1999)

- La même étude relève que les victimes retirent leur plainte dans 56% des cas.

- Selon les organisations féministes espagnoles, 90 femmes sont mortes en 2001, victimes de violence domestique.

II - France

- La dernière étude nationale en France a montré qu'en 2001, 1,35 million de femmes ont été victimes de violence domestique. (Conseil de l'Europe - juillet/2002)

- 60% des interventions nocturnes police-secours à Paris concernent les violences conjugales.

- Tous les 15 jours, 3 femmes sont tuées par leur conjoint. (Etude Henrion pour le Ministère de la santé - juin 2001)

- les agressions physiques ou sexuelles sont rares en dehors du milieu familial ou de la sphère privée et sont respectivement de 1,7 et de 1,9 %.

(Secrétariat d'Etat aux Droits des Femmes - 1999)

III - Allemagne

- Une femme sur trois a été victime de violence domestique à une époque de sa vie.
(ONU - 2000)

- 14,5 % des femmes ont subi des violences sexuelles par des membres de la famille. (Lobby européen des femmes - 2000)

IV - Les autres pays

- Au Portugal, parmi les victimes de femmes violentées, 52,8% l'ont été par leur partenaire/conjoint.

- La Norvège compte 4 millions d'habitants et l'on estime que, chaque année, 10 000 femmes norvégiennes reçoivent des soins pour des dommages corporels engendrés par la violence familiale.

- En Russie, 13 000 femmes sont tuées chaque année, pour la plupart par leur mari ou partenaire.

- En Albanie, selon des statistiques enregistrées, la moyenne des femmes battues par leur époux se situerait entre 40 et 80 %. (ONU - 1999)

- En Finlande, le nombre annuel d'appels téléphoniques vers les commissariats relatifs à la violence domestique se situe entre 10 000 et 12 000.

- En Italie, une investigation conduite par la police de la ville de Rome ainsi qu'une ONG a rapporté plus de 6 522 cas de violence domestique, en 1997.

- Aux Pays-Bas, une étude faite en 1998 a révélé qu'environ 211 000 femmes ont été victimes de violence perpétrée par un proche.

- En Grande-Bretagne, les femmes battues, pour la grande majorité au sein même de leur foyer, représentent près de 1/4 de la totalité des femmes.

- En Suède, chaque année, 25 à 30 femmes sont battues à mort par leur conjoint. (Institut suédois)

- En Suisse, une femme sur cinq (soit autour de 21 %) a subi des violences physiques ou sexuelles dans sa vie de couple et à peu près 40 % souffrent de violence verbale ou psychologique. (www.prevention.ch - 1999)

- En Turquie, près de 30 % des femmes sont battues, régulièrement pour la majorité d'entre elles, par leur conjoint ou par des membres de leur famille. (feminist News - 2000)



Liens
Le 8 Mars 2003 - J.I.F.

Sites à consulter avant et après le 8 mars - Journée Internationale de la Femme :

http://8mars.online.fr/sommaire.php3

http://journee-de-la-femme.com/

http://www.swc-cfc.gc.ca/dates/iwd/index_f.html


 

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Thierry


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