| Edito |
le
17 septembre 2001
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Chères lectrices, chers lecteurs,
par
la publication de ce N°11, je me permets d'initier une nouvelle
forme de parution pour cette newsletter. Comme je vous l'annonçais
la semaine dernière, FDDF devenait bimensuelle et il en était
de même pour l'article par pays édité uniquement
sur notre site web fraternet.com. J'ai donc décidé
d'occuper cette place vacante de la newsletter en vous faisant profiter
tous les 15 jours de la primeur de cet article. C'est ainsi que
par alternance vous recevrez FDDF "actualités"
telle que vous la connaissez déjà et, FDDF "analyse",
une édition réduite consacrée exclusivement
à l'étude de la situation de la femme dans un pays
donné. Cette newsletter redevient donc hebdomadaire pour
continuer à vous informer le mieux possible. Aujourd'hui,
l'inauguration de cette formule mettra en exergue la Chine, pays
que j'avais déjà traité il y a deux ans de
cela mais qui nécessitait une mise à jour...
Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite
une bonne lecture.
Thierry
| Analyse
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La
femme en Chine (09/2001)
|
Pas moins de 16 pays frontaliers dont l'Afghanistan, le Myanmar
(ex Birmanie), le Pakistan, la Corée du Nord, pour ne citer que
les plus controversés, entourent la République Populaire de Chine
et témoignent, s'il le fallait, de l'importance géographique et
stratégique hors du commun de ce véritable empire. Avec 22 provinces
et 5 régions autonomes, plus que de l'entité d'une nation uni culturelle,
c'est de la coexistence de plusieurs mondes hétérogènes rassemblés
en un seul pays dont il est préférable d'appréhender l'existence.
Et c'est autant de situations distinctes auxquelles les femmes chinoises
doivent s'adapter en matière de droits et de conditions de vie.
Cette "moitié du ciel", que Mao Zedong leur avait "offert"
lors d'un discours dithyrambique prononcé à la gloire du communisme
et de l'égalité hommes/femmes n'est, aujourd'hui encore, qu'une
illusion. Car, si en vertu des lois, les femmes chinoises jouissent
des mêmes droits que les hommes dans les domaines de la politique,
de la culture, de l'éducation, du travail, de la propriété mais
aussi sur leur personne en matière de liberté, de santé, sur le
plan du mariage et de la vie familiale, les mentalités n'ont certes
pas vraiment évolué, la réalité restant assez éloignée de ce que
promettent les textes.
Ainsi, malgré le fait que la Chine se soit gratifiée de l'adoption
de plusieurs traités relatifs aux droits humains, en signant et
ratifiant, entre autre au cours des 20 dernières années, la Convention
contre la torture, la Convention internationale contre toute forme
de discrimination raciale et religieuse, le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques et la CEDEF - relative aux
discriminations faites aux femmes - le pays est régulièrement interpellé
par les ONG nationales et internationales des droits humains pour
violation systématique de ces mêmes traités. Les cas de répressions,
de tortures, de procès inéquitables, de restriction de la liberté
d'information et de la presse, perpétrés par les autorités sont
légion et mettent en réelle contradiction une préoccupation humaine
de façade affichée au reste du monde avec la souffrance profonde
d'un peuple ouvertement opprimé.
Les conditions de vie des chinoises - si elles semblent meilleures
que dans les pays voisins de l'Asie - n'atteignent pas des sommets,
loin s'en faut ! La politique sociale relative à la régulation des
naissances a engendré des actes discriminatoires inconsidérés selon
les régions et les provinces. Ainsi, comme il est de tradition en
Chine, à l'instar de la plupart des pays côtoyant la pauvreté, la
naissance d'un garçon est hautement préférable à celle d'une fille.
Si cette discrimination, pouvant paraître inoffensive au premier
abord, ne s'exprime que faiblement lors de la venue du premier enfant
au sein d'un couple, l'autorisation accordée par le gouvernement
pour l'obtention d'un deuxième enfant a des répercutions sociales
dramatiques. En effet, la méthode aux ultrasons est alors largement
pratiquée sur le fœtus afin de déterminer s'il s'agit d'un garçon
ou d'une fille. Dans la majorité des cas, le diagnostic annonçant
une fille entraîne simultanément une demande d'avortement des parents.
Cette pratique est si courante que dans la province rurale de Liaoning,
on compte trois fois plus de garçons que de filles nés en seconde
couche, ratio jamais atteint dans n'importe quel pays du monde,
l'équilibre y étant sensiblement maintenu.
S'il n'est pas possible d'avorter, certaines filles sont directement
abandonnées dans la rue - certaines sont jetées dans les fleuves
- les autres, qui atteignent un âge suffisant, finissent par être
renvoyées du domicile familial et, une fois sur le trottoir, soumises
à l'errance, elles sont souvent récupérées pour alimenter le marché
de la prostitution. Prises en charge par un réseau savamment organisé,
elles sont acheminées vers des pays aussi divers que la Malaisie,
Taiwan, l'Australie, le Japon, les Etats-Unis et le Canada. Les
plaques tournantes chinoises de l'industrie du sexe sont connues
pour êtres Shanghai, Hong-Kong et Guangzhou. Le Tibet fait également
l'objet d'un trafic de filles qui sont, pour la plupart, mariées
de force à des paysans chinois ou introduites dans un réseau de
prostitution. Le gouvernement condamne cette pratique mais ne parvient
pas à l'éradiquer, faute de volonté constante et de moyens déployés.
