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FRATERNET "DROITS DES FEMMES" - NUMERO 10

Edito


Chères lectrices, chers lecteurs,

C'est la rentrée ! Comme promis, voici le 10ème numéro de la newsletter FDDF.
J'espère que l'été vous a apporté tout ce dont vous aviez besoin pour vous ressourcer. Pour sa part, l'équipe de Fraternet a élaboré de nombreux projets relatifs aux droits humains et à l'avenir de nos activités dans ce domaine qui nous est cher. C'est la raison pour laquelle cette newsletter ne sera plus hebdomadaire mais bimensuelle. L'article que je publierai sur Fraternet, concernant les droits des femmes classés par pays, aura une périodicité bimensuelle également, en alternance avec la lettre d'information.

En espérant que cette décision continuera à vous satisfaire…

Je vous remercie de votre fidélité et vous souhaite une bonne lecture.

Thierry

Actualités
...du 31 août au 7 septembre 2001

(Certaines informations sont reprises d'un événement de cet été que j'ai jugé important de rappeler)
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Liban

Amnesty International vient de publier un rapport faisant état de tortures et de mauvais traitements à l'égard des femmes en détention provisoire à l'intérieur des prisons libanaises. Ces actes de violences, portant atteinte à l'intégrité physique et morale des femmes, ne trouvent qu'un faible écho auprès des autorités judiciaires du pays, qui n'engagent, de toute façon, aucune poursuite à l'encontre des auteurs - officiers de polices - de tels agissements. Outre les tortures perpétrées au sein des postes de police, le rapport lève le voile sur les mauvais traitements systématiques dont sont victimes les employées de maisons d'origines étrangères. Ainsi, des travailleuses philippines sont exploitées et abusées physiquement (manque de nourriture, sévices sexuels, privation de salaire comme punition…) dans l'assentiment culturel et politique le plus institué qui soit…
De fait, le rapport conclut par cette déclaration : "Il est temps que les autorités libanaises mettent un terme à la culture de l'assentiment qui permet aux auteurs de ces atteintes aux droits des femmes de poursuivre leurs agissements en toute impunité."

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Afghanistan

Selon des sources multiples d'ONG œuvrant aux frontières qui séparent l'Afghanistan de l'Iran, des milliers de réfugiés fuyant le régime des talibans font l'objet d'un trafic inhumain. Des " passeurs " en camionnettes proposent d'accompagner clandestinement des familles de réfugiés afghans jusqu'à Téhéran. Ils demandent en moyenne 1 000 000 de rials par personne pour accomplir leur mission. Peu de familles ont les moyens de payer cette somme très élevée. Alors, les filles sont laissées en otage pendant que le reste de la famille est amené dans la capitale iranienne. Les filles sont retenues jusqu'à ce que les familles puissent rembourser leur dette, situation qui ne se présente pratiquement jamais. Il en résulte un nombre toujours croissant et dramatique de filles abandonnées à l'esclavage, devenant la propriété des passeurs et utilisées comme monnaie d'échange pour accéder à la liberté ! Le nombre de filles " otages " pour une seule ville frontalière est environ de 24 000.


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Zimbabwe

La Fédération des Médias Africains pour les Femmes du Zimbabwe a reconnu que plusieurs moyens d'expressions tels que la télévision, la radio, l'Internet, la presse sont de plus en plus accessibles aux femmes qu'ils ne l'étaient auparavant. Selon la Fédération, les médias, qui ressemblaient plutôt à un club fermé réservé aux hommes, s'ouvrent petit à petit et laissent entrer dans leur cercle des journalistes féminines. Bien que satisfaite de cette évolution positive en terme d'égalité, la FMAFZ dénonce certaines discriminations encore tenaces comme par exemple le fait que les hommes occupent toujours les postes à hautes responsabilités et restent dominateurs devant les propositions constructives des femmes occupant des postes inférieurs. Il leur est difficile d'accepter des suggestions émanant des rédactrices…

