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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 20

Edito


Chères lectrices, chers lecteurs

Ce nouveau numéro de "Fraternet Droits Des Femmes" aura la particularité d'innover un peu par rapport à tous les autres numéros déjà édités. En effet, outre les actualités qui vous apporteront, comme d'habitude, les informations que vous attendez sur les avancées - ou les reculs - en matière de droits des femmes dans le monde, une annonce relative à une des actions conduitent par FRATERNET ainsi qu'un témoignage d'un des membres de l'association humanitaire A.B.I.R. investie en Irak au mois de mai dernier viendront enrichir de manière conséquente le travail rédactionnel de notre équipe. En espérant répondre encore à vos attentes...

Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite bonne continuation dans votre lecture.

Thierry

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ANNONCE DE l'EQUIPE DE FRATERNET

- Association LATITUDE -

Particulièrement investie en faveur du respect des droits humains, l'équipe de Fraternet vient de fonder une association destinée à offrir aux condamnés à morts du Texas une chance d'échapper à leur exécution en finançant les services d'avocats compétents susceptibles de sauver leur vie.

Bryan Eric Wolfe a besoin de nous. Enfermé depuis plus de neuf ans dans les couloirs de la mort, il attend le jour de son exécution qui pourrait avoir lieu à la fin de cette année... A moins que nous puissions rapidement lui offrir un avocat.

Si donc vous refusez de vous sentir impuissants face à la négativité du monde, si vous désirez apporter ne serait-ce qu'un grain de sable à l'édification d'un monde meilleur, venez visiter le site de l'Association Latitude. Vous comprendrez que notre action n'a pas pour but de clamer l'innocence de tel ou tel "criminel" mais de mobiliser les consciences et les efforts du plus grand nombre en faveur du caractère sacré de toute vie humaine.

En rejoignant un instant l'univers de centaines de prisonniers perpétuellement soumis à l'inhumanité la plus totale, en faisant connaissance avec Bryan à travers son dossier, vous aurez certainement envie de vous joindre à nous pour tenter de sauver sa vie. Vous pourrez lui venir en aide en adhérant ou en achetant le Cd-Rom de cliparts réalisé par l'équipe de Fraternet. Il faut faire vite, les jours de Bryan sont comptés !
Mais si notre combat devient aussi le vôtre, Bryan aura sans doute une chance de vivre...

>> Site de l'association : www.association-latitude.org

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Actualités
...avril - mai - juin 2002

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Les grands travaux du CEDAW

La 27ème session du CEDAW (Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes) a débuté le 3 juin. Durant trois semaines, des experts internationaux vont ainsi examiner la condition des femmes au sein de 8 nations : la Zambie, Saint-Kitts-et-Nevis, l'Ukraine, le Suriname, la Belgique, la République du Congo, le Danemark et la Tunisie. Déjà, de nombreuses pratiques discriminatoires à l'égard des femmes et des fillettes ont été soulignées.

Par exemple, au Suriname, la polygamie et la répudiation sont encore en usage tandis qu'en Zambie, un système juridique fondé sur des valeurs de type patriarcal entraîne de graves discriminations à l'égard des Zambiennes. Dans un registre différent, les experts du CEDAW ont remarqué que les femmes occupaient trop peu de postes décisionnels en Ukraine alors que les statistiques montrent qu'elles sont généralement plus qualifiées que les hommes.

Par ailleurs, en ce qui concerne la Belgique, premier pays d'Europe à avoir pris des mesures visant à instaurer l'égalité entre les sexes, il a été remarqué que la structure fédérale entraînait des disparités dans la mise en œuvre de la politique nationale. Enfin, les représentants du Danemark, pays modèle en matière de parité entre les sexes, ont été questionnés quant à la discrimination dont souffrent les femmes venues des pays de l'Est : une politique injuste contraint, par exemple, les réfugiées bosniaques et kosovares à retourner dans leur pays d'origine.