La Chine demeure un pays antagoniste en ce qui concerne sa politique
égalitaire entre hommes et femmes. Professionnellement parlant,
les femmes ont beaucoup de possibilités pour accéder à des postes
importants aux seins des administrations, des entreprises, du parti
central. Cependant, lorsque l'opportunité se présente, la pression
de la tradition, accentuée par celle du mari - qui veut quelqu'un
à la maison pour s'occuper de lui et de ses enfants - font que,
dans la plupart des cas, la femme refuse la promotion sociale qui
lui est proposée. En outre, pour peu qu'une entreprise se retrouve
en difficulté, les femmes sont les premières à en subir les conséquences
: diminution des salaires - déjà inférieurs à ceux des hommes pour
un travail et une compétence identique - pression pour les obliger
à démissionner, violences multiples d'intimidation, etc.
La violence dont elles sont l'objet n'est pas uniquement réservée
au domaine professionnel. La vie privée apporte son lot d'agressions
auxquelles les Chinoises sont habituées. Car pour la majorité d'entre
elles, mieux vaut s'habituer et ne pas trop faire de vagues. En
effet, aucune loi ne les protège de la violence domestique. Excepté
quelques amendements relatifs au mariage et spécifiant que la femme
mariée ne doit faire l'objet d'aucun abus, rien n'est vraiment clair
en ce domaine au sein du système judiciaire. Ainsi, en dépit d'une
certaine prise de conscience de l'existence de cette violence, il
n'y a aucun refuge pour femmes battues qui a été créé dans les provinces
les plus concernées.
Et, pour finir de noircir le tableau, ces femmes, vivant aussi bien
en ville que dans les campagnes, doivent gérer une pression telle
- la moindre contrariété peut se transformer en mini tragédie familiale
- qu'un nombre considérable d'entre elles se suicident à
l'aide de pesticides dans un geste de désespoir. Les chiffres sont
alarmants : un demi millier par jour !
La discrimination peut se répandre et opérer partout dans le pays,
à différents niveaux sociaux et économiques, selon les spécificités
régionales. Le peuple chinois est privé de liberté, de ses droits
humains fondamentaux.
Les femmes, elles, ont un poids supplémentaire considérable sur
leurs épaules : celui de devoir porter "la moitié de l'enfer", cet
enfer imposé par les dirigeants et les traditions ancestrales inhumaines…
alors que le ciel tout entier leur appartient.
Thierry
* Plus de 100 millions de femmes sont encore illettrées à ce jour.
Il faut savoir que les femmes constituent la main d'œuvre principale
pour le travail des champs et de l'agriculture.
* Plus de 70% des ouvriers agricoles sont des femmes.
* Les femmes constituent entre 21 et 36% des professions juridiques,
médicales et en comptabilité.
* La politique de régulation des naissances impose aux chinois d'êtres
mariés pour avoir le droit de faire un premier enfant. L'âge minimum
pour lequel un mariage peut être accordé est 20 ans pour la femme,
22 ans pour l'homme.
* Dans la province de Liaoning, le ratio entre garçons et filles,
nés en seconde couche, est de 306/100. Selon une étude effectuée par
les démographes, il y aurait donc 100 millions d'hommes de plus que
de femmes dans cette province. Dans les autres provinces le rapport
est en moyenne de 115/100.
* Le gouvernement et les organisations des partis comptent approximativement
12 millions de femmes pour 61 millions de membres. Les femmes constituent
22% des membres du Congrès National du Peuple. 2 des 29 postes ministériels
sont tenus par des femmes.
* Une enquête effectuée en 2000 par la Fédération de toutes les Femmes
chinoises révèle que la violence domestique apparaît dans 30% des
ménages. Dans 80% des cas, les actes d'abus et de maltraitance qui
sont perpétrés par les époux sur leur femme.
* Selon des experts, il y aurait entre 4 et 10 millions de travailleurs
du sexe dans la totalité du pays. Dans la seule ville de Pékin, il
y aurait près de 200 000 prostituées. Certains estiment ce chiffre
en dessous de la réalité.
* Selon une étude mondiale, quelques 56% des suicides féminins de
la planète ont lieu en Chine.
* 70% des 23 millions de personnes qui pourraient perdre leur travail,
suite aux mesures de restructuration des entreprises prises par le
gouvernement, seraient des femmes.
* Les femmes perçoivent un salaire de 70 à 80% inférieur à celui des
hommes pour un travail et une qualification identique.
* Le taux analphabétisation est de 25% pour les femmes et 10% pour
les hommes.
* La première Assemblée Nationale Populaire, en 1954, comptait 2978
députés dont 147 femmes. Depuis 1998, la neuvième ANP en accueille
649. La proportion de chinoises dans les hautes sphères du gouvernement
est de 6%, ce qui représente quasiment la moyenne mondiale. Le parti
communiste chinois compte 7 millions d'adhérentes, soit 14% des effectifs
totaux.
* Le nombre d'enfants abandonnés chaque année est d'environ 1,7 million.
L'écrasante majorité de ces enfants sont des filles.
* La peine de mort est maintenue
Sources
: US dept, ONU, Courrier International, New-York Times,
Amnesty International, ACAT
Photo : ONU
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