|
Chères lectrices, chers lecteurs
Après quelques semaines d'absence et de silence " email ", revoilà
FDDF (Fraternet Droits Des Femmes) qui vient côtoyer à nouveau votre
messagerie ! Veuillez, avant toute chose, m'excuser pour cette interruption...
Mais FFDF revient avec de nouveaux atouts et non des moindres :
alors que jusqu'au numéro 18 j'assumais seul la rédaction de cette
newsletter, toute l'équipe, compatissante devant la montagne qui
m'était demandé de gravir à présent, depuis que nos activités se
sont élargies et accentuées, a décidé de chausser ses
" godillots " pour m'accompagner dans cette aventure...
et ne plus me lâcher !
Ainsi, la rubrique " actualités " bénéficiera dès aujourd'hui de
l'investissement de l'équipe tout entière aussi bien dans la recherche
d'informations que dans la rédaction de celles-ci. Le " portrait
de femmes ", article qui clôt cette newsletter sera assumé également
par plusieurs d'entre nous, à tour de rôle.
J'ai réussi toutefois à convaincre l'équipe de laisser l'analyse
à ma charge... trop allégée, je me serais sûrement envolé pour des
lieux inconnus au grand dam de chacun ;o>)
J'espère que cette nouvelle approche vous apportera plus de richesse
en matière d'information, de profondeur voire de justesse et comblera
vos attentes les plus grandes.
Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite bonne continuation
dans votre lecture.
Thierry
| Actualités |
...février
- mars 2002
|
----------
Népal
Selon Panos, une organisation humanitaire internationale travaillant
sur les pays en voie de développement, 6 femmes népalaises meurent
chaque jour en avortant illégalement et dans des conditions sanitaires
insuffisantes. En octobre 2001, la Chambre du Parlement Népalais
votait la légalisation de l'avortement en cas de viol, d'inceste
ou pour protéger la santé directe de la femme enceinte et ce, jusqu'à
3 mois de grossesse. L'assemblée nationale n'a cependant pas encore
approuvé le projet de loi et les partisans de l'avortement avouent
que la lutte sera difficile pour atteindre leur objectif. Outre
ce challenge au sein du gouvernement, ils doivent également faire
face à une politique de pression anti-avortement imposée par les
Etats-Unis au sein des cliniques dont ils financent le fonctionnement
et le matériel. Ainsi, l'Association de la Planification Familiale
du Népal (A.P.F.N.) et le Centre pour la Recherche sur les activités
de Santé, de Population et d'Environnement ont tous deux refusé
la dernière aide financière afin de sauvegarder l'autonomie politique
de décision concernant la légalisation et l'application de l'avortement.
Ce refus de subvention dissuadera sans doute certaines ONG, elles-mêmes
travaillant sous l'égide des Etats-Unis de venir en aide
au ministère de la santé népalais, mais qu'importe !, " La liberté
de décision est plus importante que toute emprise sur l'évolution
de la politique et de la culture. " déclarait le Dr. Nirmal K. Bista,
directeur du A.P.F.N.
Le Népal a le quatrième taux de mortalité maternel le plus élevé
dans le monde : 539 femmes sur 100.000 meurent tous les ans suite
à des complications durant leur grossesse ou post-accouchement.
Les Nations Unies estiment que 50% de ces femmes décèdent suite
à des avortements illégaux. En outre, près de 60% des femmes admises
en urgence à l'hôpital de Katmandou souffrent des complications
dues à une tentative d'avortement illégale et violente entraînant
de grave saignements ou des cas de septicémies. Plusieurs de ces
femmes sont régulièrement arrêtées et jugées pour
actes criminels. Ainsi, une étude effectuée en 1997 révèle
qu'au Népal, une prisonnière sur 5 est emprisonnée pour avortement
illégal.
----------
Iles Fidji : Renforcement de la législation
Le 8 mars 2002, à Suva, un groupe de femmes des Iles Fidji, accompagné
de leurs filles, a présenté au chef du Gouvernement, Ratu Josefa
Lloilo, une pétition demandant un renforcement de la législation
contre les viols et les abus sexuels. En effet, ces derniers n'ont
cessé d'augmenter de façon spectaculaire au cours des années,
encouragés par le laxisme des lois.
