fraternet.com
FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 13

Edito
le 02 octobre 2001


Chères lectrices, chers lecteurs,

Voici donc, en alternance avec le numéro consacré à l'actualité en matière de droits des femmes, une analyse sur la condition des femmes dans un pays. Aujourd'hui, ce sera le Cameroun.

Le Cameroun compte un peu moins de 15 millions d'habitants pour une superficie de 475 500 km². Sa capitale est Yaoudé, mais la capitale économique se nomme Douala, au sud-ouest, au bord du golfe de Guinée. Le président actuel est Paul Biya. Les langues principales parlées sont le français (75%) et l'anglais (25%). Quelque 200 dialectes dont le pidgin, le bamiléké ou le moundang sont toujours en vigueur dans les zones rurales. Les communautés religieuses sont composées de 51% de croyants traditionnels, 33% de chrétiens et 16% de musulmans.

Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite une bonne lecture.

A la semaine prochaine,

Thierry



Analyse
La femme au Cameroun (10/2001)


Femme camerounaises En 1983, le Cameroun signe la Convention pour l'Elimination de toute forme de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF). En 1994, il la ratifie sans réserve, s'engageant ainsi à promouvoir la situation des femmes sur son territoire. En 1997, le Ministère de la condition féminine est créé, avec, dans sa foulée, une cellule d'agents de coordination au sein de chaque ministère dont l'objectif est d'y mesurer puis d'y encourager l'égalité entre hommes et femmes. La Première Dame du Cameroun, Chantal Biya, participe même, en ayant fondé l'association " Cercle des amies du Cameroun ", à promouvoir le développement des femmes rurales qui représentent, à elles seules, plus de la moitié de la population vivant dans les campagnes.

Dans le même esprit, le Cameroun a tenu à participer, au fil des années, à l'effort mondial de promotion de la paix, de la liberté et de la justice. Ainsi, le gouvernement a ratifié les conventions internationales les plus importantes, dont la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la Convention relative aux Droits de l'Enfant, la Convention relative au Statut des Réfugiés, deux ou trois chartes africaines et quelques Conventions internationales supplémentaires relatives aux droits civiles, économiques et politiques. Devant cet intérêt affiché pour les droits " humains " de ses citoyens, le gouvernement et le Président de la République Paul Biya se sont forgés l'image de dirigeants démocratiquement corrects voire même engagés.

Seulement voilà, depuis près de vingt ans que M. Paul Biya est au pouvoir, dans des conditions qui ont toujours été controversées, notamment lors des différentes élections présidentielles et municipales, le Cameroun se retrouve souvent épinglé, par les différentes ONG et par la communauté internationale, au tableau de ceux qui transgressent les droits humains les plus fondamentaux. Les cas de tortures et de mauvais traitements au sein des postes de polices ou au sein des prisons, les exécutions extrajudiciaires ou encore les prisonniers politiques, font toujours partie du paysage politique camerounais. Il est vrai que le contexte économique et social n'est pas des plus favorables et ne reflète pas la constance ni la croissance que l'on pourrait espérer. Même si d'innombrables actions ont été entreprises pour redresser le pays et pour assainir les finances publiques en 1998 - y aurait-il eu corruption ? - les bénéfices ne semblent pas beaucoup profiter aux gens de la rue ni des campagnes.

En outre, il est fort de constater que le remaniement des lois n'est pas sans poser de problèmes. En effet, aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, le Cameroun a été divisé en deux parties non égales : une française, majoritaire, une autre anglaise, au nord-ouest du pays. Le Cameroun a donc hérité de deux systèmes législatifs dont certains textes restent discriminatoires à l'égard des femmes et qu'il a bien du mal, depuis son indépendance en 1960, à concilier, uniformiser voire abroger. Beaucoup de lois ne s'accommodent toujours pas des coutumes et traditions en vigueur et n'arrivent pas à endiguer les répercutions sociales négatives.

