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Chères lectrices, chers lecteurs
Ce nouveau numéro de "Fraternet Droits Des Femmes" aura la particularité
d'innover un peu par rapport à tous les autres numéros déjà édités.
En effet, outre les actualités qui vous apporteront, comme d'habitude,
les informations que vous attendez sur les avancées - ou les reculs
- en matière de droits des femmes dans le monde, une annonce relative
à une des actions conduitent par FRATERNET ainsi qu'un témoignage
d'un des membres de l'association humanitaire A.B.I.R. investie
en Irak au mois de mai dernier viendront enrichir de manière conséquente
le travail rédactionnel de notre équipe. En espérant répondre encore
à vos attentes...
Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite bonne continuation
dans votre lecture.
Thierry
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ANNONCE DE l'EQUIPE DE FRATERNET
- Association LATITUDE -
Particulièrement investie en faveur du respect des droits humains,
l'équipe de Fraternet vient de fonder une association destinée à
offrir aux condamnés à morts du Texas une chance d'échapper à leur
exécution en finançant les services d'avocats compétents susceptibles
de sauver leur vie.
Bryan Eric Wolfe a besoin de nous. Enfermé depuis plus de neuf ans
dans les couloirs de la mort, il attend le jour de son exécution
qui pourrait avoir lieu à la fin de cette année... A moins que nous
puissions rapidement lui offrir un avocat.
Si donc vous refusez de vous sentir impuissants face à la négativité
du monde, si vous désirez apporter ne serait-ce qu'un grain de sable
à l'édification d'un monde meilleur, venez visiter le site de l'Association
Latitude. Vous comprendrez que notre action n'a pas pour but de
clamer l'innocence de tel ou tel "criminel" mais de mobiliser les
consciences et les efforts du plus grand nombre en faveur du caractère
sacré de toute vie humaine.
En rejoignant un instant l'univers de centaines de prisonniers perpétuellement
soumis à l'inhumanité la plus totale, en faisant connaissance avec
Bryan à travers son dossier, vous aurez certainement envie de vous
joindre à nous pour tenter de sauver sa vie. Vous pourrez lui venir
en aide en adhérant ou en achetant le Cd-Rom de cliparts réalisé
par l'équipe de Fraternet. Il faut faire vite, les jours de Bryan
sont comptés !
Mais si notre combat devient aussi le vôtre, Bryan aura sans doute
une chance de vivre...
>> Site de l'association : www.association-latitude.org
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| Actualités |
...avril
- mai - juin 2002
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Les grands travaux du CEDAW
La 27ème session du CEDAW (Comité pour l'élimination de la discrimination
à l'égard des femmes) a débuté le 3 juin. Durant trois semaines,
des experts internationaux vont ainsi examiner la condition des
femmes au sein de 8 nations : la Zambie, Saint-Kitts-et-Nevis, l'Ukraine,
le Suriname, la Belgique, la République du Congo, le Danemark et
la Tunisie. Déjà, de nombreuses pratiques discriminatoires à l'égard
des femmes et des fillettes ont été soulignées.
Par exemple, au Suriname, la polygamie et la répudiation sont encore
en usage tandis qu'en Zambie, un système juridique fondé sur des
valeurs de type patriarcal entraîne de graves discriminations à
l'égard des Zambiennes. Dans un registre différent, les experts
du CEDAW ont remarqué que les femmes occupaient trop peu de postes
décisionnels en Ukraine alors que les statistiques montrent qu'elles
sont généralement plus qualifiées que les hommes.
Par ailleurs, en ce qui concerne la Belgique, premier pays d'Europe
à avoir pris des mesures visant à instaurer l'égalité entre les
sexes, il a été remarqué que la structure fédérale entraînait des
disparités dans la mise en œuvre de la politique nationale. Enfin,
les représentants du Danemark, pays modèle en matière de parité
entre les sexes, ont été questionnés quant à la discrimination dont
souffrent les femmes venues des pays de l'Est : une politique injuste
contraint, par exemple, les réfugiées bosniaques et kosovares à
retourner dans leur pays d'origine.