En d'autres termes, les travaux du Comité ne manqueront pas de mettre en évidence, une fois encore, les graves écarts qui existent entre les intentions et la réalité, entre le droit et les faits...

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Suisse : un référendum sur le droit à l'avortement

Ce n'est qu'en 1971, après que les femmes suisses ont obtenu le droit de vote, que la notion de décriminalisation de l'IVG était lancée. Longtemps réprouvée par la population, cette idée à manifestement fait son chemin avec l'évolution des consciences. Les Chambres fédérales se sont en effet entendues sur un texte de loi que les électeurs suisses ont approuvé à plus de 72 %. Le dimanche 2 juin, la Suisse est donc allée dans le sens d'une réforme sur l'IVG qui n'était jusqu'alors légalement autorisée que sous certaines conditions. Une avancée somme toute symbolique puisque malgré l'interdiction de l'avortement figurant dans le Code pénal de la Suisse, de nombreuses IVG sont légalement pratiquées chaque année. Mais cette avancée est pourtant un véritable encouragement pour les nombreuses féministes du pays comme pour toutes celles et ceux qui se sont battus ces dernières décennies pour faire reconnaître officiellement un droit fondamental de la femme : celui d'interrompre volontairement sa grossesse.

D'un point de vu purement juridique, l'interdiction d'avorter est suspendue jusqu'à douze semaines suivant la dernière menstruation : une façon détournée de faire de l'IVG un véritable droit civil. Droit qui n'épargnera pas les mineures qui pourront désormais interrompre leur grossesse après avoir fait une demande écrite invoquant "une situation de détresse".

Quant aux mouvements et associations anti-avortement, ils n'ont pas l'intention de baisser les bras. Difficile pourtant de rebondir après un tel échec d'autant qu'ils ont été les instigateurs du référendum du dimanche 2 juin ! Les féministes du pays, elles, n'estiment pas pour autant que le combat soit terminé. Elles demandent que l'interruption volontaire de grossesse soit pleinement reconnue comme un droit n'ayant, de fait, aucune raison de figurer dans le code pénal.

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Femmes en danger au Bengladesh

Le gouvernement du Bengladesh vient récemment de proposer deux nouvelles lois visant à juguler la violence dont les femmes sont victimes dans ce pays. La première a pour but de permettre à la justice d'infliger la peine capitale aux criminels responsables d'attaques à l'acide, tandis que la seconde a pour objectif de restreindre la vente de ce produit au grand public. Les statistiques montrent en effet que le nombre de ces agressions a doublé depuis deux ans et que, d'une façon générale, la violence contre les femmes bengladeshi connaît une inquiétante augmentation...

Toutefois, l'on est en droit de douter que ces nouvelles mesures débouchent sur une baisse significative de ces crimes monstrueux (sans parler du dégoût naturel qu'éprouve chaque défenseur des droits humains lorsqu'il est question de peine de mort) : jusqu'à présent, leurs auteurs ont toujours bénéficié d'une grande clémence de la part des juges qui, le plus souvent, renoncent même à les poursuivre. Du coup, les femmes acceptant de témoigner se font de plus en plus rares, au grand dam des organisations humanitaires qui s'efforcent de leur venir en aide. Comme d'habitude, déclarent ces dernières, c'est la volonté politique qui fait défaut. Une volonté d'éduquer qui devrait être chère au cœur de toute personne en charge de ses semblables.

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Infanticides en Corée du Nord

Lors de la commission des droits humains tenue par les Nations Unies au mois d'avril dernier, les autorités de Corée du Nord ont été accusées de se livrer à l'infanticide dans leurs camps de prisonniers. D'après des témoignages de gardiens nord-coréens, de tels crimes sont monnaie courante depuis vingt ans : les bébés sont systématiquement abandonnés ou étouffés à l'aide de sacs plastiques dès leur naissance ; parfois, les prisonnières sont tout simplement contraintes d'avorter...

