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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 18

Edito


Chères lectrices, chers lecteurs

Les événements en Afghanistan se précipitent, tous azimuts. La conférence de Bonn tente d'envisager un lendemain politique cohérent au conflit. Les bombardements au sud du pays se poursuivent et les négociations pour la mise en place d'une force d'interposition internationale rencontrent des obstacles au sein de chaque représentant, qu'il soit politique, humanitaire ou militaire. Autant dire la nécessité absolue pour les différentes forces en présence jouant un rôle dans la reconstruction de l'Afghanistan de choisir avec minutie leurs matériaux ainsi que leurs produits de liage et de consolidation. Sans quoi, l'édifice s'écroulera à la première tempête de sable !
Un petit tour du monde sur la situation des femmes nous permettra de ne pas nous enliser, nous aussi !

Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite bonne continuation dans votre lecture.

Thierry


Actualités
... du 7 au 30 novembre 2001

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Nations Unies

Le 7 novembre dernier, Paula Escarameia du Portugal et Xue Hanqin de la Chine sont devenues les premières femmes jamais choisies par l'assemblée générale des Nations Unies pour faire partie de la Commission Internationale du Droit vieille de 55 ans. Cette Commission Internationale du Droit a été établie par l'assemblée générale en 1947 pour favoriser le développement progressif du droit international et de sa codification. La Commission, qui se réunit annuellement, se compose de 34 membres qui sont élus par l'assemblée générale pour un mandat de cinq ans et qui y siègent grâce à leurs capacités individuelles en matière de droit et non pas comme représentants de leur gouvernement respectif. L'article 8 du statut de la Commission Internationale de Droit prévoit que les personnes élues à la Commission doivent individuellement posséder les qualifications requises (c'est-à-dire les compétences identifiées dans le droit international comme indiqué dans l'article 2) et que la Commission, dans son ensemble, devrait assurer la représentation des formes principales de la civilisation et des principaux systèmes légaux du monde. La majeure partie du travail de la Commission se concentre dans la préparation des ébauches sur des sujets de droit international &

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Le 25 novembre a eu lieu la commémoration du deuxième anniversaire de "La journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes". C'est à cette occasion que M. Han Seung-Soo, avocat sud-koréen, a rappelé l'engagement des nations à éliminer la violence commise à l'encontre des femmes du monde entier. Il a ainsi énuméré des chiffres que nous connaissons déjà, à savoir que selon les pays, 25 à 75 % des femmes sont régulièrement battues au sein de leur foyer, que chaque année, environ 2 millions de filles, âgées de 5 à 15 ans, sont introduites sur le marché du sexe & et que la violence à l'égard des femmes constitue un crime contre l'humanité.

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Mexique

Discussion sur la légalisation possible de l'avortement &

L'institut national mexicain de la santé a initié une conférence régionale de trois jours à laquelle des fonctionnaires de la santé de vingt états fédéraux ont participé afin de discuter de la possibilité de légaliser le droit à l'avortement. Plus de 250 fonctionnaires de la santé qui ont pris part à la conférence de Cuernavaca, au Mexique, ont débattu sur le sujet. Des opposants à cette conférence ont demandé au Président Vicente Fox d'annuler ce rassemblement. L'organisation mondiale de la santé (OMS), de son côté, invitée à s'exprimer au cours de cette réunion, a encouragé le Mexique à considérer sérieusement ces propositions consistant à légaliser l'avortement dans leur pays. Afin d'illustrer sa prise de position, l'OMS a révélé que, selon des estimations, près de 80.000 femmes meurent annuellement des suites d'avortements illégaux, une grande proportion touchant les pays latino-américains. Un représentant de l'OMS, Alex Mundigo, a également signalé le besoin des femmes de pouvoir donner leur avis en matière d'avortement. Celui-ci doit être discuté au cours d'un forum public afin de permettre aux femmes, qui représentent plus de la moitié de la population, de décider par elles-mêmes d'avorter ou non, avec l'aide d'un soutien psychologique préalable &