En d'autres termes, les travaux du Comité ne manqueront pas de mettre
en évidence, une fois encore, les graves écarts qui existent entre
les intentions et la réalité, entre le droit et les faits...
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Suisse : un référendum sur le droit à l'avortement
Ce n'est qu'en 1971, après que les femmes suisses ont obtenu le
droit de vote, que la notion de décriminalisation de l'IVG était
lancée. Longtemps réprouvée par la population, cette idée à manifestement
fait son chemin avec l'évolution des consciences. Les Chambres fédérales
se sont en effet entendues sur un texte de loi que les électeurs
suisses ont approuvé à plus de 72 %. Le dimanche 2 juin, la Suisse
est donc allée dans le sens d'une réforme sur l'IVG qui n'était
jusqu'alors légalement autorisée que sous certaines conditions.
Une avancée somme toute symbolique puisque malgré l'interdiction
de l'avortement figurant dans le Code pénal de la Suisse, de nombreuses
IVG sont légalement pratiquées chaque année. Mais cette avancée
est pourtant un véritable encouragement pour les nombreuses féministes
du pays comme pour toutes celles et ceux qui se sont battus ces
dernières décennies pour faire reconnaître officiellement un droit
fondamental de la femme : celui d'interrompre volontairement sa
grossesse.
D'un point de vu purement juridique, l'interdiction d'avorter est
suspendue jusqu'à douze semaines suivant la dernière menstruation
: une façon détournée de faire de l'IVG un véritable droit civil.
Droit qui n'épargnera pas les mineures qui pourront désormais interrompre
leur grossesse après avoir fait une demande écrite invoquant "une
situation de détresse".
Quant aux mouvements et associations anti-avortement, ils n'ont
pas l'intention de baisser les bras. Difficile pourtant de rebondir
après un tel échec d'autant qu'ils ont été les instigateurs du référendum
du dimanche 2 juin ! Les féministes du pays, elles, n'estiment pas
pour autant que le combat soit terminé. Elles demandent que l'interruption
volontaire de grossesse soit pleinement reconnue comme un droit
n'ayant, de fait, aucune raison de figurer dans le code pénal.
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Femmes
en danger au Bengladesh
Le gouvernement du Bengladesh vient récemment de proposer deux nouvelles
lois visant à juguler la violence dont les femmes sont victimes
dans ce pays. La première a pour but de permettre à la justice d'infliger
la peine capitale aux criminels responsables d'attaques à l'acide,
tandis que la seconde a pour objectif de restreindre la vente de
ce produit au grand public. Les statistiques montrent en effet que
le nombre de ces agressions a doublé depuis deux ans et que, d'une
façon générale, la violence contre les femmes bengladeshi connaît
une inquiétante augmentation...
Toutefois, l'on est en droit de douter que ces nouvelles mesures
débouchent sur une baisse significative de ces crimes monstrueux
(sans parler du dégoût naturel qu'éprouve chaque défenseur des droits
humains lorsqu'il est question de peine de mort) : jusqu'à présent,
leurs auteurs ont toujours bénéficié d'une grande clémence de la
part des juges qui, le plus souvent, renoncent même à les poursuivre.
Du coup, les femmes acceptant de témoigner se font de plus en plus
rares, au grand dam des organisations humanitaires qui s'efforcent
de leur venir en aide. Comme d'habitude, déclarent ces dernières,
c'est la volonté politique qui fait défaut. Une volonté d'éduquer
qui devrait être chère au cœur de toute personne en charge de ses
semblables.
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Infanticides en Corée du Nord
Lors de la commission des droits humains tenue par les Nations Unies
au mois d'avril dernier, les autorités de Corée du Nord ont été
accusées de se livrer à l'infanticide dans leurs camps de prisonniers.
D'après des témoignages de gardiens nord-coréens, de tels crimes
sont monnaie courante depuis vingt ans : les bébés sont systématiquement
abandonnés ou étouffés à l'aide de sacs plastiques dès leur naissance
; parfois, les prisonnières sont tout simplement contraintes d'avorter...