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Pakistan

Des membres d'associations des droits humains travaillant au Pakistan lancent un cri d'alarme en faveur des femmes pakistanaises dans le but d'accroître la mise en place de refuges qui accueilleraient des femmes maltraitées et en difficulté dans leur famille. Car, selon leurs observations et leurs relevés, le nombre de cas de violence domestique est en augmentation constante. Sans avoir aucune chance de fuir leur domicile, beaucoup de femmes sont battues, torturées, incendiées par leur mari ou leur famille. Certaines d'entre elles ont des membres, des os brisés ou le visage mutilé par de l'acide ou des coups de couteau. Ces refuges sont donc d'une importance capitale car les hôpitaux sont très peu équipés en matériels et en personnels pour accueillir les femmes malades, violentées. Les hommes médecins n'ont pas le droit de soigner des femmes ce qui limite dramatiquement les capacités sanitaires en matière de soins pouvant être prodigués aux femmes. Ces refuges répondraient donc aux premières urgences et permettraient de prendre en charge les femmes menacées afin de leur offrir un lieu de repos, de conseil et d'accompagnement dans leur restructuration personnelle physique et psychique…

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Turquie

Human Rights Watch, l'ONG internationale, a adressé une lettre au Premier ministre turc, condamnant la décision du gouvernement de rétablir un examen obligatoire de virginité aux filles voulant étudier en université de médecine. Jusqu'à ce que cette décision soit de nouveau prise, ce genre d'examens avait été interdit il y a quelques années…

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ONU

Cet été, le Comité pour l'Elimination de la Discrimination à l'Egard des Femmes a conclu sa 25ème session en prenant certaines décisions. La première consiste à prévoir pour 2002 une session supplémentaire, en plus des deux habituellement établies, afin de renforcer les travaux en matière de droits des femmes dans le monde, car les rapports sur la condition des femmes traités par pays et qui doivent êtres étudiés par le comité seront plus nombreux. Le comité a également demandé à ce que soit créée une base de données mondiale confidentielle des plaintes et des faits de discriminations dont font l'objet les femmes de la planète. Un suivi des affaires ainsi enregistrées serait organisé régulièrement et constituerait un témoin efficace de l'évolution des droits des femmes dans le monde…

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Ouganda

Les femmes ougandaises luttent pour avoir le droit de posséder une partie des terres qu'elles cultivent pour le compte de leur propre famille. En effet, les femmes représentent la plus grande majorité des agriculteurs en Ouganda alors que seulement 8% d'entre elles cultivent leur propre terre, en tant que propriétaires. En Ouganda, les hommes possèdent les terres, les femmes, elles, les travaillent, constituant 80% de la main d'œuvre agricole active. Plusieurs femmes activistes et cherchant à faire évoluer leurs droits dans ce pays, essaient de mobiliser les femmes qui vivent dans les zones rurales dans ce sens. Plusieurs appels politiques ont été lancés vers le président Yoweri Museveni, sans succès pour l'instant, le parlement étant hostile à des changements de cette envergure culturelle…

---------- A suivre...


Analyse

La femme au Kirghizistan (10/2000)

Le 31 août 1991, l'indépendance est proclamée au Kirghizistan. Par nécessité et pour oublier les années sombres d'un pouvoir communiste totalitaire, le pays s'ouvre alors à une économie de marché…

