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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 19

Edito


Chères lectrices, chers lecteurs

Après quelques semaines d'absence et de silence " email ", revoilà FDDF (Fraternet Droits Des Femmes) qui vient côtoyer à nouveau votre messagerie ! Veuillez, avant toute chose, m'excuser pour cette interruption... Mais FFDF revient avec de nouveaux atouts et non des moindres : alors que jusqu'au numéro 18 j'assumais seul la rédaction de cette newsletter, toute l'équipe, compatissante devant la montagne qui m'était demandé de gravir à présent, depuis que nos activités se sont élargies et accentuées, a décidé de chausser ses
" godillots " pour m'accompagner dans cette aventure... et ne plus me lâcher !
Ainsi, la rubrique " actualités " bénéficiera dès aujourd'hui de l'investissement de l'équipe tout entière aussi bien dans la recherche d'informations que dans la rédaction de celles-ci. Le " portrait de femmes ", article qui clôt cette newsletter sera assumé également par plusieurs d'entre nous, à tour de rôle.
J'ai réussi toutefois à convaincre l'équipe de laisser l'analyse à ma charge... trop allégée, je me serais sûrement envolé pour des lieux inconnus au grand dam de chacun ;o>)

J'espère que cette nouvelle approche vous apportera plus de richesse en matière d'information, de profondeur voire de justesse et comblera vos attentes les plus grandes.

Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite bonne continuation dans votre lecture.

Thierry



Actualités
...février - mars 2002

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Népal

Selon Panos, une organisation humanitaire internationale travaillant sur les pays en voie de développement, 6 femmes népalaises meurent chaque jour en avortant illégalement et dans des conditions sanitaires insuffisantes. En octobre 2001, la Chambre du Parlement Népalais votait la légalisation de l'avortement en cas de viol, d'inceste ou pour protéger la santé directe de la femme enceinte et ce, jusqu'à 3 mois de grossesse. L'assemblée nationale n'a cependant pas encore approuvé le projet de loi et les partisans de l'avortement avouent que la lutte sera difficile pour atteindre leur objectif. Outre ce challenge au sein du gouvernement, ils doivent également faire face à une politique de pression anti-avortement imposée par les Etats-Unis au sein des cliniques dont ils financent le fonctionnement et le matériel. Ainsi, l'Association de la Planification Familiale du Népal (A.P.F.N.) et le Centre pour la Recherche sur les activités de Santé, de Population et d'Environnement ont tous deux refusé la dernière aide financière afin de sauvegarder l'autonomie politique de décision concernant la légalisation et l'application de l'avortement. Ce refus de subvention dissuadera sans doute certaines ONG, elles-mêmes travaillant sous l'égide des Etats-Unis de venir en aide au ministère de la santé népalais, mais qu'importe !, " La liberté de décision est plus importante que toute emprise sur l'évolution de la politique et de la culture. " déclarait le Dr. Nirmal K. Bista, directeur du A.P.F.N.

Le Népal a le quatrième taux de mortalité maternel le plus élevé dans le monde : 539 femmes sur 100.000 meurent tous les ans suite à des complications durant leur grossesse ou post-accouchement. Les Nations Unies estiment que 50% de ces femmes décèdent suite à des avortements illégaux. En outre, près de 60% des femmes admises en urgence à l'hôpital de Katmandou souffrent des complications dues à une tentative d'avortement illégale et violente entraînant de grave saignements ou des cas de septicémies. Plusieurs de ces femmes sont régulièrement arrêtées et jugées pour actes criminels. Ainsi, une étude effectuée en 1997 révèle qu'au Népal, une prisonnière sur 5 est emprisonnée pour avortement illégal.