Il semble en outre que ces pratiques soient en recrudescence, le
nombre de femmes enceintes emprisonnées ayant lui-même augmenté.
L'une des raisons est que la Chine s'emploie depuis quelques années
à renvoyer chez eux les immigrants clandestins nord-coréens. Parmi
eux, beaucoup sont des femmes travaillant dans des réseaux de prostitution
ou mariées de force à des chinois. Evidemment, le régime de Pyongyang
ne supporte pas l'idée que sa population puisse se mélanger à celle
d'autres nations !
Comble du cynisme, la Corée du Nord a signé en 2001 la Convention
sur l'Elimination de la Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF)...
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Bulgarie
Une centaine de femmes handicapées mentales, placées dans un foyer
social de Bulgarie, vivent dans des conditions pitoyables. Ces femmes
subissent jour après jour des traitements cruels, inhumains et dégradants.
Le foyer n'est absolument pas adapté pour recevoir et soigner des
personnes malades tant au niveau du personnel qu'au niveau de la
structure du bâtiment et du matériel médical.
Il faut savoir que ce foyer, situé dans la ville de Sanadinovo,
compte seulement 4 infirmières non qualifiées et 5 agents de salle
pour 97 femmes malades. Ces dernières sont donc laissées sans surveillance,
abandonnées à elles-mêmes, à l'intérieur du foyer ou dans le parc
clôturé par des fils de fer barbelés.
Le foyer étant équipé d'une seule douche, les malades ne peuvent
être lavées qu'une fois par semaine. Leurs vêtements sont sales
et en très mauvais état ; certaines de ces femmes sont même laissées
entièrement nues. Comme beaucoup de malades mentaux, nombre d'entre
elles n'ont pas de réflexe d'auto-hygiène et déambulent ainsi toute
la journée sur un sol mouillé d'urine et d'excréments qui tapissent
aussi les murs du foyer.
En plus d'une insuffisance de personnel et de matériel, ce foyer
manque de médicaments. Les malades ne bénéficient donc pas de soins
adaptés tant sur le plan physique que psychologique. Par ailleurs,
elles ne peuvent profiter d'aucun contact avec la société, ce qui
serait excellent pour leur équilibre, étant donné que Sanadinovo
se situe à 50 km de la ville.
Lorsque, il n'y a encore pas longtemps, ces femmes malades avaient
des accès d'agressivité, elles étaient enfermées dans une cage de
3,5 m sur 1,5 m, où il leur arrivait de croupir plusieurs heures
voire plusieurs jours. Heureusement, depuis que la pression des
ONG a trouvé écho auprès du directeur et du gouvernement bulgare,
cette cage d'isolement a disparu.
Cependant, aucune mesure n'a encore été prise pour améliorer la
vie de ces femmes : le foyer est loin d'avoir reçu la subvention
exceptionnelle promise par le Ministère du Travail et de la Politique
sociale. De plus, aucune enquête n'a été menée pour établir les
causes de cette négligence et désigner les vrais responsables.
Nous croirions assister à un film mettant en scène les horreurs
d'une autre époque et pourtant, ce cauchemar se déroule bel et bien
en janvier 2002... quelque part en Europe !
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Nigéria : une nouvelle condamnation par lapidation
Après l'acquittement de Safiya Husaini qui avait été condamnée à
mort pour adultère, une nouvelle condamnation par lapidation a été
prononcée par un tribunal islamique du nord du Nigeria. Amina Lawal
Kurami, une jeune femme de 35 ans, devrait être lapidée pour avoir
enfanté au début de l'année alors qu'elle était divorcée : selon
la Charia une femme divorcée commet un adultère si elle a des relations
sexuelles sans être remariée.
Arrêtée le 4 mars par des habitants de son village, Amina a déclaré
devant la cour que le père de son enfant, Yahaya Mohammed, lui avait
promis de l'épouser si elle consentait à avoir des relations sexuelles
avec lui. Tout en admettant sa relation avec Amina, Yahaya Mohammed
a toutefois nié avoir eu des relations sexuelles avec elle. Le tribunal
a donc retiré les charges portées contre lui...