A l'instar de tous les pays qui se libèrent d'un régime oppresseur, l'explosion de la société, la mise en œuvre d'une nouvelle économie, d'une nouvelle orientation politique ont plongé très rapidement le pays dans une situation instable, comme si tous les problèmes, jusqu'alors dissimulés derrière le "bloc" uniforme de la société communiste, jaillissaient de manière incontrôlée et simultanée ! Les transformations politiques, économiques et sociales n'apportent pas toujours uniquement des effets positifs, surtout lorsqu'il est question des droits des femmes dans une culture encore profondément patriarcale qui a beaucoup de mal à se défaire de ses préjugés. Cette situation n'entache pas pour autant la bonne volonté exprimée par le gouvernement de promouvoir le respect à l'égard des femmes, leur intégration plus prononcée dans les préoccupations générales du pays à l'aide de mesures législatives renforcées. En effet, pas moins de vingt-deux traités internationaux relatifs aux Droits de l'Homme, y compris la CEDEF, ont été adoptés depuis dix ans. Dans le même élan, six lois ont été examinées dans une optique d'équité entre les hommes et les femmes. Vingt autres textes législatifs devaient faire l'objet d'une révision. Dans la plupart des cas, les lois ont été traduites dans les différentes langues qui sont parlées au Kirghizistan, notamment le russe et l'ouzbek afin que l'information atteigne la plus grande partie de la population kirghize. Par ailleurs, l'accès des filles à l'éducation est égal à celui des hommes.

Néanmoins, des facteurs et difficultés, dont les plus significatifs sont la pauvreté et le chômage, entravent la mise en application de la plupart de ces mesures. Un autre facteur réside aussi dans l'ambiguïté tangible qui entoure les liens entre la Commission d'état et le ministère et qui est contenu, également, dans les comportements et les prises de décisions du gouvernement et du chef de l'état lorsqu'il s'agit de préserver leur pouvoir ou de cacher leurs débordements et leurs abus. En 1998, le ministère de la Justice a révoqué l'agrément du comité kirghize pour les droits humains. Ce n'est qu'à la suite de protestations et pressions internationales que l'agrément a été renouvelé. En fait, lorsque nous y regardons de plus près, nous décelons un certain laxisme à l'égard des lois, toujours en vigueur ou absentes du registre, qui sont ouvertement discriminatoires à l'égard des femmes. Ainsi, la polygamie continue d'être pratiquée dans certaines régions sans que le gouvernement ne s'en inquiète et le code pénal considère toujours le lesbianisme comme un délit sexuel passible de sanctions. L'insuffisance de ressources financières et humaines actuellement consacrées à la promotion de la femme, l'absence d'efforts satisfaisants pour appliquer des mesures temporaires pour améliorer leurs conditions dans la société jettent un voile sur les engagements pris par ailleurs. Ce qui est plus inquiétant encore, c'est l'intensification alarmante des cas de violence commis à l'égard des femmes : violence conjugale due à l'alcoolisme ou la toxicomanie, viols individuels et collectifs.
De même, il a pu être constaté une expansion de la prostitution et de la traite des femmes sans que des mesures nationales n'aient été prises pour essayer d'enrayer ce développement. Il subsiste, en tout état de cause, des zones d'ombre dans les intentions contradictoires d'une politique "volontaire" d'un côté, peut-être pour faire bonne figure face à la communauté internationale, les excès de pouvoir et les négligences humaines de l'autre. Certaines promesses, faites en 1996, comme celle d'atteindre un taux de participation des femmes dans les structures politiques au moins égal à 40%, n'ont pu être tenues. Le souci d'assurer son pouvoir à la tête d'un pays n'est pas en adéquation avec le désir de le partager avec autrui, encore moins lorsqu'il s'agit d'y inclure les femmes !
Veillons à ce que les bonnes volontés d'une nation naissante ne laissent pas la place aux velléités des vieux régimes figés par l'ambition puérile des dictatures à façade "démocratique" !

Thierry


Chiffres (Kirghizistan)


* Seulement 3 des 105 députés parlementaires sont des femmes,

* Des statistiques émanant du gouvernement indiquent qu'il y a 500 crimes commis à l'égard des femmes chaque année. Mais la majorité des crimes ne sont pas rapportés à cause des pressions psychologiques, des restrictions culturelles et de l'indifférence des lois officielles,

* 62% des femmes qui font appel aux refuges pour femmes maltraitées sont au chômage,

* 60% des chômeurs recensés au Kirghizistan sont des femmes,

* Dans le primaire, les filles ont un taux d'accès à l'éducation de 97% de celui des garçons. Dans le secondaire, ce chiffre atteint 112%,

* A l'heure actuelle, le pourcentage moyen de femmes parlementaires dans les pays de la CEI est inférieur à 10%, atteignant à peine 1% au Kirghizistan,

* Les femmes occupent 6% des sièges dans les organes législatifs.