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Iles Fidji : Renforcement de la législation

Le 8 mars 2002, à Suva, un groupe de femmes des Iles Fidji, accompagné de leurs filles, a présenté au chef du Gouvernement, Ratu Josefa Lloilo, une pétition demandant un renforcement de la législation contre les viols et les abus sexuels. En effet, ces derniers n'ont cessé d'augmenter de façon spectaculaire au cours des années, encouragés par le laxisme des lois.
La représentante du Conseil National des Femmes, Susana Evening, a demandé au Président en personne son soutien pour ce qu'elle a qualifié comme un " grave problème national ".
Il leur a assuré que cette pétition serait remise au procureur général pour une révision du code pénal. Cette pétition qui a reçu 3000 signatures fut le fer de lance de cette journée de la Femme aux Iles Fidji, action qui été relayée par les médias locaux.

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Guatemala

Un rapport de l'organisation humanitaire Human Rights Watch (HRW) vient de paraître dénonçant la discrimination qui a lieu au Guatemala contre les ouvrières ainsi que les contrats passés par des firmes américaines avec les " maquilas " guatémaltèques. Ce rapport examine les deux secteurs que sont l'industrie d'exportation et les emplois domestiques. En effet, des dizaines de milliers de femmes guatémaltèques fabriquent des vêtements, vendus aux Etats-Unis, ou travaillent comme domestiques pour des particuliers. Le rapport intitulé " De la maison à l'usine : discrimination sexuelle contre les ouvrières guatémaltèques " révèle également que des entreprises américaines passent des contrats avec des entreprises d'export (maquilas) qui se livrent à des discriminations à l'égard des femmes, spécialement si elles sont enceintes.
En effet, le code du travail guatémaltèque protège habituellement les ouvrières de ce type de discrimination mais il est rarement appliqué dans le secteur de l'exportation. Par ailleurs, les femmes et les adolescentes travaillant chez des particuliers ne bénéficient d'aucune couverture légale appropriée et font fréquemment l'objet de harcèlement sexuel et d'autres abus.
Ainsi, non seulement le gouvernement guatémaltèque ne fournit pas aux ouvrières la protection dont elles ont besoin, mais en outre des firmes américaines bien connues (Wal-Mart, GEAR for Sports, Lee Jeans...) ne respectent pas leurs propres codes de conduite qui leur interdit de traiter des affaires avec des firmes coupables de telles violations des droits humains. Comme le déclare LaShawn R. Jefferson, directrice de la division Droits des Femmes auprès de HRW, " ce sont les droits que nous devons mondialiser et non la discrimination... "

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Australie

Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International, a déclaré à l'occasion de la Journée internationale de la femme : " Les violences contre les femmes constituent une des formes les plus répandues et pourtant les plus occultées d'atteintes aux droits humains dans le monde entier. En situation de conflit ou d'instabilité politique, aux mains de représentants de l'État, dans leur foyer et au sein de la collectivité, l'intégrité physique, notamment sexuelle, et mentale des femmes demeure menacée dans toutes les régions du monde et sous les régimes politiques les plus divers ". Elle dénonce la passivité de la communauté internationale qui n'intervient pas suffisamment pour faire cesser ces exactions soit pour des raisons politiques, soit parce qu'il est trop difficile d'agir directement auprès des états. Elle souligne la difficulté qu'ont ces femmes qui veulent fuir les violences familiales dont elles sont l'objet, à demander asile auprès d'autres états.
En effet, ceux-ci ne reconnaissant pas les pratiques de viols et de violence sexuelle comme une atteinte à leurs droits fondamentaux, ils leur refusent le statut de réfugiées. Elle déclare que c'est aux états de mettre tout en œuvre pour défendre leurs droits face aux abus perpétrés par les représentants de la loi, par la collectivité ou dans le cadre familial.