Amina semble être dans une situation bien plus critique que ne l'était
Safiya Husaini. Cette dernière avait en effet déclaré que le père
de son enfant était son dernier mari. Or, selon la loi islamique,
une femme n'est pas considérée comme adultère en ayant des relations
sexuelles avec son ex-mari et ceci jusqu'à sept ans après la dissolution
du mariage. C'est sans doute cet argument majeur, largement appuyé
par la communauté internationale, qui a sauvé la vie de Safya.
Mais qu'adviendra-t-il d'Amina qui ne compte désormais que sur le
soutien de la communauté internationale pour échapper à son exécution
? Le gouvernement a certes demandé aux Etats appliquant la Charia
de mettre un terme aux sanctions telles que la lapidation ou l'amputation
mais rien ne se fera sans la pression de toutes celles et ceux qui
ont à cœur de défendre les droits humains dont celui de vivre...
Alors n'hésitons pas à donner quelques minutes de notre temps à
Amina Lawal Kurami pour tenter de sauver sa vie.
Pétition lancée par Amnesty International : http://www3.aibf.be:8000/femmeslasso/dossiers/kurami.lasso
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Trophée "Femme et Sport"
Le 26 avril 2002 le Comité International Olympique (CIO) a procédé
à la remise du Trophée "Femme et Sport" aux lauréats de l'édition
2002, lors d'une cérémonie officielle présidée par le Dr Jacques
Rogge. Ce Trophée, créé il y a deux ans, a pour objectif de récompenser
une femme, un homme, une institution ou une organisation dans le
monde pour sa contribution au développement et à la participation
des femmes aux activités sportives et plus généralement à la promotion
du sport féminin.
Ainsi, le Trophée pour l'Afrique a été décerné cette année à Mme
Tsigie Gebre-Mesih pour sa contribution au développement du sport
féminin en Ethiopie. Depuis plus de quinze ans, elle forme des entraîneurs
et arbitres dans les différentes régions de son pays. Le Trophée
pour le continent Américain a été remis à Mme Rafaela Gonzalez Ferrer
qui a contribué à l'essor du sport féminin en général et notamment
de l'escrime féminine à Cuba, à la fois au niveau national et international.
Pour l'Asie, le Trophée est revenu à l'Association Sportive des
Femmes du Myanmar pour la mise en place de plusieurs programmes
sportifs dans le but de contribuer à l'épanouissement des femmes
Birmanes et de soutenir la progression des athlètes féminines au
niveau international. Le Trophée Femme et Sport pour l'Europe va
à Mme Lale Orta, athlète, entraîneur, commentatrice sportive et
arbitre. Elle est un modèle pour les femmes turques sur les terrains
de sport. Première femme entraîneur de football, elle a de plus
arbitré 1500 matches. Helen Brownlee, australienne, a reçu le Trophée
pour l'Océanie pour avoir notamment joué un rôle clé en faveur de
la participation féminine aux épreuves olympiques de slalom en canoë,
ainsi que dans l'introduction de cette discipline aux Jeux de Sydney
en 2000.
C'est une Tennis women Américaine mondialement connue qui ajoute
à ses 71 titres en simple dont douze tournois du Grand Chelem, le
Trophée Mondial 2002 Femme et Sport. Mme Billy Jean King a également
reçu cette récompense pour avoir longtemps défendu les droits des
femmes tant au niveau sportif qu'au niveau social. Elle a notamment
créé sa propre fondation WTA (Association du Tennis Féminin) afin
de promouvoir l'égalité des chances, sans distinction de sexe, race
ou croyance
Comme nous le révèle encore une fois le monde du sport, lui-même
enclin aux démons de l'argent et de la corruption à son plus haut
niveau de gestion, il existe en son sein, des êtres, humains et
purs sportifs, femmes et hommes, qui n'ont qu'un seul objectif :
le rapprochement et l'union des genres et des peuples !