Il semble en outre que ces pratiques soient en recrudescence, le nombre de femmes enceintes emprisonnées ayant lui-même augmenté. L'une des raisons est que la Chine s'emploie depuis quelques années à renvoyer chez eux les immigrants clandestins nord-coréens. Parmi eux, beaucoup sont des femmes travaillant dans des réseaux de prostitution ou mariées de force à des chinois. Evidemment, le régime de Pyongyang ne supporte pas l'idée que sa population puisse se mélanger à celle d'autres nations !

Comble du cynisme, la Corée du Nord a signé en 2001 la Convention sur l'Elimination de la Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF)...

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Bulgarie

Une centaine de femmes handicapées mentales, placées dans un foyer social de Bulgarie, vivent dans des conditions pitoyables. Ces femmes subissent jour après jour des traitements cruels, inhumains et dégradants. Le foyer n'est absolument pas adapté pour recevoir et soigner des personnes malades tant au niveau du personnel qu'au niveau de la structure du bâtiment et du matériel médical.

Il faut savoir que ce foyer, situé dans la ville de Sanadinovo, compte seulement 4 infirmières non qualifiées et 5 agents de salle pour 97 femmes malades. Ces dernières sont donc laissées sans surveillance, abandonnées à elles-mêmes, à l'intérieur du foyer ou dans le parc clôturé par des fils de fer barbelés.

Le foyer étant équipé d'une seule douche, les malades ne peuvent être lavées qu'une fois par semaine. Leurs vêtements sont sales et en très mauvais état ; certaines de ces femmes sont même laissées entièrement nues. Comme beaucoup de malades mentaux, nombre d'entre elles n'ont pas de réflexe d'auto-hygiène et déambulent ainsi toute la journée sur un sol mouillé d'urine et d'excréments qui tapissent aussi les murs du foyer.

En plus d'une insuffisance de personnel et de matériel, ce foyer manque de médicaments. Les malades ne bénéficient donc pas de soins adaptés tant sur le plan physique que psychologique. Par ailleurs, elles ne peuvent profiter d'aucun contact avec la société, ce qui serait excellent pour leur équilibre, étant donné que Sanadinovo se situe à 50 km de la ville.

Lorsque, il n'y a encore pas longtemps, ces femmes malades avaient des accès d'agressivité, elles étaient enfermées dans une cage de 3,5 m sur 1,5 m, où il leur arrivait de croupir plusieurs heures voire plusieurs jours. Heureusement, depuis que la pression des ONG a trouvé écho auprès du directeur et du gouvernement bulgare, cette cage d'isolement a disparu.

Cependant, aucune mesure n'a encore été prise pour améliorer la vie de ces femmes : le foyer est loin d'avoir reçu la subvention exceptionnelle promise par le Ministère du Travail et de la Politique sociale. De plus, aucune enquête n'a été menée pour établir les causes de cette négligence et désigner les vrais responsables.

Nous croirions assister à un film mettant en scène les horreurs d'une autre époque et pourtant, ce cauchemar se déroule bel et bien en janvier 2002... quelque part en Europe !

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Nigéria : une nouvelle condamnation par lapidation

Après l'acquittement de Safiya Husaini qui avait été condamnée à mort pour adultère, une nouvelle condamnation par lapidation a été prononcée par un tribunal islamique du nord du Nigeria. Amina Lawal Kurami, une jeune femme de 35 ans, devrait être lapidée pour avoir enfanté au début de l'année alors qu'elle était divorcée : selon la Charia une femme divorcée commet un adultère si elle a des relations sexuelles sans être remariée.

Arrêtée le 4 mars par des habitants de son village, Amina a déclaré devant la cour que le père de son enfant, Yahaya Mohammed, lui avait promis de l'épouser si elle consentait à avoir des relations sexuelles avec lui. Tout en admettant sa relation avec Amina, Yahaya Mohammed a toutefois nié avoir eu des relations sexuelles avec elle. Le tribunal a donc retiré les charges portées contre lui...

