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Chères lectrices, chers lecteurs,
Voici
donc, en alternance avec le numéro consacré à
l'actualité en matière de droits des femmes, une analyse
sur la condition des femmes dans un pays. Aujourd'hui, ce sera le
Cameroun.
Le
Cameroun compte un peu moins de 15 millions d'habitants pour une
superficie de 475 500 km². Sa capitale est Yaoudé, mais
la capitale économique se nomme Douala, au sud-ouest, au
bord du golfe de Guinée. Le président actuel est Paul
Biya. Les langues principales parlées sont le français
(75%) et l'anglais (25%). Quelque 200 dialectes dont le pidgin,
le bamiléké ou le moundang sont toujours en vigueur
dans les zones rurales. Les communautés religieuses sont
composées de 51% de croyants traditionnels, 33% de chrétiens
et 16% de musulmans.
Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite
une bonne lecture.
A la semaine prochaine,
Thierry
| Analyse
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La
femme au Cameroun (10/2001)
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En 1983, le Cameroun signe la Convention pour l'Elimination
de toute forme de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF). En
1994, il la ratifie sans réserve, s'engageant ainsi à promouvoir
la situation des femmes sur son territoire. En 1997, le Ministère
de la condition féminine est créé, avec, dans sa foulée, une cellule
d'agents de coordination au sein de chaque ministère dont l'objectif
est d'y mesurer puis d'y encourager l'égalité entre hommes et femmes.
La Première Dame du Cameroun, Chantal Biya, participe même, en ayant
fondé l'association " Cercle des amies du Cameroun ", à promouvoir
le développement des femmes rurales qui représentent, à elles seules,
plus de la moitié de la population vivant dans les campagnes.
Dans le même esprit, le Cameroun a tenu à participer, au fil des
années, à l'effort mondial de promotion de la paix, de la liberté
et de la justice. Ainsi, le gouvernement a ratifié les conventions
internationales les plus importantes, dont la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme, la Convention relative aux Droits de l'Enfant,
la Convention relative au Statut des Réfugiés, deux ou trois chartes
africaines et quelques Conventions internationales supplémentaires
relatives aux droits civiles, économiques et politiques. Devant
cet intérêt affiché pour les droits " humains " de ses citoyens,
le gouvernement et le Président de la République Paul Biya se sont
forgés l'image de dirigeants démocratiquement corrects voire même
engagés.
Seulement voilà, depuis près de vingt ans que M. Paul Biya est au
pouvoir, dans des conditions qui ont toujours été controversées,
notamment lors des différentes élections présidentielles et municipales,
le Cameroun se retrouve souvent épinglé, par les différentes ONG
et par la communauté internationale, au tableau de ceux qui transgressent
les droits humains les plus fondamentaux. Les cas de tortures et
de mauvais traitements au sein des postes de polices ou au sein
des prisons, les exécutions extrajudiciaires ou encore les prisonniers
politiques, font toujours partie du paysage politique camerounais.
Il est vrai que le contexte économique et social n'est pas des plus
favorables et ne reflète pas la constance ni la croissance que l'on
pourrait espérer. Même si d'innombrables actions ont été entreprises
pour redresser le pays et pour assainir les finances publiques en
1998 - y aurait-il eu corruption ? - les bénéfices ne semblent pas
beaucoup profiter aux gens de la rue ni des campagnes.
En outre, il est fort de constater que le remaniement des lois n'est
pas sans poser de problèmes. En effet, aux lendemains de la deuxième
guerre mondiale, le Cameroun a été divisé en deux parties non égales
: une française, majoritaire, une autre anglaise, au nord-ouest
du pays. Le Cameroun a donc hérité de deux systèmes législatifs
dont certains textes restent discriminatoires à l'égard des femmes
et qu'il a bien du mal, depuis son indépendance en 1960, à concilier,
uniformiser voire abroger. Beaucoup de lois ne s'accommodent toujours
pas des coutumes et traditions en vigueur et n'arrivent pas à endiguer
les répercutions sociales négatives.