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Kenya

Tous les jours, de nombreuses femmes sont victimes de viols et de violences physiques commis par des membres des forces de sécurité ou par des particuliers sur tout le territoire kenyan. Mal protégées par une loi qui ne punit pas les coupables et par des traditions familiales entachées d'obscurantisme, elles sont obligées de se taire et de souffrir en silence. " Le viol constitue une forme de torture lorsque les autorités n'assument pas leurs responsabilités en omettant de protéger les victimes, d'enquêter sur les violences dont elles ont fait l'objet et de leur accorder réparation. L'État kenyan doit modifier ses lois et ses pratiques pour mettre fin à l'impunité dont bénéficient les auteurs de violences commises contre des femmes, et pour s'acquitter des obligations qui lui incombent en vertu du droit international relatif aux droits humains ", a indiqué Amnesty International.
La législation kenyane doit être révisée afin que tous les actes de violence à l'égard des femmes constituent des infractions de droit commun. Des mesures doivent être prises pour empêcher les pratiques discriminatoires exercées par la police, l'administration pénitentiaire et l'appareil judiciaire.
Les Kenyans vont bientôt voter pour élire leur président et leurs députés. Les électeurs ont ainsi la possibilité de voter pour les candidats qui s'attacheront à ce que les droits des femmes ne soient plus bafoués. Espérons qu'ils en tiendront compte !

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Soudan

Les femmes ont-elles vraiment les mêmes droits que les hommes ?

Sania Hamza a le privilège d'être l'une des rares femmes juges de son pays. Elle siège même à la Cour Suprême du Soudan. Récemment, elle était en visite à Londres, au British Council, avec d'autres collègues. A cette occasion, elle a déclaré que les femmes soudanaises disposaient des mêmes droits que les hommes, tant dans la loi que dans les faits. " Nous conduisons nos voitures, nous avons les mêmes possibilités que les hommes et beaucoup de postes dans l'administration sont occupés par des femmes. Elles sont aussi pharmaciennes, docteurs et nous avons même une femme ambassadeur... "

Les défenseurs des droits humains voudraient bien croire aux propos de madame Hamza. Malheureusement, la réalité est tout autre... Le 14 mars dernier, lors de la Convention des Femmes Soudanaises, Muna Khugali, l'organisatrice, demandait que les femmes soient enfin représentées au Parlement et bénéficient du même accès que les hommes à l'éducation et d'un salaire équivalent. Elle a sollicité l'aide de la communauté internationale pour faire avancer la cause des femmes dans son pays, lequel n'a pas de ministre de la condition féminine. " Le temps viendra où le gouvernement devra écouter les femmes car l'oppression ne pourra pas durer éternellement ", a-t-elle déclaré.

Que madame Hamza ne nous en veuille donc pas si nous accordons davantage de crédit aux revendications de Muna Khugali qu'à ses propres déclarations. Il doit en effet être particulièrement difficile de dire ce que l'on pense vraiment lorsque l'on occupe un poste aussi élevé dans la société soudanaise et que l'on est sujet aux pressions du pouvoir...

Alors, ne nous laissons pas abuser. Nous ne pouvons oublier que le gouvernement du Soudan impose actuellement la Charia à l'ensemble du pays, y compris aux non musulmans. La loi islamique (telle qu'elle y est interprétée) se rend ainsi coupable de graves violations des droits fondamentaux de la personne humaine telles la flagellation (y compris sur les enfants), l'amputation des mains, la peine de mort etc.
De plus, s'agissant spécialement des femmes, la Charia codifie soigneusement leur soumission. Elle interdit, par exemple, à une jeune femme, de se marier sans l'accord de son gardien (le parent en charge de sa surveillance). Et même si Sania Hamza indiquait à la presse britannique qu'une jeune fille peut entreprendre une action en justice en cas d'opposition à son mariage, on imagine facilement à quels dangers elle s'exposerait en bravant ainsi sa propre famille... Bref, la burkha et le tchadri ne sont pas les seules voiles qui oppriment les femmes, il faut aussi compter avec l'écran de fumée dont l'enveloppent les états.