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Nigeria

La directrice du conseil d'assistance judiciaire du Nigeria, Mme Uju Aisha Hassan Baba, a dénoncé l'incapacité tragique du système législatif actuel à traiter les problèmes relatifs à la violence domestique. Les viols et les agressions dont sont victimes les Nigérianes au sein de leur foyer sont même en augmentation. Mme Hassan Baba a ajouté qu' " au Nigeria, aucune attention particulière n'a été prêtée aux femmes dans l'édification des lois. Les droits des femmes, destinés à être protégés par nos lois, sont généralement très minimes comparés à d'autres pays ". Par ailleurs, la loi propagée par la Sharia est aussi à l'origine de discriminations au niveau de la justice. Des époux accusés d'actes de violence sur leurs femmes ont vu leur condamnation fortement allégée lorsque cette loi religieuse a été évoquée &

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Inde

Le président actuel de l'Inde, M. K. R. Narayanan, a déclaré, lors de l'inauguration de la huitième conférence "Indira Gandhi", qu'il fallait établir clairement les étapes nécessaires pour réaliser l'égalité des genres dans la société indienne et permettre ainsi de combattre l'exclusion et la discrimination. Il a rappelé que les femmes ont joué un grand rôle dans la société par le passé au moment de la lutte pour l'indépendance face aux anglais. Pour illustrer ses propos, il s'est appuyé sur un manuel écrit par le Mahatma Gandhi, en 1922, dans lequel figuraient les étapes pour que les hommes et les femmes soient égaux devant les obligations domestiques et familiales &
Force est de constater que depuis 1922, les étapes ne sont toujours pas franchies !

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Afrique du sud

"Une décision gouvernementale doit être prise afin de sauver les nouveau-nés atteints du SIDA !". C'est ce qu'ont réclamé des avocats et des activistes atteints de la maladie du SIDA en demandant au gouvernement sud-africain, lors d'un procès, de légaliser et de distribuer dans tout le pays le remède Nevirapine qui permettrait de réduire le nombre des décès de bébés. En effet, environ 200 nouveau-nés par jour naissent HIV positifs en Afrique du sud. "C'est une question de vie ou de mort" a lancé Gilbert Marcus, l'avocat des activistes, à la Haute cour de Pretoria. Il a également réclamé au gouvernement de mettre en place une politique de soins et de prévention destinée à porter une attention particulière aux femmes enceintes qui seraient séropositives. La Nevirapine a déjà été employée dans d'autres pays d'Afrique avec succès afin de réduire les risques de transmission entre la mère et l'enfant. D'autres mesures devront être instaurées au niveau de l'allaitement naturel. Le risque étant là aussi réel, une campagne visant à promouvoir l'allaitement artificiel devrait être lancée &

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Iran

Une réalisatrice iranienne, Tahmineh Milani, arrêtée en début d'année, risque d'être condamnée à mort si elle est jugée coupable par le Conseil Révolutionnaire Iranien de supporter les groupes anti-révolutionnaires à l'extérieur de l'Iran et de menacer ainsi la sécurité nationale par l'utilisation de son art. Le film du délit est son dernier long métrage qui relate les tensions survenues en Iran après la révolution islamique de 1979. Bien que le ministère de la culture l'ait approuvé, qu'un juge n'a rien trouvé d'anti-fondamentaliste dans son contenu et que le Président Mohammed Khatami lui-même ait soutenu la réalisatrice à la suite de son arrestation, son avenir reste toujours incertain, entre les mains du Conseil. Plusieurs réalisateurs du monde entier, tels que Francis Ford Coppola, Martin Scorcese ou encore Ali Kazimi, ont exprimé leur soutien à Mme Milani. Tahmineh Milani est une féministe et une réalisatrice bien connue en Iran &

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Turquie

L'égalité fait son entrée dans le système de loi turc.

En effet, le parlement turc a révisé son code civil régissant les droits de la société en identifiant formellement l'égalité des femmes par rapport aux hommes. Grâce à cette révision du code, les femmes ne devront plus demander la permission à leur mari pour travailler en dehors du foyer familial. Les femmes mariées bénéficieront dorénavant des droits de propriété et pourront garder leur premier nom si elles le désirent. Elles pourront demander le divorce si leur mari commet l'adultère et auront droit à la pension alimentaire et à la prime de compensation prévue à cet effet. Une association luttant en faveur des droits des femmes en Turquie a qualifié cette révision du code civil comme "un tournant historique" dans la société turque. Elle a cependant rappelé que les vieux modes de pensée relatifs au rôle des femmes devront changer avant que la véritable égalité se réalise en Turquie. Le code révisé entrera en vigueur le 1 janvier 2002.