* Peine de mort maintenue, mais un moratoire est en vigueur depuis 1998.




Portrait

Farliz Calle (1981)

En Colombie, pays déchiré par la guerre depuis plus d'un demi-siècle, trois jeunes adolescents ont fondé le Mouvement des Enfants pour la Paix. En répandant leur ferveur au sein de toute la jeunesse colombienne, Farliz Calle, Juan Elias Uribe et Mayerly Sanchez sont parvenus à mobiliser plus de 13 millions d'individus en vue d'une action commune en faveur de la paix.

Déplacements, enrôlements forcés dans les conflits armés, assassinats et tortures sont le lot quotidien des enfants colombiens qui sont les principales victimes de la guérilla. C'est dans un tel contexte que nos jeunes colombiens ont décidé d'apporter courageusement leur contribution à une véritable culture de la paix. Farliz Calle, fille d'ouvrier et présidente du conseil des élèves de son lycée d'Apartadó, avait 17 ans lorsqu'elle rencontra Graça Machel, épouse de Nelson Mandela et expert auprès du Secrétaire général de l'O.N.U. Préparant une étude mondiale au sujet de l'impact du conflit armé sur les enfants, madame Machel s'était rendue à Apartadó pour y dénoncer la violence contre les enfants. " Pour la première fois, dira Farliz, les autorités ont demandé aux enfants de réfléchir de manière constructive à ce qui nous arrivait, à la violence, et à ce que nous voulions faire pour y mettre fin ". Aussitôt, des milliers de jeunes de la région ont organisé une exposition sur la paix et, désireux de jouer un rôle actif au sein de leur communauté, les enfants d'Apartadó ont rédigé une déclaration. Un "gouvernement local des enfants" s'est formé puis Farliz a été élue premier "enfant maire" de la région d'Apartadó.

Par la suite, l'UNICEF a invité les enfants de Colombie à un atelier spécial pour la paix et de cette conférence est né le Mouvement des Enfants pour la Paix. Le but principal du mouvement était de réunir 500.000 jeunes pour organiser un scrutin destiné à faire entendre la voix des enfants. Six mois après l'élaboration de ce plan, près de 3 millions d'enfants et d'adolescents se sont présentés aux urnes optant notamment pour le droit d'être protégés des mauvais traitements et des abus sexuels. Le président colombien Ernesto Samper a reçu des mains de Farliz et de Juan Elias les résultats du vote ainsi que la Déclaration du Sommet des enfants pour la paix et pour leurs droits qui venait d'avoir lieu. Dès lors, le Mouvement Colombien en faveur de la Paix s'est renforcé et 10 millions d'adultes ont voté pour la Paix et la Liberté. Aujourd'hui, de concert avec les enfants, ces adultes s'engagent, avec une ténacité nouvelle, à mettre fin aux atrocités inhérentes aux conflits.

" Les enfants sont l'espoir de la nouvelle Colombie " a déclaré Mayerly Sanchez à l'appel de la Haye. Quant à Farliz Calle qui s'est rendue à l'ONU, elle a invité tous les pays du monde à considérer les enfants non uniquement en tant que victimes de guerre mais en tant qu'artisans de paix. Persuadé que " le processus lancé en Colombie offre une chance de mobiliser les peuples et le monde en une véritable force en faveur de la paix " José Ramos-Horta a proposé la candidature des leaders du mouvement au prix Nobel de la paix 1998.

" Les nations du monde ont dans leurs mains un grand outil " a déclaré Farliz Calle. Un outil incomparable : oui, la pureté et l'énergie des enfants qui veulent bâtir un monde meilleur !

Pascale
 




A bientôt !
Thierry


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