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Botswana

Chaque semaine, 25 femmes sont victimes de viols au Botswana alors que seulement 15 violeurs sont arrêtés. Prenant la parole à la suite d'une manifestation de protestation contre le viol à Molepolole, Norman Moleboge, préfet de police, a déclaré que " les femmes se sentaient humiliées et souillées après un viol et devenaient souvent suicidaires ". Il a également signalé une augmentation des cas d'incestes, appelant la population à considérer cette pratique comme criminelle. Les départements de la police et de l'éducation du Botswana travaillent actuellement à l'introduction d'une loi contre ceux qui mettent enceinte une mineure de moins de 16 ans. Les personnes HIV négatives encourent ainsi une peine de 10 ans de prison, tandis que les individus HIV positifs risquent 15 ans d'emprisonnement.

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Malawi : des femmes sans ressource vendent leurs enfants...

En février dernier une habitante du Malawi a tenté de vendre trois de ses cinq enfants dans le but de pourvoir à leur alimentation. Un de ses enfants était déjà mort par suite de la famine. " Si je garde mes enfants avec moi, ils mourront. Ils ont plus de chance de survivre chez d'autres personnes ", a expliqué Margaret Phiri, abandonnée trois ans auparavant par son mari. Heureusement, des travailleurs sociaux l'ont pris en charge, lui donnant de la nourriture et de l'argent pour retourner dans son village. D'autres femmes privées de ressources n'auront pas eu cette chance... A l'heure actuelle, le Malawi est frappé par une réduction des stocks de nourriture, due à d'importantes inondations, affectant 70% de sa population.

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Taiwan

Une nouvelle loi vient d'être promulguée sur l'égalité des sexes dans le travail que ce soit dans le domaine public comme dans le privé. En application depuis le 8 mars dernier, cette loi devrait profiter à plus de 10 millions de femmes qui ont un emploi et pourrait réduire considérablement leur stress.
Elles seront protégées contre le harcèlement sexuel des dirigeants, pourront bénéficier d'un congé payé de maternité pendant 2 ans et recevront un salaire égal à celui des hommes pour un même travail.
Cette nouvelle loi interdira certaines pratiques comme le fait d'embaucher principalement des employées célibataires ou de renvoyer les femmes qui se marient ou qui tombent enceintes.
Le Council of Labor Affairs (CLA) a mis en place, pour les victimes de harcèlement sexuel, une ligne téléphonique d'urgence et un site Internet. Bientôt seront créées des garderies subventionnées par l'état pour les enfants des femmes qui travaillent... De bonnes lois qui devront être scrupuleusement appliquées. Mais cela est une autre histoire !

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Bahreïn

Une campagne a été lancée par la Bahreïn Young Ladies Association pour sensibiliser les femmes et les inciter à prendre une part active dans les élections municipales qui se tiendront le 9 mai prochain. La présidente de l'association, Nadia Al Maskati a déclaré : " Nous avons enfin l'opportunité, après plus de quarante ans, de prendre part, sans discrimination, à la vie de la nation. Nous avons cette rare occasion de jouer un rôle équivalent à celui des hommes, alors il est temps que chacune la saisisse ". En outre, elle encourage les femmes à rester positives et à avoir confiance en l'avenir. De nombreuses femmes, même les plus cultivées, ne connaissent pas leurs droits que ce soit en tant que candidates ou en tant qu'électrices. C'est pourquoi, celles-ci sont encouragées à se débarrasser de leurs conditionnements traditionnels et à braver les freins émis par la tradition pour venir participer au développement de leur pays.

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Kenya

Plus de 47% des meurtres ayant eu lieu dans ce pays en 2001 provenaient de la violence domestique. Celle-ci est ainsi devenue la violation la plus courante des droits humains, d'après la représentante de la Fédération des Femmes Juristes du Kenya. En effet, sur 62 meurtres commis entre janvier et septembre, 29 révélaient le cas de maris ayant assassiné leur épouse. Le ministre de la santé a déclaré que le manque de formation des obstétriciens et des médecins des services d'urgence constituait le plus grand obstacle à l'identification des cas de violences domestiques. " Il existe une tendance à ne pas considérer la violence domestique comme un problème médical ", a-t-il ajouté.