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Bruxelles/femmes afghanes

Je vous relaie une information importante émanant du LEF (Lobby Européen des Femmes) :

UN SOMMET DES FEMMES AFGHANES POUR LA DÉMOCRATIE À BRUXELLES

"En ces temps de terrorisme international et de guerre qui ont placé l'Afghanistan au centre du conflit mondial, la voix des femmes doit être entendue dans le cadre des délibérations politiques actuelles et nous avons décidé de saisir ce défi", a déclaré la Présidente du LEF, Denise Fuchs. Le Lobby européen des femmes, Equality New et V-Day, en collaboration avec UNIFEM, après consultation des femmes afghanes, en solidarité avec elles et en vue de faire entendre la voix des femmes afghanes dans le discours politique international sur l'Afghanistan, accueillent le :

"Sommet des femmes afghanes pour la démocratie qui se tiendra à Bruxelles du 4 au 6 décembre 2001"

50 dirigeantes afghanes, largement représentatives des femmes et des groupes de femmes d'Afghanistan, participeront au sommet.

Il sera présidé par la juge Navanethem Pillay, Présidente du Tribunal Pénal International pour le Rwanda des Nations unies. Le sommet sera fermé au public et à la presse. Cependant, une session d'ouverture sur invitation de même qu'une conférence de presse de clôture auront lieu.

Pour plus d'informations, contacter Colette De Troy, Centre Politique du LEF contre les Violences envers les Femmes ou Cécile Gréboval, Coordinatrice politique du LEF, Bruxelles (+32 2 217 9020 - greboval@womenlobby.org)


---------- A suivre...



Analyse : Qui a sauvé les femmes afghanes ?


Le 12 novembre dernier, la nouvelle était confirmée : les Talibans avaient déserté Kaboul et les troupes de l'Alliance du Nord étaient entrées dans la capitale de l'Afghanistan, aidées dans leur avancée par les bombardements incessants des avions américains et britanniques.
Aussitôt, des images, relayées par les médias du monde entier, montraient des femmes et des hommes "à visage découvert" ! Les unes libérées de leur voile - la burka - les autres débarrassés de leur barbe, signes distincts qui marquaient la fin de la terreur imposée par le régime des Talibans depuis 5 ans. Nous pouvions distinguer des sourires, craintifs pour certains, incrédules pour d'autres, qui se mélangeaient au sein de cette population meurtrie. Les premiers citoyens interrogés louaient l'intervention américaine. Des femmes jetaient leurs souffrances, issues de 20 ans de guerre et de 5 années d'enfermement total, aux objectifs des caméras des télévisions étrangères qui pouvaient filmer les premières expressions de leur visage dévoilé. Et l'apparence de ce peuple affranchi forçait au respect et à une forme de soulagement international, universel, dicté par la conscience - ou l'inconscience - collective.

Il serait malvenu en effet de ne pas se réjouir du nouveau tournant que prennent les événements en Afghanistan. Ainsi, pas un jour, pas une heure ne se passe sans qu'une nouvelle soit éditée dans les colonnes des quotidiens internationaux, focalisée sur la récente évolution des conditions des femmes afghanes et sur ce profond espoir qu'elles ont de pouvoir participer à la reconstruction politique et sociale d'un Afghanistan tout neuf et apaisé. Cependant, derrière les cris de joie épars et les manifestations de femmes dans les rues de Kaboul, une autre voix se lève, depuis plusieurs semaines déjà, une sorte de "oui, mais &" lancé par des ONG afghanes et étrangères Suvrant sur le terrain. A leur tête, RAWA, l'organisation des femmes afghanes la plus connue dans le monde entier. Et que dit RAWA à travers la multitude de ses porte-parole et de leurs déclarations ? Sur quels points importants nous attirent-elles, ces femmes qui, clandestinement depuis 5 ans (24 ans depuis la création de l'organisation), ont essayé de décrire, à ceux qui voulaient les entendre - ceux qui semblent les écouter aujourd'hui, sont les mêmes qui, il y a 6 mois encore, restaient sourds à leurs appels - la prison de tissu dans laquelle vivaient les femmes ? Elles nous expriment leurs inquiétudes, alors que le monde entier, le pouvoir américain en premier, semble se réjouir de la situation et s'engage de manière quelque peu théâtrale dans la cause des femmes afghanes. "Le retrait des Talibans de la capitale Kaboul est une chose positive. Mais l'arrivée des "violeurs" et "pilleurs" de l'Alliance du Nord dans la ville constitue une choquante et terrible nouvelle pour près de 2 millions d'habitants qui gardent en mémoire les années comprises entre 1992 et 1996 comme des plaies toujours ouvertes". Des milliers de personnes avaient manifesté dans les rues de Kaboul durant les deux derniers mois afin de clamer leur terreur de voir arriver au pouvoir les hommes de l'Alliance du Nord.