Amina semble être dans une situation bien plus critique que ne l'était Safiya Husaini. Cette dernière avait en effet déclaré que le père de son enfant était son dernier mari. Or, selon la loi islamique, une femme n'est pas considérée comme adultère en ayant des relations sexuelles avec son ex-mari et ceci jusqu'à sept ans après la dissolution du mariage. C'est sans doute cet argument majeur, largement appuyé par la communauté internationale, qui a sauvé la vie de Safya.

Mais qu'adviendra-t-il d'Amina qui ne compte désormais que sur le soutien de la communauté internationale pour échapper à son exécution ? Le gouvernement a certes demandé aux Etats appliquant la Charia de mettre un terme aux sanctions telles que la lapidation ou l'amputation mais rien ne se fera sans la pression de toutes celles et ceux qui ont à cœur de défendre les droits humains dont celui de vivre... Alors n'hésitons pas à donner quelques minutes de notre temps à Amina Lawal Kurami pour tenter de sauver sa vie.

Pétition lancée par Amnesty International : http://www3.aibf.be:8000/femmeslasso/dossiers/kurami.lasso

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Trophée "Femme et Sport"

Le 26 avril 2002 le Comité International Olympique (CIO) a procédé à la remise du Trophée "Femme et Sport" aux lauréats de l'édition 2002, lors d'une cérémonie officielle présidée par le Dr Jacques Rogge. Ce Trophée, créé il y a deux ans, a pour objectif de récompenser une femme, un homme, une institution ou une organisation dans le monde pour sa contribution au développement et à la participation des femmes aux activités sportives et plus généralement à la promotion du sport féminin.

Ainsi, le Trophée pour l'Afrique a été décerné cette année à Mme Tsigie Gebre-Mesih pour sa contribution au développement du sport féminin en Ethiopie. Depuis plus de quinze ans, elle forme des entraîneurs et arbitres dans les différentes régions de son pays. Le Trophée pour le continent Américain a été remis à Mme Rafaela Gonzalez Ferrer qui a contribué à l'essor du sport féminin en général et notamment de l'escrime féminine à Cuba, à la fois au niveau national et international. Pour l'Asie, le Trophée est revenu à l'Association Sportive des Femmes du Myanmar pour la mise en place de plusieurs programmes sportifs dans le but de contribuer à l'épanouissement des femmes Birmanes et de soutenir la progression des athlètes féminines au niveau international. Le Trophée Femme et Sport pour l'Europe va à Mme Lale Orta, athlète, entraîneur, commentatrice sportive et arbitre. Elle est un modèle pour les femmes turques sur les terrains de sport. Première femme entraîneur de football, elle a de plus arbitré 1500 matches. Helen Brownlee, australienne, a reçu le Trophée pour l'Océanie pour avoir notamment joué un rôle clé en faveur de la participation féminine aux épreuves olympiques de slalom en canoë, ainsi que dans l'introduction de cette discipline aux Jeux de Sydney en 2000.

C'est une Tennis women Américaine mondialement connue qui ajoute à ses 71 titres en simple dont douze tournois du Grand Chelem, le Trophée Mondial 2002 Femme et Sport. Mme Billy Jean King a également reçu cette récompense pour avoir longtemps défendu les droits des femmes tant au niveau sportif qu'au niveau social. Elle a notamment créé sa propre fondation WTA (Association du Tennis Féminin) afin de promouvoir l'égalité des chances, sans distinction de sexe, race ou croyance

Comme nous le révèle encore une fois le monde du sport, lui-même enclin aux démons de l'argent et de la corruption à son plus haut niveau de gestion, il existe en son sein, des êtres, humains et purs sportifs, femmes et hommes, qui n'ont qu'un seul objectif : le rapprochement et l'union des genres et des peuples !