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Nigeria

Des nouvelles encourageantes circulent au sujet du sort de Safiya Yakubu Hussaini, cette femme nigériane qui avait été condamnée à mort par lapidation après avoir été accusée d'adultère, sans preuve. Elle avait été jugée par la cour de justice de Sokoto au Nord du Nigeria qui applique les lois fondées sur la Sharia. Son cas avait attiré l'attention de la communauté internationale à travers des organisations et des associations œuvrant en faveur des droits humains et pas moins de 20 avocat(e)s la défendaient lors de la révision de son procès le 18 mars dernier. Après avoir entendu les plaidoiries des avocats, le juge a annoncé qu'il rendrait son verdict le 25 mars...
Dernière minute : une annonce du responsable de Womens Rights Watch Nigeria nous apprend que Safiya Yakubu a été acquitée !

Mais dans le même temps, dans l'état de Katsina, une autre femme de 35 ans nommée Amina Lawal s'est vue condamnée à mort par le tribunal pour avoir eu des relations avec un homme de son village sans être mariée... L'action de la communauté internationale qui a permis l'acquitement de Safiya, pourra-t'elle, cette fois encore, sauver la vie d'Amina ? Une tension humaine qui côtoie l'effroi !

---------- A suivre...
L'équipe rédactionnelle de Fraternet



Analyse : La femme en Azerbaïdjan (étude 2001)


Propulsé vers l'indépendance au lendemain de la dissolution du bloc soviétique, l'Azerbaïdjan dut rapidement faire face à une désorientation politique, économique et sociale. Les années de conflit qui s'en suivirent avec l'Arménie, relatives à l'autonomie de l'enclave du Haut-Karabakh, n'ont fait qu'aggraver son affaiblissement, dissimulant, tant bien que mal, le dernier théâtre américano-russe de la pathétique et obsolète " guerre froide ". Depuis 1993, l'Azerbaïdjan, avec le Président Gueïdar Aliev au pouvoir, essaye de concilier les démons de l'héritage communiste avec ceux des jeunes républiques de l'ex-URSS encore fragiles et divisées, enclines à la corruption.

Dans sa volonté de s'ouvrir aux investisseurs étrangers afin de relancer son économie, le gouvernement s'est parallèlement acquitté de la signature de certains traités relatifs aux droits humains concernant particulièrement l'abolition de la peine de mort ainsi que la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes. Il faut bien le reconnaître, les droits des femmes azéries sont établis et enrichissent divers paragraphes de la constitution. Ainsi, la loi garantit aux femmes le plein usufruit des droits humains et interdit, de la même façon, la discrimination. Le gouvernement s'est également engagé à faire intervenir des ONG dans la réalisation des objectifs qui avaient été fixés lors de la conférence de Beijing en 1995. Et, sur le papier, l'Azerbaïdjan fait figure de bon élève face à ses pays voisins directs : la CEDEF a été traduite en azéri et a été largement diffusée ; six centres régionaux de planning familial ont été créés dans le but d'offrir des conseils et un suivi aux femmes et aux hommes en matière de santé et de reproduction ; un comité d'état sur les questions relatives aux femmes et à leur sexospécificité a vu le jour ; leur taux de scolarisation et d'instruction est égal voire supérieur à celui des hommes ; leur pourcentage de participation resterait relativement élevé dans le processus décisionnel au sein des entreprises et du secteur public. L'Azerbaïdjan serait-il pour autant un paradis pour les femmes ? Loin s'en faut ! Il existe malheureusement un fossé entre l'égalité de droits et l'égalité de faits : une sorte d'insuffisance dans la mise en œuvre des bonnes intentions et de ce qui est écrit. Ainsi, par exemple, lorsque la constitution proscrit la discrimination à l'égard des femmes, elle n'en définit pas les formes. Les conséquences qui en découlent sont déplorables en matière de condamnation des pratiques discriminatoires courantes encore véhiculées par des attitudes patriarcales très enracinées. La violence domestique reste alors un sujet tabou qui a du mal à sortir de l'enceinte des maisons, des familles. De même, il n'existe aucune loi spécifique condamnant le viol marital alors que le viol, en général est, lui, condamné sans arriver à s'impliquer concrètement dans les affaires familiales. Dans les zones rurales, le problème est encore pire puisque peu de femmes ont connaissance de leurs droits. Par ailleurs, bien qu'il n'y ait aucune restriction à l'encontre des femmes concernant leur participation à la scène politique du pays, les normes sociales traditionnelles restreignent toujours leur représentation à des postes élevés.