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La liberté d'expression bafouée en Jordanie
Une fois encore, nous constatons que les événements du 11 septembre
ont été l'occasion pour certains pays de prendre des mesures de
sécurité beaucoup plus restrictives afin d'élargir la définition
du terrorisme. C'est ainsi qu'en Jordanie, une nouvelle loi a été
promulguée dans les jours qui ont suivi l'attentat. Elle vise entre
autres à restreindre la liberté d'expression. Ce qui aura permis
qu'une ancienne députée jordanienne, Toujan al Faisal, soit condamnée
à 18 mois de prison, sans possibilité d'appel, pour avoir voulu
exercer son droit à s'exprimer en public. Elle a ainsi été accusée
" d'avoir critiqué publiquement le gouvernement, diffamé le pouvoir
judiciaire, publié et diffusé de fausses informations pouvant porter
préjudice à la réputation de l'Etat. "La peine qui lui a été infligée
est la plus lourde qui puisse être appliquée pour ce type d'accusation."
Amnesty International, indignée par cette condamnation, a déclaré
: "La condamnation de Toujan al Faisal constitue une violation de
traités internationaux relatifs aux droits humains que la Jordanie
a ratifiés. Comme nous le craignions, les tribunaux appliquent les
nouvelles dispositions prétendument adoptées afin de lutter contre
le "terrorisme" pour sanctionner des individus qui ne font qu'exercer
leur droit de critiquer la politique du gouvernement."
On
peut s'indigner devant une telle injustice. Il est scandaleux que
soit assimilée la liberté d'expression à un acte de terrorisme.
Cette façon d'agir est un abus de pouvoir caractérisé, exercé sous
le couvert d'une prétendue défense de l'Etat. En d'autres termes,
on refuse d'écouter la voix du peuple. Qu'en serait-il de nos hommes
d'Etat qui, pendant la campagne électorale, n'ont pas manqué de
critiquer, à travers les médias, le gouvernement en place ? Faudrait-il
aussi les emprisonner ?
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Les femmes afghanes donnent de la voix !
La reconstruction de l'Afghanistan ne se fait pas sans difficultés.
Ces dernières semaines, plusieurs événements sont venus agiter la
scène politique afghane, tous liés au rôle que les femmes veulent
et doivent jouer au sein de cette nation qui s'est récemment engagée
à promouvoir leurs droits. Ainsi, près de 200 déléguées, représentant
les femmes de plusieurs provinces du pays, se sont présentées à
la réunion du grand conseil "Jirga de Loya" qui s'est ouverte le
10 juin dernier à Kaboul.
Au fil des jours, les revendications ont tourné autour de 2 pôles.
Le premier concernait la présence d'anciens combattants qui avaient
participé à la guerre contre l'armée russe et contre les Talibans
et qui avaient mis à feu et à sang le pays avec leur guerre de pouvoir.
Ces "Seigneurs de la guerre" sont considérés par les femmes comme
des personnes politiques indignes d'avoir leur place dans le gouvernement
actuel parce qu'ils ont "les mains tâchées de sang" et ont été à
l'origine d'exactions et de répressions contre les femmes, contre
leurs droits et leur liberté pendant plus de 20 années.
Sima Samar, l'actuelle ministre des affaires féminines a annoncé
elle-même la couleur : "Ce n'est pas une démocratie. C'est un pansement
pour nous faire avaler toutes ces années de souffrance. Tout est
déjà décidé par ceux qui détiennent le pouvoir par la violence.
Ce conseil accueille tous les seigneurs de la guerre. Il n'en manque
aucun !". D'autres femmes ont ainsi interpellé l'ancien président
B. Rabbani : "Pourquoi avez-vous tout détruit, pourquoi avez-vous
violé les femmes ? Pourquoi y a-t-il tant de veuves dans ce pays
?".
Quelques hommes présents à l'assemblée ont été stupéfiés de l'audace
affichée par ces femmes déléguées qui fustigeaient de leur franchise
les "Seigneurs de la guerre". En outre, selon les règles qui avaient
été établies par l'O.N.U. et les politiques afghans, aucune personne
directement ou indirectement impliquée dans des massacres ou des
crimes ne pouvait être acceptée en tant que délégué de cette réunion.