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La liberté d'expression bafouée en Jordanie

Une fois encore, nous constatons que les événements du 11 septembre ont été l'occasion pour certains pays de prendre des mesures de sécurité beaucoup plus restrictives afin d'élargir la définition du terrorisme. C'est ainsi qu'en Jordanie, une nouvelle loi a été promulguée dans les jours qui ont suivi l'attentat. Elle vise entre autres à restreindre la liberté d'expression. Ce qui aura permis qu'une ancienne députée jordanienne, Toujan al Faisal, soit condamnée à 18 mois de prison, sans possibilité d'appel, pour avoir voulu exercer son droit à s'exprimer en public. Elle a ainsi été accusée " d'avoir critiqué publiquement le gouvernement, diffamé le pouvoir judiciaire, publié et diffusé de fausses informations pouvant porter préjudice à la réputation de l'Etat. "La peine qui lui a été infligée est la plus lourde qui puisse être appliquée pour ce type d'accusation."

Amnesty International, indignée par cette condamnation, a déclaré : "La condamnation de Toujan al Faisal constitue une violation de traités internationaux relatifs aux droits humains que la Jordanie a ratifiés. Comme nous le craignions, les tribunaux appliquent les nouvelles dispositions prétendument adoptées afin de lutter contre le "terrorisme" pour sanctionner des individus qui ne font qu'exercer leur droit de critiquer la politique du gouvernement."

On peut s'indigner devant une telle injustice. Il est scandaleux que soit assimilée la liberté d'expression à un acte de terrorisme. Cette façon d'agir est un abus de pouvoir caractérisé, exercé sous le couvert d'une prétendue défense de l'Etat. En d'autres termes, on refuse d'écouter la voix du peuple. Qu'en serait-il de nos hommes d'Etat qui, pendant la campagne électorale, n'ont pas manqué de critiquer, à travers les médias, le gouvernement en place ? Faudrait-il aussi les emprisonner ?

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Les femmes afghanes donnent de la voix !

La reconstruction de l'Afghanistan ne se fait pas sans difficultés. Ces dernières semaines, plusieurs événements sont venus agiter la scène politique afghane, tous liés au rôle que les femmes veulent et doivent jouer au sein de cette nation qui s'est récemment engagée à promouvoir leurs droits. Ainsi, près de 200 déléguées, représentant les femmes de plusieurs provinces du pays, se sont présentées à la réunion du grand conseil "Jirga de Loya" qui s'est ouverte le 10 juin dernier à Kaboul.

Au fil des jours, les revendications ont tourné autour de 2 pôles. Le premier concernait la présence d'anciens combattants qui avaient participé à la guerre contre l'armée russe et contre les Talibans et qui avaient mis à feu et à sang le pays avec leur guerre de pouvoir. Ces "Seigneurs de la guerre" sont considérés par les femmes comme des personnes politiques indignes d'avoir leur place dans le gouvernement actuel parce qu'ils ont "les mains tâchées de sang" et ont été à l'origine d'exactions et de répressions contre les femmes, contre leurs droits et leur liberté pendant plus de 20 années.

Sima Samar, l'actuelle ministre des affaires féminines a annoncé elle-même la couleur : "Ce n'est pas une démocratie. C'est un pansement pour nous faire avaler toutes ces années de souffrance. Tout est déjà décidé par ceux qui détiennent le pouvoir par la violence. Ce conseil accueille tous les seigneurs de la guerre. Il n'en manque aucun !". D'autres femmes ont ainsi interpellé l'ancien président B. Rabbani : "Pourquoi avez-vous tout détruit, pourquoi avez-vous violé les femmes ? Pourquoi y a-t-il tant de veuves dans ce pays ?".

Quelques hommes présents à l'assemblée ont été stupéfiés de l'audace affichée par ces femmes déléguées qui fustigeaient de leur franchise les "Seigneurs de la guerre". En outre, selon les règles qui avaient été établies par l'O.N.U. et les politiques afghans, aucune personne directement ou indirectement impliquée dans des massacres ou des crimes ne pouvait être acceptée en tant que délégué de cette réunion.