D'ailleurs, depuis que les troupes de l'Alliance ont pris le dessus sur celles des Talibans, les exactions à l'encontre des résistants arabes et les exécutions sommaires sont légion au point que les ONG ne cessent de sonner l'alarme aux oreilles des dirigeants du monde occidental qui sont directement ou indirectement impliqués dans cette opération militaire en Afghanistan. Le charisme du commandant Massoud avait pourtant, en apparence, humanisé ces seigneurs de la guerre et du massacre, ces lions, négociant aguerris de l'opium, connus dans le monde entier depuis des décennies et dont le commerce a financé en partie leur guerre et leur résistance ?

Non, le peuple afghan, et les femmes afghanes en particulier, centre des débats actuels dans la volonté d'édification d'une future nation pluriethnique, ne peuvent toujours pas prétendre à une vie meilleure. Tant qu'ils serviront d'arguments politiques, soit pour mener des actions militaires inconsidérées, soit pour redorer l'image de certains dirigeants occidentaux, leur existence ne sera qu'un mirage, un stratagème "utile" entre les mains des puissants de ce monde plus intéressés par les enjeux économiques de la région que par l'éradication du terrorisme international ! Oui, la réalité est bien là : les êtres humains, les Afghans en tant qu'individus, n'ont, en vérité, que peu d'importance face aux préoccupations énergétiques et géo-économiques des pays riches, soucieux de préserver, coûte que coûte, leur niveau de vie élevé et leur confort. En effet, ce pays est un lieu particulièrement stratégique et riche - qui pourrait le croire ? - dont l'Est et l'Ouest se disputent la mainmise depuis plus de 40 ans.

A l'heure où la conférence interafghane se déroule à Bonn en Allemagne et à laquelle 3 femmes ont été autorisées à participer, certaines tensions entre les différentes délégations des groupes ethniques peuvent être relevées. A l'heure où de profonds désaccords surgissent entre les différentes factions afghanes, les organisations humanitaires et les forces américaines sur le déploiement d'une force internationale en Afghanistan, des bombardements violents se poursuivent au sud du pays dans le but de déloger les derniers résistants Talibans. Pendant que la fanfare militaire défile en surface, les autorités dirigeantes des pays développés composent une mélodie "stratégique" en sous-sol !

Les femmes afghanes ne sont pas encore sauvées, non ! Et de ceux qui s'affranchiront de cette noble tâche, dans un esprit de non-violence et de respect absolu de toutes vies humaines, nous n'en connaissons toujours pas le visage ! Mais serons-nous capables de les reconnaître un jour ? C'est une question de choix, une question d'humanité.

Thierry



Chiffres (rappel réfugiés)


* On estime à 3 millions le nombre d'Afghans déplacés et parmi ceux-là, 1,5 million sont réfugiés au Pakistan,

* Approximativement 85 % des réfugiés sont des femmes et des enfants,

* En janvier 2001, plus de 400 personnes réfugiées sont mortes de froid au Nord du pays,

* Depuis le début de la guerre, on prévoit près de 400 000 réfugiés supplémentaires répartis entre le Pakistan et l'Iran.



 

A bientôt !
Thierry


Les archives "FDDF" existent enfin !!
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