La représentante du Conseil National des Femmes, Susana Evening,
a demandé au Président en personne son soutien pour ce qu'elle a
qualifié comme un " grave problème national ".
Il leur a assuré que cette pétition serait remise au procureur général
pour une révision du code pénal. Cette pétition qui a reçu 3000
signatures fut le fer de lance de cette journée de la Femme aux
Iles Fidji, action qui été relayée par les médias locaux.
----------
Guatemala
Un rapport de l'organisation humanitaire Human Rights Watch (HRW)
vient de paraître dénonçant la discrimination qui a lieu au Guatemala
contre les ouvrières ainsi que les contrats passés par des firmes
américaines avec les " maquilas " guatémaltèques. Ce rapport examine
les deux secteurs que sont l'industrie d'exportation et les emplois
domestiques. En effet, des dizaines de milliers de femmes guatémaltèques
fabriquent des vêtements, vendus aux Etats-Unis, ou travaillent
comme domestiques pour des particuliers. Le rapport intitulé " De
la maison à l'usine : discrimination sexuelle contre les ouvrières
guatémaltèques " révèle également que des entreprises américaines
passent des contrats avec des entreprises d'export (maquilas) qui
se livrent à des discriminations à l'égard des femmes, spécialement
si elles sont enceintes.
En effet, le code du travail guatémaltèque protège habituellement
les ouvrières de ce type de discrimination mais il est rarement
appliqué dans le secteur de l'exportation. Par ailleurs, les femmes
et les adolescentes travaillant chez des particuliers ne bénéficient
d'aucune couverture légale appropriée et font fréquemment
l'objet de harcèlement sexuel et d'autres abus.
Ainsi, non seulement le gouvernement guatémaltèque ne fournit pas
aux ouvrières la protection dont elles ont besoin, mais en outre
des firmes américaines bien connues (Wal-Mart, GEAR for Sports,
Lee Jeans...) ne respectent pas leurs propres codes de conduite
qui leur interdit de traiter des affaires avec des firmes coupables
de telles violations des droits humains. Comme le déclare LaShawn
R. Jefferson, directrice de la division Droits des Femmes auprès
de HRW, " ce sont les droits que nous devons mondialiser et non
la discrimination... "
----------
Australie
Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International, a déclaré
à l'occasion de la Journée internationale de la femme : " Les violences
contre les femmes constituent une des formes les plus répandues
et pourtant les plus occultées d'atteintes aux droits humains dans
le monde entier. En situation de conflit ou d'instabilité politique,
aux mains de représentants de l'État, dans leur foyer et au sein
de la collectivité, l'intégrité physique, notamment sexuelle, et
mentale des femmes demeure menacée dans toutes les régions du monde
et sous les régimes politiques les plus divers ". Elle dénonce la
passivité de la communauté internationale qui n'intervient pas suffisamment
pour faire cesser ces exactions soit pour des raisons politiques,
soit parce qu'il est trop difficile d'agir directement auprès des
états. Elle souligne la difficulté qu'ont ces femmes qui veulent
fuir les violences familiales dont elles sont l'objet, à demander
asile auprès d'autres états.
En effet, ceux-ci ne reconnaissant pas les pratiques de viols et
de violence sexuelle comme une atteinte à leurs droits fondamentaux,
ils leur refusent le statut de réfugiées. Elle déclare que c'est
aux états de mettre tout en œuvre pour défendre leurs droits face
aux abus perpétrés par les représentants de la loi, par la collectivité
ou dans le cadre familial.