Autre phénomène important et douloureux pour l'Azerbaïdjan et dont le gouvernement ne peut être fier, reste le nombre considérable de personnes déplacées en raison du conflit qui a opposé les azéris aux arméniens et dont la grande majorité sont des femmes et des enfants. Ces êtres semblent avoir été quelque peu oubliés par les autorités au pouvoir, si bien que leur situation précaire perdure dans un pays où les familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté forment l'essence même de la population.

En outre, le trafic de femmes en vue d'alimenter le marché de la prostitution en Europe et en Amérique du Nord fait de l'Azerbaïdjan un point de source et de transit pour des milliers de filles de l'Est. Certaines d'entre elles sont même poussées par leur propre famille à se prostituer afin de garantir des fins de mois meilleures. Heureusement, deux ONG participent à sensibiliser la population, principalement de la capitale Bakou, lors de conférences publiques sur la dégradation de l'intégrité humaine que cette pratique entraîne pour la femme mais aussi pour les familles. Une des conséquences directes de cette déroute sociale est le nombre alarmant de cas d'avortements illégaux entraînant bien souvent le décès de l'enfant ou de la mère. Ce trafic de personnes et ses conséquences sur les individus sont, pour ainsi dire, ignorés des autorités gouvernementales.

L'Azerbaïdjan est le type même de pays qui subit de plein fouet la déstabilisation causée par un sevrage forcé des décennies communistes et sa mutation vers l'édification d'une démocratie et d'une économie de marché. Les tentations sont grandes et les priorités parfois inversées tant cette même société semble exploser de toutes parts. Gérer un pays comme celui-là demande des autorités au pouvoir de tout mettre en œuvre pour assurer l'intérêt premier du citoyen et de la reconstruction de leur identité meurtrie. Les lois votées dans ce sens sont indispensables pour redonner vie et espoir à un peuple froissé. L'acharnement déployé pour les appliquer en est bien plus essentiel. En d'autres termes : que les volontés soient écrites, oui, mais surtout accomplies !

Thierry



Chiffres (Azerbaïdjan)


* Il y a 11 femmes membres du parlement qui en compte 125 au total.

* Dans la seule année de 1999, les statistiques de polices ont révélé que les viols ou tentatives de viols ont augmenté de 50% dans les 6 premiers mois de l'année.

* Il existe plus de 30 maisons de prostitution illégale dans la seule capitale de Bakou.

* Les ONG estiment à plus de 1 million le nombre de personnes réfugiées et déplacées à l'intérieur même du pays suite au conflit opposant l'Azerbaïdjan et l'Arménie pour la province du Haut-karabakh.

* Les femmes occupent 20% des postes de direction dans les entreprises.

* Les femmes constituent 51% de la population azérie.

* Plus de 70% des femmes sont institutrices ou professeurs dans les universités.

* Seulement 22% des femmes sont employées dans le secteur de production économique. La peine de mort est abolie (sauf pour crime de guerre jugé grave).