Or, un compromis entre l'O.N.U. et les U.S.A. a permis la présence de certains d'entre eux, ce qui a choqué les femmes et les différents représentants des défenseurs des droits humains. Le deuxième point abordé par ces femmes fut d'exiger des engagements concrets de la part des hommes capables de garantir leurs droits fondamentaux sans risque de régression. Représentant plus de la moitié de la population afghane, les femmes veulent que leur soit attribuée la gestion de plusieurs Ministères, notamment celui de la défense et de la santé.

Le dernier "Jirga de Loya" qui avait eu lieu en 1964, avait permis une avancée dans les droits des femmes par la réforme de la constitution : droit de vote, droit égal à l'éducation et garantie d'un salaire identique à celui des hommes. Celui qui s'est tenu cette année, outre le contexte particulièrement tendu dans lequel il a eu lieu, aura été une lutte entre la crainte et l'espoir dans laquelle les femmes ont été les plus courageuses.

Une nation meurtrie par toutes ces années de violence physique et psychologique a besoin de plus de temps et d'un nombre bien plus important de réunions, d'assemblées, de dialogues pour construire sur de nouvelles bases... solides et humaines !

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La Turquie en changement ?

En raison de la modification de la loi qui a eu lieu le printemps dernier, les directeurs d'écoles turques ne sont plus autorisés à examiner des filles pour vérifier leur virginité. Ces dernières années, la Turquie a fait beaucoup d'efforts pour renverser les tendances patriarcales qui caractérisaient le comportement de la société. Ainsi, la femme est devenue l'égale de l'homme en regard du mariage. Elles ont la possibilité de demander de l'aide lorsqu'elles sont menacées dans le cadre de la violence domestique. Ces avancées sont très réconfortantes mais aussi révélatrices de la distance encore nécessaire que la Turquie doit parcourir pour véritablement promouvoir et protéger les droits des femmes.

Géographiquement divisée entre l'Europe et l'Asie, la Turquie est la nation des contradictions. L'égalité des femmes dans la sphère publique a été décrétée par le fondateur de la nation turque moderne, Mustafa Kemal Ataturk, dans les années 20. Pour les nations musulmanes, la Turquie est un modèle de progrès en matière de réformes politiques et culturelles en faveur des femmes. Pourtant, certaines de ces traditions rurales poussent l'Etat à prendre des décisions discriminatoires à leur égard. Ainsi, l'année dernière, le ministre de la santé avait demandé que les étudiantes en médecine qui avaient des relations sexuelles durant leurs études devaient être renvoyées de l'université.

Les nouvelles lois servent, en partie, à faciliter l'entrée de la Turquie au sein de l'Union Européenne. Sur le terrain, les groupes de femmes, d'associations, trouvent que le travail est difficile et long à donner des résultats, mais qu'au moins les lois existent. Matériellement, les foyers pour femmes battues ou menacées sont insuffisants. Le gouvernement n'initie pas assez de campagnes pour sensibiliser les élus locaux dans le but de promouvoir les droits des femmes. L'éducation jouera, selon l'avis de certains, un rôle prépondérant dans les changements futurs de la société turque en faveur des femmes.
Un programme d'égalité d'accès pour les filles à l'éducation en zone rurale a donné plus de résultats concrets et rapides qu'une loi et a permis de faire de ces femmes des citoyennes turques égales à l'homme.


---------- A suivre...
L'équipe rédactionnelle de Fraternet



Analyse : Témoignage d'Irak !


... Nous atterrissons le 18 mai au soir à l'aéroport d'Amman. A peine arrivés, nous allons récupérer le matériel acheté en Jordanie : environ 600 kg de fournitures scolaires diverses (cahiers, stylos, crayons et crayons de couleur, gommes, équerres et règles en plastique), auxquelles s'ajoutent les cahiers, gommes, tailles crayons, crayons de couleur, boîtes de peinture et boîtes de vitamines acquis grâce à des bons d'achats reçus en Suisse que nous avons transportés en bagages accompagnés.