----------
Kenya
Tous les jours, de nombreuses femmes sont victimes de viols et de
violences physiques commis par des membres des forces de sécurité
ou par des particuliers sur tout le territoire kenyan. Mal protégées
par une loi qui ne punit pas les coupables et par des traditions
familiales entachées d'obscurantisme, elles sont obligées de se
taire et de souffrir en silence. " Le viol constitue une forme
de torture lorsque les autorités n'assument pas leurs responsabilités
en omettant de protéger les victimes, d'enquêter sur les violences
dont elles ont fait l'objet et de leur accorder réparation. L'État
kenyan doit modifier ses lois et ses pratiques pour mettre fin à
l'impunité dont bénéficient les auteurs de violences commises contre
des femmes, et pour s'acquitter des obligations qui lui incombent
en vertu du droit international relatif aux droits humains ",
a indiqué Amnesty International.
La législation kenyane doit être révisée afin que tous les actes
de violence à l'égard des femmes constituent des infractions de
droit commun. Des mesures doivent être prises pour empêcher les
pratiques discriminatoires exercées par la police, l'administration
pénitentiaire et l'appareil judiciaire.
Les Kenyans vont bientôt voter pour élire leur président et leurs
députés. Les électeurs ont ainsi la possibilité de voter pour les
candidats qui s'attacheront à ce que les droits des femmes ne soient
plus bafoués. Espérons qu'ils en tiendront compte !
----------
Soudan
Les femmes ont-elles vraiment les mêmes droits que les hommes ?
Sania Hamza a le privilège d'être l'une des rares femmes juges de
son pays. Elle siège même à la Cour Suprême du Soudan. Récemment,
elle était en visite à Londres, au British Council, avec d'autres
collègues. A cette occasion, elle a déclaré que les femmes soudanaises
disposaient des mêmes droits que les hommes, tant dans la loi que
dans les faits. " Nous conduisons nos voitures, nous avons les mêmes
possibilités que les hommes et beaucoup de postes dans l'administration
sont occupés par des femmes. Elles sont aussi pharmaciennes, docteurs
et nous avons même une femme ambassadeur... "
Les défenseurs des droits humains voudraient bien croire aux propos
de madame Hamza. Malheureusement, la réalité est tout autre... Le
14 mars dernier, lors de la Convention des Femmes Soudanaises, Muna
Khugali, l'organisatrice, demandait que les femmes soient enfin
représentées au Parlement et bénéficient du même accès que les hommes
à l'éducation et d'un salaire équivalent. Elle a sollicité l'aide
de la communauté internationale pour faire avancer la cause des
femmes dans son pays, lequel n'a pas de ministre de la condition
féminine. " Le temps viendra où le gouvernement devra écouter les
femmes car l'oppression ne pourra pas durer éternellement ", a-t-elle
déclaré.
Que madame Hamza ne nous en veuille donc pas si nous accordons davantage
de crédit aux revendications de Muna Khugali qu'à ses propres déclarations.
Il doit en effet être particulièrement difficile de dire ce que
l'on pense vraiment lorsque l'on occupe un poste aussi élevé dans
la société soudanaise et que l'on est sujet aux pressions du pouvoir...
Alors, ne nous laissons pas abuser. Nous ne pouvons oublier que
le gouvernement du Soudan impose actuellement la Charia à l'ensemble
du pays, y compris aux non musulmans. La loi islamique (telle qu'elle
y est interprétée) se rend ainsi coupable de graves violations des
droits fondamentaux de la personne humaine telles la flagellation
(y compris sur les enfants), l'amputation des mains, la peine de
mort etc.
De plus, s'agissant spécialement des femmes, la Charia codifie soigneusement
leur soumission. Elle interdit, par exemple, à une jeune femme,
de se marier sans l'accord de son gardien (le parent en charge de
sa surveillance). Et même si Sania Hamza indiquait à la presse britannique
qu'une jeune fille peut entreprendre une action en justice en cas
d'opposition à son mariage, on imagine facilement à quels dangers
elle s'exposerait en bravant ainsi sa propre famille... Bref, la
burkha et le tchadri ne sont pas les seules voiles qui oppriment
les femmes, il faut aussi compter avec l'écran de fumée dont l'enveloppent
les états.