Or, un compromis entre l'O.N.U. et les U.S.A. a permis la présence
de certains d'entre eux, ce qui a choqué les femmes et les différents
représentants des défenseurs des droits humains. Le deuxième point
abordé par ces femmes fut d'exiger des engagements concrets de la
part des hommes capables de garantir leurs droits fondamentaux sans
risque de régression. Représentant plus de la moitié de la population
afghane, les femmes veulent que leur soit attribuée la gestion de
plusieurs Ministères, notamment celui de la défense et de la santé.
Le dernier "Jirga de Loya" qui avait eu lieu en 1964, avait permis
une avancée dans les droits des femmes par la réforme de la constitution
: droit de vote, droit égal à l'éducation et garantie d'un salaire
identique à celui des hommes. Celui qui s'est tenu cette année,
outre le contexte particulièrement tendu dans lequel il a eu lieu,
aura été une lutte entre la crainte et l'espoir dans laquelle les
femmes ont été les plus courageuses.
Une nation meurtrie par toutes ces années de violence physique et
psychologique a besoin de plus de temps et d'un nombre bien plus
important de réunions, d'assemblées, de dialogues pour construire
sur de nouvelles bases... solides et humaines !
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La Turquie en changement ?
En raison de la modification de la loi qui a eu lieu le printemps
dernier, les directeurs d'écoles turques ne sont plus autorisés
à examiner des filles pour vérifier leur virginité. Ces dernières
années, la Turquie a fait beaucoup d'efforts pour renverser les
tendances patriarcales qui caractérisaient le comportement de la
société. Ainsi, la femme est devenue l'égale de l'homme en regard
du mariage. Elles ont la possibilité de demander de l'aide lorsqu'elles
sont menacées dans le cadre de la violence domestique. Ces avancées
sont très réconfortantes mais aussi révélatrices de la distance
encore nécessaire que la Turquie doit parcourir pour véritablement
promouvoir et protéger les droits des femmes.
Géographiquement divisée entre l'Europe et l'Asie, la Turquie est
la nation des contradictions. L'égalité des femmes dans la sphère
publique a été décrétée par le fondateur de la nation turque moderne,
Mustafa Kemal Ataturk, dans les années 20. Pour les nations musulmanes,
la Turquie est un modèle de progrès en matière de réformes politiques
et culturelles en faveur des femmes. Pourtant, certaines de ces
traditions rurales poussent l'Etat à prendre des décisions discriminatoires
à leur égard. Ainsi, l'année dernière, le ministre de la santé avait
demandé que les étudiantes en médecine qui avaient des relations
sexuelles durant leurs études devaient être renvoyées de l'université.
Les nouvelles lois servent, en partie, à faciliter l'entrée de la
Turquie au sein de l'Union Européenne. Sur le terrain, les groupes
de femmes, d'associations, trouvent que le travail est difficile
et long à donner des résultats, mais qu'au moins les lois existent.
Matériellement, les foyers pour femmes battues ou menacées sont
insuffisants. Le gouvernement n'initie pas assez de campagnes pour
sensibiliser les élus locaux dans le but de promouvoir les droits
des femmes. L'éducation jouera, selon l'avis de certains, un rôle
prépondérant dans les changements futurs de la société turque en
faveur des femmes.
Un programme d'égalité d'accès pour les filles à l'éducation en
zone rurale a donné plus de résultats concrets et rapides qu'une
loi et a permis de faire de ces femmes des citoyennes turques égales
à l'homme.
---------- A suivre...
L'équipe rédactionnelle de Fraternet
| Analyse
: Témoignage d'Irak ! |
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... Nous atterrissons le 18
mai au soir à l'aéroport d'Amman. A peine arrivés, nous allons récupérer
le matériel acheté en Jordanie : environ 600 kg de fournitures scolaires
diverses (cahiers, stylos, crayons et crayons de couleur, gommes,
équerres et règles en plastique), auxquelles s'ajoutent les cahiers,
gommes, tailles crayons, crayons de couleur, boîtes de peinture
et boîtes de vitamines acquis grâce à des bons d'achats reçus en
Suisse que nous avons transportés en bagages accompagnés.