Nous sommes reçus par le Ministre de la santé, par le Ministre du travail et par la Présidente de la Fédération des femmes irakiennes. Les entretiens sont instructifs. Ils tournent autour de l'embargo et de ses conséquences sur la vie et l'économie du pays. Ces rencontres ont été transmises par les trois chaînes de télévision et des articles ont parus dans presse écrite irakiennes.

Nous livrons le matériel scolaire à la Fédération. Les élèves étant en vacances, nous ne pouvons pas assister à la distribution qui sera effectuée à la rentrée d'octobre. On trouve désormais des fournitures scolaires sur le marché, toutefois leur prix est presque le même qu'en Suisse ; on imagine bien qu'elles restent par conséquent inabordables pour un fonctionnaire moyen dont le revenu mensuel ne dépasse pas les cinq dollars américains selon les gens rencontrés.

Nous avons la possibilité de visiter l'hôpital universitaire pédiatrique de Bagdad. La situation y est aussi catastrophique que lors de ma dernière visite en 2000 Les ascenseurs sont toujours en panne, les petits malades continuent de monter à pied jusqu'au quatrième étage. Les médicaments font toujours défaut et les enfants atteints de leucémie, d'insuffisance respiratoire, de malnutrition et de diarrhée chronique, ainsi que les prématurés, continuent de mourir par manque de soins adéquats. Les mères désespérées, les yeux rougis par les larmes ou par le manque de sommeil, drapées dans leurs voiles noirs, errent comme des zombies. L'une d'elle, âgée de dix-neuf ans à peine, donne le biberon à son bébé né avant terme à travers la vitre d'une couveuse. Il ne survivra pas au-delà d'une semaine ; c'est le troisième enfant qu'elle ne verra pas grandir. Elle est taciturne. Ses gestes sont ceux d'un automate. S'est-elle déjà préparée à la mort prochaine de son enfant ? Elle ne répond pas à mes questions ; c'est sa mère !

D'après les deux médecins qui nous accompagnent, tout manque, des aiguilles de seringues aux appareils de radiologie, en passant par les antibiotiques et les couveuses. Le Ministre de la santé, qui a bien compris que nos dons restent symboliques et que nous n'avons nullement la prétention de combler les besoins créés par l'embargo, nous a précisé que nous pouvons continuer nos actions, mais que même si nous pouvions faire soigner des enfants en Europe, cela ne changerait rien au retard qu'a pris l'Irak dans les domaines de la santé et de la prévention.

Le besoin est immense. L'équipement, le matériel, les médicaments et même la formation du personnel soignant sont quasi inexistants. Il serait profitable que des professionnels qualifiés et bénévoles partent en Irak pour former les membres du corps hospitalier et les mettre au courant des dernières techniques existantes, et leur apporter le matériel nécessaire (blouses, vêtements pour le bloc opératoire, stéthoscopes, etc.).

Sur les sites touristiques, des enfants sortis de je ne sais où viennent, d'abord timides, puis de plus en plus hardis, se bousculer devant l'objectif de " notre " cameraman. Ils répondent à mes questions sans se soucier du petit fonctionnaire nerveux qui les houspille en essayant de les chasser. Une des filles, âgée d'une douzaine d'années, a quitté l'école pour s'occuper de sa mère dépressive. Sa sœur aînée est décédée deux ans auparavant d'un arrêt cardiaque. Elle avait 12 ans. Son frère est décédé à l'âge de deux ans, noyé dans le petit ruisseau avoisinant la maison. Une autre petite fille n'était pas très fière de nous dire qu'elle devait refaire l'année scolaire. Elle avait contracté la typhoïde et manqué l'école pendant un mois…

Ailleurs, un joli brin de fille, le teint hâlé et les yeux couleur émeraude, répondant au nom prémonitoire "Iqtiçad" (économie en arabe), s'approche de nous hésitante. Elle n'est pas scolarisée. Son père, peut-être justement par mesure d'économie, a décidé de favoriser les garçons au détriment des filles...