----------
Botswana
Chaque semaine, 25 femmes sont victimes de viols au Botswana alors
que seulement 15 violeurs sont arrêtés. Prenant la parole à la suite
d'une manifestation de protestation contre le viol à Molepolole,
Norman Moleboge, préfet de police, a déclaré que " les femmes se
sentaient humiliées et souillées après un viol et devenaient souvent
suicidaires ". Il a également signalé une augmentation des cas d'incestes,
appelant la population à considérer cette pratique comme criminelle.
Les départements de la police et de l'éducation du Botswana travaillent
actuellement à l'introduction d'une loi contre ceux qui mettent
enceinte une mineure de moins de 16 ans. Les personnes HIV négatives
encourent ainsi une peine de 10 ans de prison, tandis que les individus
HIV positifs risquent 15 ans d'emprisonnement.
----------
Malawi : des femmes sans ressource vendent leurs enfants...
En février dernier une habitante du Malawi a tenté de vendre trois
de ses cinq enfants dans le but de pourvoir à leur alimentation.
Un de ses enfants était déjà mort par suite de la famine. " Si je
garde mes enfants avec moi, ils mourront. Ils ont plus de chance
de survivre chez d'autres personnes ", a expliqué Margaret Phiri,
abandonnée trois ans auparavant par son mari. Heureusement, des
travailleurs sociaux l'ont pris en charge, lui donnant de la nourriture
et de l'argent pour retourner dans son village. D'autres femmes
privées de ressources n'auront pas eu cette chance... A l'heure
actuelle, le Malawi est frappé par une réduction des stocks de nourriture,
due à d'importantes inondations, affectant 70% de sa population.
----------
Taiwan
Une nouvelle loi vient d'être promulguée sur l'égalité des sexes
dans le travail que ce soit dans le domaine public comme dans le
privé. En application depuis le 8 mars dernier, cette loi devrait
profiter à plus de 10 millions de femmes qui ont un emploi et pourrait
réduire considérablement leur stress.
Elles seront protégées contre le harcèlement sexuel des dirigeants,
pourront bénéficier d'un congé payé de maternité pendant 2 ans et
recevront un salaire égal à celui des hommes pour un même travail.
Cette nouvelle loi interdira certaines pratiques comme le fait d'embaucher
principalement des employées célibataires ou de renvoyer les femmes
qui se marient ou qui tombent enceintes.
Le Council of Labor Affairs (CLA) a mis en place, pour les victimes
de harcèlement sexuel, une ligne téléphonique d'urgence et un site
Internet. Bientôt seront créées des garderies subventionnées par
l'état pour les enfants des femmes qui travaillent... De bonnes
lois qui devront être scrupuleusement appliquées. Mais
cela est une autre histoire !
----------
Bahreïn
Une campagne a été lancée par la Bahreïn Young Ladies Association
pour sensibiliser les femmes et les inciter à prendre une part active
dans les élections municipales qui se tiendront le 9 mai prochain.
La présidente de l'association, Nadia Al Maskati a déclaré : " Nous
avons enfin l'opportunité, après plus de quarante ans, de prendre
part, sans discrimination, à la vie de la nation. Nous avons cette
rare occasion de jouer un rôle équivalent à celui des hommes, alors
il est temps que chacune la saisisse ". En outre, elle encourage
les femmes à rester positives et à avoir confiance en l'avenir.
De nombreuses femmes, même les plus cultivées, ne connaissent pas
leurs droits que ce soit en tant que candidates ou en tant qu'électrices.
C'est pourquoi, celles-ci sont encouragées à se débarrasser de leurs
conditionnements traditionnels et à braver les freins émis
par la tradition pour venir participer au développement de leur
pays.
----------
Kenya
Plus de 47% des meurtres ayant eu lieu dans ce pays en 2001 provenaient
de la violence domestique. Celle-ci est ainsi devenue la violation
la plus courante des droits humains, d'après la représentante de
la Fédération des Femmes Juristes du Kenya. En effet, sur 62 meurtres
commis entre janvier et septembre, 29 révélaient le
cas de maris ayant assassiné leur épouse. Le ministre de la santé
a déclaré que le manque de formation des obstétriciens et des médecins
des services d'urgence constituait le plus grand obstacle à l'identification
des cas de violences domestiques. " Il existe une tendance à ne
pas considérer la violence domestique comme un problème médical
", a-t-il ajouté.