Nous sommes reçus par le Ministre de la santé, par le Ministre du
travail et par la Présidente de la Fédération des femmes irakiennes.
Les entretiens sont instructifs. Ils tournent autour de l'embargo
et de ses conséquences sur la vie et l'économie du pays. Ces rencontres
ont été transmises par les trois chaînes de télévision et des articles
ont parus dans presse écrite irakiennes.
Nous livrons le matériel scolaire à la Fédération. Les élèves étant
en vacances, nous ne pouvons pas assister à la distribution qui
sera effectuée à la rentrée d'octobre. On trouve désormais des fournitures
scolaires sur le marché, toutefois leur prix est presque le même
qu'en Suisse ; on imagine bien qu'elles restent par conséquent inabordables
pour un fonctionnaire moyen dont le revenu mensuel ne dépasse pas
les cinq dollars américains selon les gens rencontrés.
Nous avons la possibilité de visiter l'hôpital universitaire pédiatrique
de Bagdad. La situation y est aussi catastrophique que lors de ma
dernière visite en 2000 Les ascenseurs sont toujours en panne, les
petits malades continuent de monter à pied jusqu'au quatrième étage.
Les médicaments font toujours défaut et les enfants atteints de
leucémie, d'insuffisance respiratoire, de malnutrition et de diarrhée
chronique, ainsi que les prématurés, continuent de mourir par manque
de soins adéquats. Les mères désespérées, les yeux rougis par les
larmes ou par le manque de sommeil, drapées dans leurs voiles noirs,
errent comme des zombies. L'une d'elle, âgée de dix-neuf ans à peine,
donne le biberon à son bébé né avant terme à travers la vitre d'une
couveuse. Il ne survivra pas au-delà d'une semaine ; c'est le troisième
enfant qu'elle ne verra pas grandir. Elle est taciturne. Ses gestes
sont ceux d'un automate. S'est-elle déjà préparée à la mort prochaine
de son enfant ? Elle ne répond pas à mes questions ; c'est sa mère
!
D'après les deux médecins qui nous accompagnent, tout manque, des
aiguilles de seringues aux appareils de radiologie, en passant par
les antibiotiques et les couveuses. Le Ministre de la santé, qui
a bien compris que nos dons restent symboliques et que nous n'avons
nullement la prétention de combler les besoins créés par l'embargo,
nous a précisé que nous pouvons continuer nos actions, mais que
même si nous pouvions faire soigner des enfants en Europe, cela
ne changerait rien au retard qu'a pris l'Irak dans les domaines
de la santé et de la prévention.
Le besoin est immense. L'équipement, le matériel, les médicaments
et même la formation du personnel soignant sont quasi inexistants.
Il serait profitable que des professionnels qualifiés et bénévoles
partent en Irak pour former les membres du corps hospitalier et
les mettre au courant des dernières techniques existantes, et leur
apporter le matériel nécessaire (blouses, vêtements pour le bloc
opératoire, stéthoscopes, etc.).
Sur les sites touristiques, des enfants sortis de je ne sais où
viennent, d'abord timides, puis de plus en plus hardis, se bousculer
devant l'objectif de " notre " cameraman. Ils répondent à mes questions
sans se soucier du petit fonctionnaire nerveux qui les houspille
en essayant de les chasser. Une des filles, âgée d'une douzaine
d'années, a quitté l'école pour s'occuper de sa mère dépressive.
Sa sœur aînée est décédée deux ans auparavant d'un arrêt cardiaque.
Elle avait 12 ans. Son frère est décédé à l'âge de deux ans, noyé
dans le petit ruisseau avoisinant la maison. Une autre petite fille
n'était pas très fière de nous dire qu'elle devait refaire l'année
scolaire. Elle avait contracté la typhoïde et manqué l'école pendant
un mois…
Ailleurs, un joli brin de fille, le teint hâlé et les yeux couleur
émeraude, répondant au nom prémonitoire "Iqtiçad" (économie en arabe),
s'approche de nous hésitante. Elle n'est pas scolarisée. Son père,
peut-être justement par mesure d'économie, a décidé de favoriser
les garçons au détriment des filles...