Ainsi, malgré tous les efforts qui semblent avoir été fournis, la pauvreté touche encore énormément de familles et particulièrement la caste féminine qui voit un nombre croissant d'entre elles glisser dans le cercle infernal de la prostitution pour survivre. C'est, d'ailleurs, pour combattre ce fléau que certaines femmes se réunissent, par groupes locaux ou en structures associatives, afin d'apporter leur contribution à la construction d'une nouvelle société dans laquelle leur rôle serait plus efficace et pleinement reconnu. C'est aussi dans l'espoir de faire tomber des lois aussi discriminatoires que celle, par exemple, qui ne leur reconnaît pas le droit de posséder des biens, de terres ni de pouvoir en hériter, même de leur défunt mari - celles-ci revenant à sa famille - qu'elles essaient de faire entendre leurs revendications auprès des autorités. Mais de surcroît, pour remettre en question cette loi qui les autorise à exercer une profession, soit, mais dont le mari peut les soustraire par une simple lettre d'opposition adressée au tribunal du commerce.

Alors que le taux d'analphabétisme est plutôt élevé chez les femmes, le pourcentage d'inscriptions scolaires des filles au niveau élémentaire reste faible et leur taux d'abandon des études avant le cycle secondaire demeure élevé. De plus, entre les cas de fécondité et de grossesses répétées à des âges assez bas, les mariages précoces et forcés, la violence domestique ainsi que les cas encore trop importants de mutilations génitales (aucune disposition légale ne condamne l'excision), l'effondrement des traditions et coutumes qui portent atteinte aux femmes est difficile à amorcer.
Elles ont une arme pourtant, pacifique, qu'elles commencent à utiliser : l'information, la formation des femmes et des hommes sur des notions aussi variées que la parenté responsable, l'égalité des droits devant le mariage, la femme et le travail salarié, la femme et les droits civils et politiques. Ainsi, à travers les dix provinces que compte le Cameroun, des actions sont entreprises dans le but de rendre les femmes de plus en plus autonomes en leur accordant des micro-crédits afin de financer des micro-projets productifs capables de les émanciper matériellement et intellectuellement. Cette initiative est appuyée par le Canada à travers son organisme " MPPF " créé à cet effet. Le programme " femmes rurales " a pu ainsi voir le jour et a permis à plus de deux cents groupes féminins et mouvements associatifs repartis sur les dix provinces de disposer de matériels agricoles.

Un secteur, toutefois, leur résiste : celui de la politique où leur participation est dérisoire alors que des engagements avaient été pris par le gouvernement pour donner de nouvelles couleurs " féminines " à la sphère décisionnelle… Cela dit, en dépit du caractère pluriethnique du pays, de la coexistence de lois et de coutumes inconciliables, de l'existence de ce dualisme juridique hérité du colonialisme, de la faiblesse des ressources matérielles, financières et humaines attribuées aux organismes œuvrant en faveur de la promotion de la femme, le Cameroun donne l'impression de vouloir se débarrasser véritablement de son vieux manteau usé. Les paroles et les gestes de bonnes volontés sont indéniables. Les actes concrets et efficaces, eux, le sont moins. Il suffirait pourtant que les autorités masculines daignent partager un peu plus de leur pouvoir… il en serait moins illusoire !

Thierry


Chiffres (Cameroun)


* Les femmes rurales constituent plus de 60% de la population dans les campagnes,

* Les femmes, qui représentent plus de 52% de la population, sont les principales victimes du SIDA et de la pauvreté,

* La pauvreté extrême touche plus de 20% des familles,

* 20% des femmes camerounaises sont victimes de mutilations sexuelles,

* Les femmes occupent 10 des 180 sièges à l'assemblée nationale,

* Le taux d'alphabétisation est de 75% pour les hommes et seulement 50% pour les femmes,

* Les filles représentent seulement 23% des étudiants du secteur secondaire,



* La peine de mort est maintenue.



Source : ONU, US dept, Panafrican News Agency, peacelink.com, Amnesty
Photo : africances.com

 


A bientôt !
Thierry


Connaissez-vous le "Réseau Blanc" lancé par Fraternet.com ?
Pour plus d'informations, rendez-vous sur notre site à cette adresse :
http://www.fraternet.com/reseau/



Le site toujours à parcourir : http://www.fraternet.com

 

http://www.fraternet.com - Copyright © 2000 - 2001 Les Chemins D'En Haut - Tous droits réservés.