----------
Nigeria
Des nouvelles encourageantes circulent au sujet du sort de Safiya
Yakubu Hussaini, cette femme nigériane qui avait été condamnée à
mort par lapidation après avoir été accusée d'adultère, sans preuve.
Elle avait été jugée par la cour de justice de Sokoto au Nord du
Nigeria qui applique les lois fondées sur la Sharia. Son cas avait
attiré l'attention de la communauté internationale à travers des
organisations et des associations œuvrant en faveur des droits humains
et pas moins de 20 avocat(e)s la défendaient lors de la révision
de son procès le 18 mars dernier. Après avoir entendu les plaidoiries
des avocats, le juge a annoncé qu'il rendrait son verdict le 25
mars...
Dernière minute : une
annonce du responsable de Womens Rights Watch Nigeria nous apprend
que Safiya Yakubu a été acquitée !
Mais dans le même temps, dans l'état de Katsina, une
autre femme de 35 ans nommée Amina Lawal s'est vue condamnée
à mort par le tribunal pour avoir eu des relations avec un
homme de son village sans être mariée... L'action de
la communauté internationale qui a permis l'acquitement de
Safiya, pourra-t'elle, cette fois encore, sauver la vie d'Amina
? Une tension humaine qui côtoie l'effroi !
---------- A suivre...
L'équipe rédactionnelle de Fraternet
| Analyse
: La femme en Azerbaïdjan (étude 2001) |
|
Propulsé vers l'indépendance au lendemain de la dissolution
du bloc soviétique, l'Azerbaïdjan dut rapidement faire face à une
désorientation politique, économique et sociale. Les années de conflit
qui s'en suivirent avec l'Arménie, relatives à l'autonomie de l'enclave
du Haut-Karabakh, n'ont fait qu'aggraver son affaiblissement, dissimulant,
tant bien que mal, le dernier théâtre américano-russe de la pathétique
et obsolète " guerre froide ". Depuis 1993, l'Azerbaïdjan,
avec le Président Gueïdar Aliev au pouvoir, essaye de concilier
les démons de l'héritage communiste avec ceux des jeunes républiques
de l'ex-URSS encore fragiles et divisées, enclines à la corruption.
Dans sa volonté de s'ouvrir aux investisseurs étrangers afin de
relancer son économie, le gouvernement s'est parallèlement acquitté
de la signature de certains traités relatifs aux droits humains
concernant particulièrement l'abolition de la peine de mort ainsi
que la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination
à l'égard des femmes. Il faut bien le reconnaître, les droits des
femmes azéries sont établis et enrichissent divers paragraphes de
la constitution. Ainsi, la loi garantit aux femmes le plein usufruit
des droits humains et interdit, de la même façon, la discrimination.
Le gouvernement s'est également engagé à faire intervenir des ONG
dans la réalisation des objectifs qui avaient été fixés lors de
la conférence de Beijing en 1995. Et, sur le papier, l'Azerbaïdjan
fait figure de bon élève face à ses pays voisins directs : la CEDEF
a été traduite en azéri et a été largement diffusée ; six centres
régionaux de planning familial ont été créés dans le but d'offrir
des conseils et un suivi aux femmes et aux hommes en matière de
santé et de reproduction ; un comité d'état sur les questions relatives
aux femmes et à leur sexospécificité a vu le jour ; leur taux de
scolarisation et d'instruction est égal voire supérieur à celui
des hommes ; leur pourcentage de participation resterait relativement
élevé dans le processus décisionnel au sein des entreprises et du
secteur public. L'Azerbaïdjan serait-il pour autant un paradis pour
les femmes ? Loin s'en faut ! Il existe malheureusement un fossé
entre l'égalité de droits et l'égalité de faits : une sorte d'insuffisance
dans la mise en œuvre des bonnes intentions et de ce qui est écrit.