Dalila
Association ABIR : http://membres.lycos.fr/abirsuisse/pages/index2.htm




Portrait de femme

ISABELLE DELLOYE

Journaliste, cinéaste, céramiste au service de l'architecture mais surtout grande voyageuse, Isabelle Delloye a vécu et a travaillé dans différents pays comme les Etats-Unis, la Tunisie, le Nicaragua, le Pakistan. Elle a appris le persan lors d'un séjour de quatre ans en Afghanistan (1974/1978) où elle a enseigné comme professeur de français aux lycées Malalaï puis Esteqlal à Kaboul. Grâce à cette opportunité, elle a su se faire accepter par les hommes dans leur milieu alors que celui-ci reste totalement fermé à toute femme. Mais bien vite, elle a nourrit la volonté de mieux connaître ce peuple, principalement à travers ses rencontres avec les femmes afghanes. Tadjikes, Hazaras, Pachtounes, Nouristanis ont vu en elle une alliée, une amie par qui elles pourraient se dévoiler, avouer leurs souffrances afin que le monde occidental sache et prenne conscience de leur situation.

Contrainte de revenir en France à cause de la guerre, Isabelle Delloye a néanmoins continué à recueillir le témoignage de femmes afghanes exilées. Et c'est en 1980 qu'elle publie "Des femmes d'Afghanistan", un livre de récits relatifs à la vie de ces femmes issues de différentes ethnies, de différentes générations et niveaux sociaux. Puis, à la fin de l'année 2001, elle a remanié son ouvrage et l'a surtout complété à la lumière des événements graves qui se sont déroulés durant ces vingt dernières années et qui ont bouleversé ce pays de haute tradition. C'est sous un titre presque identique, "Femmes d'Afghanistan", qu'elle l'a réédité.

Elle a donné la parole à des femmes qui n'existaient pas en tant que telles, révoltées par leurs conditions de vie et qui ont longtemps suscité l'indifférence du reste du monde. Ces femmes, qui représentent plus de la moitié de la population afghane, disent toutes leurs espoirs dans leurs confessions. Isabelle Delloye n'a rien voulu cacher sur cette condition féminine, sans pour autant juger ni condamner les hommes qui maintiennent les femmes, leurs femmes en esclavage. Son désir était de faire entendre leur cri, leur appel alors qu'elles sont meurtries au plus profond de leur être. Durant les années de son séjour en Afghanistan, cette journaliste exceptionnelle a donné tout son temps et son écoute à ces femmes qu'elle est allée chercher aux quatre coins de cette vaste terre afghane : dans les villes mais aussi dans des campagnes les plus reculées. A travers son grand dévouement à la mission qu'elle s'est donnée et avec beaucoup d'humilité, elle ne prétend rien si ce n'est d'être le porte-parole de ces exclues.
C'est un récit vrai qui donne toute sa dimension à la spécificité humaine liée principalement à la condition de vie des femmes afghanes.

A la sortie de son livre, le sentiment de la presse ne s'y trompait pas : "Femmes d'Afghanistan se présente comme une lente tapisserie où les personnages se placent naturellement dans l'Histoire. Enthousiaste et modeste expérience, c'est le contraire de l'exploit journalistique... Par une sorte de grâce, de naïveté aux mains nues, tendues, Isabelle Delloye a su capter l'odeur propre de l'Afghanistan. Aussi puant soit-il devenu, jamais l'air ne sent que la poudre et les balles. Il sent les Afghans. Tous sont là, terriblement vivants dans le papier, entre les lignes, femelles et mâles, enfants et vieillards. Si attachants dans leur drôle de vie qui se dévide comme un mythe, avec ses héros de légende (...) dans un décor d'horizons sans fin, de chevaux et de femmes esclaves."

Un message de plus sur l'Afghanistan mais un appel profond lancé par une femme consciente de "l'autre", cet autre qui, bien que rempli de souffrance, a su lui donner ce qu'il y a de plus précieux en ce monde : de l'humanité !


 

A bientôt !
Thierry


Redécouvrez les archives "FDDF" !!
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