Dalila
Association ABIR : http://membres.lycos.fr/abirsuisse/pages/index2.htm
ISABELLE
DELLOYE
Journaliste, cinéaste, céramiste au service de l'architecture mais
surtout grande voyageuse, Isabelle Delloye a vécu et a travaillé
dans différents pays comme les Etats-Unis, la Tunisie, le Nicaragua,
le Pakistan. Elle a appris le persan lors d'un séjour de quatre
ans en Afghanistan (1974/1978) où elle a enseigné comme professeur
de français aux lycées Malalaï puis Esteqlal à Kaboul. Grâce à cette
opportunité, elle a su se faire accepter par les hommes dans leur
milieu alors que celui-ci reste totalement fermé à toute femme.
Mais bien vite, elle a nourrit la volonté de mieux connaître ce
peuple, principalement à travers ses rencontres avec les femmes
afghanes. Tadjikes, Hazaras, Pachtounes, Nouristanis ont vu en elle
une alliée, une amie par qui elles pourraient se dévoiler, avouer
leurs souffrances afin que le monde occidental sache et prenne conscience
de leur situation.
Contrainte de revenir en France à cause de la guerre, Isabelle Delloye
a néanmoins continué à recueillir le témoignage de femmes afghanes
exilées. Et c'est en 1980 qu'elle publie "Des femmes d'Afghanistan",
un livre de récits relatifs à la vie de ces femmes issues de différentes
ethnies, de différentes générations et niveaux sociaux. Puis, à
la fin de l'année 2001, elle a remanié son ouvrage et l'a surtout
complété à la lumière des événements graves qui se sont déroulés
durant ces vingt dernières années et qui ont bouleversé ce pays
de haute tradition. C'est sous un titre presque identique, "Femmes
d'Afghanistan", qu'elle l'a réédité.
Elle a donné la parole à des femmes qui n'existaient pas en tant
que telles, révoltées par leurs conditions de vie et qui ont longtemps
suscité l'indifférence du reste du monde. Ces femmes, qui représentent
plus de la moitié de la population afghane, disent toutes leurs
espoirs dans leurs confessions. Isabelle Delloye n'a rien voulu
cacher sur cette condition féminine, sans pour autant juger ni condamner
les hommes qui maintiennent les femmes, leurs femmes en esclavage.
Son désir était de faire entendre leur cri, leur appel alors qu'elles
sont meurtries au plus profond de leur être. Durant les années de
son séjour en Afghanistan, cette journaliste exceptionnelle a donné
tout son temps et son écoute à ces femmes qu'elle est allée chercher
aux quatre coins de cette vaste terre afghane : dans les villes
mais aussi dans des campagnes les plus reculées. A travers son grand
dévouement à la mission qu'elle s'est donnée et avec beaucoup d'humilité,
elle ne prétend rien si ce n'est d'être le porte-parole de ces exclues.
C'est un récit vrai qui donne toute sa dimension à la spécificité
humaine liée principalement à la condition de vie des femmes afghanes.
A la sortie de son livre, le sentiment de la presse ne s'y trompait
pas : "Femmes d'Afghanistan se présente comme une lente tapisserie
où les personnages se placent naturellement dans l'Histoire. Enthousiaste
et modeste expérience, c'est le contraire de l'exploit journalistique...
Par une sorte de grâce, de naïveté aux mains nues, tendues, Isabelle
Delloye a su capter l'odeur propre de l'Afghanistan. Aussi puant
soit-il devenu, jamais l'air ne sent que la poudre et les balles.
Il sent les Afghans. Tous sont là, terriblement vivants dans le
papier, entre les lignes, femelles et mâles, enfants et vieillards.
Si attachants dans leur drôle de vie qui se dévide comme un mythe,
avec ses héros de légende (...) dans un décor d'horizons sans fin,
de chevaux et de femmes esclaves."
Un message de plus sur l'Afghanistan mais un appel profond lancé
par une femme consciente de "l'autre", cet autre qui, bien que rempli
de souffrance, a su lui donner ce qu'il y a de plus précieux en
ce monde : de l'humanité !
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