Ainsi, par exemple, lorsque la constitution proscrit la discrimination
à l'égard des femmes, elle n'en définit pas les formes. Les conséquences
qui en découlent sont déplorables en matière de condamnation des
pratiques discriminatoires courantes encore véhiculées par des attitudes
patriarcales très enracinées. La violence domestique reste alors
un sujet tabou qui a du mal à sortir de l'enceinte des maisons,
des familles. De même, il n'existe aucune loi spécifique condamnant
le viol marital alors que le viol, en général est, lui, condamné
sans arriver à s'impliquer concrètement dans les affaires familiales.
Dans les zones rurales, le problème est encore pire puisque peu
de femmes ont connaissance de leurs droits. Par ailleurs, bien qu'il
n'y ait aucune restriction à l'encontre des femmes concernant leur
participation à la scène politique du pays, les normes sociales
traditionnelles restreignent toujours leur représentation à des
postes élevés.
Autre phénomène important et douloureux pour l'Azerbaïdjan et dont
le gouvernement ne peut être fier, reste le nombre considérable
de personnes déplacées en raison du conflit qui a opposé les azéris
aux arméniens et dont la grande majorité sont des femmes et des
enfants. Ces êtres semblent avoir été quelque peu oubliés par les
autorités au pouvoir, si bien que leur situation précaire perdure
dans un pays où les familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté
forment l'essence même de la population.
En outre, le trafic de femmes en vue d'alimenter le marché de la
prostitution en Europe et en Amérique du Nord fait de l'Azerbaïdjan
un point de source et de transit pour des milliers de filles de
l'Est. Certaines d'entre elles sont même poussées par leur propre
famille à se prostituer afin de garantir des fins de mois meilleures.
Heureusement, deux ONG participent à sensibiliser la population,
principalement de la capitale Bakou, lors de conférences publiques
sur la dégradation de l'intégrité humaine que cette pratique entraîne
pour la femme mais aussi pour les familles. Une des conséquences
directes de cette déroute sociale est le nombre alarmant de cas
d'avortements illégaux entraînant bien souvent le décès de l'enfant
ou de la mère. Ce trafic de personnes et ses conséquences sur les
individus sont, pour ainsi dire, ignorés des autorités gouvernementales.
L'Azerbaïdjan est le type même de pays qui subit de plein fouet
la déstabilisation causée par un sevrage forcé des décennies communistes
et sa mutation vers l'édification d'une démocratie et d'une économie
de marché. Les tentations sont grandes et les priorités parfois
inversées tant cette même société semble exploser de toutes parts.
Gérer un pays comme celui-là demande des autorités au pouvoir de
tout mettre en œuvre pour assurer l'intérêt premier du citoyen et
de la reconstruction de leur identité meurtrie. Les lois votées
dans ce sens sont indispensables pour redonner vie et espoir à un
peuple froissé. L'acharnement déployé pour les appliquer en est
bien plus essentiel. En d'autres termes : que les volontés soient
écrites, oui, mais surtout accomplies !
Thierry
* Il y a 11 femmes membres du parlement qui en compte 125 au total.
* Dans la seule année de 1999, les statistiques de polices ont révélé
que les viols ou tentatives de viols ont augmenté de 50% dans les
6 premiers mois de l'année.
* Il existe plus de 30 maisons de prostitution illégale dans la seule
capitale de Bakou.
* Les ONG estiment à plus de 1 million le nombre de personnes réfugiées
et déplacées à l'intérieur même du pays suite au conflit opposant
l'Azerbaïdjan et l'Arménie pour la province du Haut-karabakh.
* Les femmes occupent 20% des postes de direction dans les entreprises.
* Les femmes constituent 51% de la population azérie.
* Plus de 70% des femmes sont institutrices ou professeurs dans les
universités.
* Seulement 22% des femmes sont employées dans le secteur de production
économique. La peine de mort est abolie (sauf pour crime de guerre
jugé grave).