Source analyse et chiffres : ONU, US dept, Amnesty, UNCHR, UNESCO
Photo : "All the web" media search





Portrait de femme


SIMA SAMAR

Femme de 45 ans appartenant à l'une des ethnies le plus persécutées d'Afghanistan, médecin, mère de famille à l'allure moderne et déterminée, Sima Samar est revenue à Kaboul après dix sept ans d'exil au Pakistan pour s'occuper de la condition féminine. Sa nomination à la conférence inter-afghane de Bonn en tant que vice Premier ministre et ministre des femmes au sein du gouvernement intérimaire de l'Afghanistan annonce sans aucun doute une amélioration des conditions de vie des filles et des femmes afghanes.

Contrainte au mariage à 18 ans pour pouvoir étudier la médecine à l'université de Kaboul, Sima Samar s'engage avec son mari dans la résistance contre les Soviétiques qui envahissent l'Afghanistan en 1979. A la mort de son mari, elle termine ses études et apporte son soutien à la résistance en tant que médecin des moudjahidin. Puis, comme des milliers de réfugiés afghans, elle s'exile en 1984 à Quetta, à la frontière pakistanaise, promulguant des cours d'alphabétisation et d'hygiène particulièrement aux fillettes privées d'éducation par les talibans. C'est donc au Pakistan qu'elle fonde en 1989 une organisation non gouvernementale, Shuhada, " Martyrs ". Soutenue notamment par l'Unicef et l'Organisation Mondiale de la Santé, l'ONG œuvre pour la reconstruction et le développement de l'Afghanistan en assurant un soutien médical et scolaire dans les régions rurales. Au Pakistan, Sima Samar gère également des écoles, des hôpitaux ainsi qu'un institut scientifique ayant pour mission de former des assistantes et auxiliaires médicales et des professeurs de sciences aptes à dispenser des soins de santé et des programmes d'éducation en Afghanistan. Malgré l'arrivée au pouvoir de talibans en 1996 et les interdictions imposées aux femmes de travailler, d'étudier, d'être soignées par des hommes..., malgré de nombreuses menaces de mort et la destruction d'une de ses écoles et de deux de ses hôpitaux, Sima Samar ne s'est jamais laissée intimider. Sa détermination autant que sa notoriété au sein de la communauté ont ainsi permis à ses établissements de poursuivre leur tâche.

Aussi, pour ses 20 ans de lutte contre l'invasion soviétique et contre les fondamentalismes dont celui des talibans et surtout, pour son combat en faveur des droits des femmes et des jeunes filles en Afghanistan comme dans les camps de réfugiés, elle a reçu en 2001 le prix John-Humphrey pour la liberté. Aujourd'hui, cette femme au courage exceptionnel retrouve un pays traumatisé par les moudjahidin et surtout par les talibans. Prête à œuvrer pour le retour de la paix et de la sécurité, le nouveau ministre de la Condition Féminine s'est fixé comme priorité la reconstruction du système d'éducation et la reconnaissance des femmes dans leurs droits. " Je continuerai mon travail, dit-elle, afin que les droits des femmes en Afghanistan soient reconnus comme des droits humains. "

Pour cela, elle n'hésite pas à conscientiser la communauté internationale en faveur de la lutte contre la violence et l'oppression reprochant aux Etats-Unis d'avoir entraîné et financé les éléments les plus extrémistes des mudjahidin lors de l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques et d'avoir ainsi laissé son pays sombrer dans le chaos après le retrait des troupes soviétiques. Elle demande donc aujourd'hui un engagement à long terme de la part de la communauté internationale pour permettre un redressement de son pays et en particulier une restauration complète des droits des femmes rappelant qu'elles "ont plus besoin d'argent comptant que de compassion ! " Car pendant qu'elle lutte pour obtenir des fonds nécessaires au fonctionnement de son ministère, des enfants continuent de mourir de froid et de faim et des femmes sont toujours réduites à la mendicité. Le défit à relever est colossal mais Sima Samar entend bien s'y atteler de toutes ses forces. On sait que rien n'arrêtera cette femme au courage exceptionnel dont l'engagement ne peut que forcer l'admiration et susciter l'appui de la communauté internationale.

Pascale

 

A bientôt !
Thierry


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