Ainsi, malgré tous les efforts qui semblent avoir été fournis, la
pauvreté touche encore énormément de familles et particulièrement
la caste féminine qui voit un nombre croissant d'entre elles glisser
dans le cercle infernal de la prostitution pour survivre. C'est,
d'ailleurs, pour combattre ce fléau que certaines femmes se réunissent,
par groupes locaux ou en structures associatives, afin d'apporter
leur contribution à la construction d'une nouvelle société dans
laquelle leur rôle serait plus efficace et pleinement reconnu. C'est
aussi dans l'espoir de faire tomber des lois aussi discriminatoires
que celle, par exemple, qui ne leur reconnaît pas le droit de posséder
des biens, de terres ni de pouvoir en hériter, même de leur défunt
mari - celles-ci revenant à sa famille - qu'elles essaient de faire
entendre leurs revendications auprès des autorités. Mais de surcroît,
pour remettre en question cette loi qui les autorise à exercer une
profession, soit, mais dont le mari peut les soustraire par une
simple lettre d'opposition adressée au tribunal du commerce.
Alors que le taux d'analphabétisme est plutôt élevé chez les femmes,
le pourcentage d'inscriptions scolaires des filles au niveau élémentaire
reste faible et leur taux d'abandon des études avant le cycle secondaire
demeure élevé. De plus, entre les cas de fécondité et de grossesses
répétées à des âges assez bas, les mariages précoces et forcés,
la violence domestique ainsi que les cas encore trop importants
de mutilations génitales (aucune disposition légale ne condamne
l'excision), l'effondrement des traditions et coutumes qui portent
atteinte aux femmes est difficile à amorcer.
Elles ont une arme pourtant, pacifique, qu'elles commencent à utiliser
: l'information, la formation des femmes et des hommes sur des notions
aussi variées que la parenté responsable, l'égalité des droits devant
le mariage, la femme et le travail salarié, la femme et les droits
civils et politiques. Ainsi, à travers les dix provinces que compte
le Cameroun, des actions sont entreprises dans le but de rendre
les femmes de plus en plus autonomes en leur accordant des micro-crédits
afin de financer des micro-projets productifs capables de les émanciper
matériellement et intellectuellement. Cette initiative est appuyée
par le Canada à travers son organisme " MPPF " créé à cet effet.
Le programme " femmes rurales " a pu ainsi voir le jour et a permis
à plus de deux cents groupes féminins et mouvements associatifs
repartis sur les dix provinces de disposer de matériels agricoles.
Un secteur, toutefois, leur résiste : celui de la politique où leur
participation est dérisoire alors que des engagements avaient été
pris par le gouvernement pour donner de nouvelles couleurs " féminines
" à la sphère décisionnelle… Cela dit, en dépit du caractère pluriethnique
du pays, de la coexistence de lois et de coutumes inconciliables,
de l'existence de ce dualisme juridique hérité du colonialisme,
de la faiblesse des ressources matérielles, financières et humaines
attribuées aux organismes œuvrant en faveur de la promotion de la
femme, le Cameroun donne l'impression de vouloir se débarrasser
véritablement de son vieux manteau usé. Les paroles et les gestes
de bonnes volontés sont indéniables. Les actes concrets et efficaces,
eux, le sont moins. Il suffirait pourtant que les autorités masculines
daignent partager un peu plus de leur pouvoir… il en serait moins
illusoire !
Thierry
* Les femmes rurales constituent plus de 60% de la population dans
les campagnes,
* Les femmes, qui représentent plus de 52% de la population, sont
les principales victimes du SIDA et de la pauvreté,
* La pauvreté extrême touche plus de 20% des familles,
* 20% des femmes camerounaises sont victimes de mutilations sexuelles,
* Les femmes occupent 10 des 180 sièges à l'assemblée nationale,
* Le taux d'alphabétisation est de 75% pour les hommes et seulement
50% pour les femmes,
* Les filles représentent seulement 23% des étudiants du secteur secondaire,
* La peine de mort est maintenue.
Source
: ONU, US dept, Panafrican News Agency, peacelink.com, Amnesty
Photo : africances.com
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