Source
analyse et chiffres : ONU, US dept, Amnesty, UNCHR, UNESCO
Photo : "All the web" media search
SIMA
SAMAR
Femme de 45 ans appartenant à l'une des ethnies le plus persécutées
d'Afghanistan, médecin, mère de famille à l'allure moderne et déterminée,
Sima Samar est revenue à Kaboul après dix sept ans d'exil au Pakistan
pour s'occuper de la condition féminine. Sa nomination à la conférence
inter-afghane de Bonn en tant que vice Premier ministre et ministre
des femmes au sein du gouvernement intérimaire de l'Afghanistan
annonce sans aucun doute une amélioration des conditions de vie
des filles et des femmes afghanes.
Contrainte au mariage à 18 ans pour pouvoir étudier la médecine
à l'université de Kaboul, Sima Samar s'engage avec son mari dans
la résistance contre les Soviétiques qui envahissent l'Afghanistan
en 1979. A la mort de son mari, elle termine ses études et apporte
son soutien à la résistance en tant que médecin des moudjahidin.
Puis, comme des milliers de réfugiés afghans, elle s'exile en 1984
à Quetta, à la frontière pakistanaise, promulguant des cours d'alphabétisation
et d'hygiène particulièrement aux fillettes privées d'éducation
par les talibans. C'est donc au Pakistan qu'elle fonde en 1989 une
organisation non gouvernementale, Shuhada, " Martyrs ".
Soutenue notamment par l'Unicef et l'Organisation Mondiale de la
Santé, l'ONG œuvre pour la reconstruction et le développement de
l'Afghanistan en assurant un soutien médical et scolaire dans les
régions rurales. Au Pakistan, Sima Samar gère également des écoles,
des hôpitaux ainsi qu'un institut scientifique ayant pour mission
de former des assistantes et auxiliaires médicales et des professeurs
de sciences aptes à dispenser des soins de santé et des programmes
d'éducation en Afghanistan. Malgré l'arrivée au pouvoir de talibans
en 1996 et les interdictions imposées aux femmes de travailler,
d'étudier, d'être soignées par des hommes..., malgré de nombreuses
menaces de mort et la destruction d'une de ses écoles et de deux
de ses hôpitaux, Sima Samar ne s'est jamais laissée intimider. Sa
détermination autant que sa notoriété au sein de la communauté ont
ainsi permis à ses établissements de poursuivre leur tâche.
Aussi, pour ses 20 ans de lutte contre l'invasion soviétique et
contre les fondamentalismes dont celui des talibans et surtout,
pour son combat en faveur des droits des femmes et des jeunes filles
en Afghanistan comme dans les camps de réfugiés, elle a reçu en
2001 le prix John-Humphrey pour la liberté. Aujourd'hui, cette femme
au courage exceptionnel retrouve un pays traumatisé par les moudjahidin
et surtout par les talibans. Prête à œuvrer pour le retour de la
paix et de la sécurité, le nouveau ministre de la Condition Féminine
s'est fixé comme priorité la reconstruction du système d'éducation
et la reconnaissance des femmes dans leurs droits. " Je continuerai
mon travail, dit-elle, afin que les droits des femmes en Afghanistan
soient reconnus comme des droits humains. "
Pour cela, elle n'hésite pas à conscientiser la communauté internationale
en faveur de la lutte contre la violence et l'oppression reprochant
aux Etats-Unis d'avoir entraîné et financé les éléments les plus
extrémistes des mudjahidin lors de l'invasion de l'Afghanistan par
les Soviétiques et d'avoir ainsi laissé son pays sombrer
dans le chaos après le retrait des troupes soviétiques. Elle demande
donc aujourd'hui un engagement à long terme de la part de la communauté
internationale pour permettre un redressement de son pays et en
particulier une restauration complète des droits des femmes rappelant
qu'elles "ont plus besoin d'argent comptant que de compassion !
" Car pendant qu'elle lutte pour obtenir des fonds nécessaires au
fonctionnement de son ministère, des enfants continuent de mourir
de froid et de faim et des femmes sont toujours réduites à la mendicité.
Le défit à relever est colossal mais Sima Samar entend bien s'y
atteler de toutes ses forces. On sait que rien n'arrêtera cette
femme au courage exceptionnel dont l'engagement ne peut que forcer
l'admiration et susciter l'appui de la communauté internationale.
Pascale
|
|