C'est en 1945 que l'égalité des
femmes et des hommes a été admise en tant que principe fondamental
de la personne à travers l'adoption générale de la charte des
Nations Unies. En 1979, la communauté internationale décidait
de remettre en question et d'éliminer la discrimination sexuelle
qui s'exerçait contre les femmes en adoptant la CEDEF (Convention
pour l'Elimination de toutes formes de Discrimination à l'Egard
des Femmes) ou CEDAW. Le 17 octobre 2000, à New York, la marche
mondiale pour les femmes, due à l'initiative d'un groupe de
femmes québécoises en 1998, a pris fin. Une pétition de plusieurs
millions de signatures, récoltées de tous les pays qui ont participé
à cette action, sera remise aux Nations Unies…
Derrière ces actions et ces avancées timides se cachent, à l'évidence
pour les femmes, des années de luttes et d'acharnement pour
faire valoir leurs droits et le respect de leur personne. Des
années où la communauté mondiale dirigeante, à grande majorité
masculine, a pris lentement conscience de la condition de la
femme dans le monde et a instauré des mesures, parfois volontaires,
souvent sous la pression des ONG et sans conviction, qui ont
permis, cependant, de dresser la liste des causes et des effets
qui ont conduit directement à une discrimination dont les femmes
sont les victimes génériques depuis des millénaires. Un "état
des lieux" nécessaire dans le but de placer chacun devant ses
responsabilités : pays, gouvernements, individus au regard de
leurs spécificités et de leurs traditions et pour amorcer un
réel changement.
En outre, d'autres dates importantes sont
venues marquer les étapes successives de cette accession à la
liberté et au droit à la vie. Depuis 1975, les soins de santé
aux femmes et aux fillettes, en plus de leur éducation (scolarisation),
sont une préoccupation majeure pour la plupart des gouvernements
de la planète. La majorité des pays, même si elle n'est pas
écrasante, reconnaît enfin à la femme une "sexospécificité"
due à leurs cycles et leurs grossesses ainsi qu'un besoin de
soins de santé plus important que celui des hommes. De son côté,
la convention des droits de l'enfant, adoptée en 1989, a permis
de recommander des lois déterminantes concernant les Mutilations
Génitales Féminines (MGF) chez les fillettes (en 1997) et les
mariages précoces (notamment au Koweït, en 1998). Des liens
évidents ont été reconnus entre la pauvreté et la discrimination
à l'égard des femmes, notamment lorsqu'elle réduit l'accès à
ces soins. Les observateurs ont également remarqué que plus
les filles sont scolarisées, plus elles peuvent prendre connaissance
de leurs droits et plus elles peuvent les faire valoir. De même,
plus les femmes participent à la vie publique, plus leur sort
s'améliore et celui de la société dans laquelle elles vivent
également, aussi bien en matière de santé publique que de régulation
de la croissance démographique ou, encore, de renforcement de
la croissance économique. A l'heure actuelle, beaucoup de pays
ont adopté des mesures pour protéger la sécurité individuelle
des femmes ainsi que leurs droits familiaux et sociaux.
C'est
l'afflux de statistiques, la mise à jour de ce fléau, caché
et ignoré, démontrant le niveau alarmant de discrimination dont
les femmes et les fillettes étaient victimes, qui a poussé les
différents comités de protection et de valorisation de la condition
des femmes dans le monde à établir des recommandations spécifiques
afin d'attirer l'attention sur les facteurs qui accentuent l'inégalité.
Ainsi, le 10 décembre 1999, journée des Droits de l'Homme, un
protocole facultatif se rapportant à la CEDEF, a été proposé
à la signature, à la ratification et à l'adhésion. Au 28 mars
2000, 33 pays avaient signé ce protocole et certains avaient
engagé les procédures parlementaires requises avant la ratification.
Ce protocole facultatif est d'une grande importance pour les
femmes : il permettra à celles qui auront été victimes de discrimination
sexuelle de déposer une plainte directement auprès du comité
de la CEDEF.
La multiplication de ces actions a conduit certains
pays à réviser leur constitution. Ainsi, plus des deux tiers
des pays du monde, dont presque tous les pays d'Amérique Latine,
ont modifié leur législation de manière à améliorer l'accès
des femmes aux ressources, à favoriser leur accès à l'éducation,
aux services sanitaires et à accroître leur rôle dans la cellule
familiale. En Equateur, par exemple, l'assemblée nationale constituante
a envisagé d'inscrire dans la Constitution les droits en matière
de reproduction et de sexualité. Au Venezuela, le Réseau de
la population a permis l'inscription dans la constitution, en
décembre 1999, des droits en matière de reproduction et d'égalité
entre les sexes. Certains pays ont adopté et autorisé l'utilisation
de contraceptifs avec suivi et soins médicaux spécifiques. Il
s'agit notamment du Pérou, du Brésil, de la Thaïlande, du Paraguay,
du Japon et du Cambodge…
L'amélioration de la condition de
la femme a touché d'autres pays comme l'Albanie, le Burkina
Faso, l'Équateur, Fidji, Madagascar, la Pologne et le Soudan
qui ont adopté ou révisé leur Constitution de manière à interdire
la discrimination fondée sur le sexe. La France, de son côté,
a amendé sa Constitution de manière à promouvoir l'accès égal
des femmes et des hommes aux charges électives. Le Luxembourg
a criminalisé la discrimination fondée sur le sexe dans la plupart
des aspects de la vie sociale. Le Cap-Vert et la République
tchèque ont instauré un nouveau code de la famille qui garantit
l'égalité des droits et des devoirs dans le mariage. L'Afrique
du sud a prescrit l'égalité de statut des époux dans les mariages
coutumiers. Même le Pakistan, reconnu comme un des pays les
plus discriminatoires, voire meurtrier, à l'égard des femmes,
a décidé, par l'intermédiaire de la Haute Cour de Lahore que
le mariage ne pouvait être valide sans le consentement des deux
futurs époux et qu'un tuteur n'avait plus le droit de donner
son consentement au nom de la femme sans son approbation. Certains
ont également augmenté leurs allocations budgétaires en faveur
de programmes destinés à promouvoir la condition des femmes.
A son niveau, la Cour Pénale Internationale, lors d'une conférence
en 1998, a ajouté à sa définition de crime de guerre un statut
relatif à la justice contre les auteurs de crimes sexuels, aux
termes duquel le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée,
la grossesse forcée, la stérilisation forcée et d'autres formes
de violence sexuelle constituent de "graves violations" des
Conventions de Genève contre les crimes de guerre.
Bien entendu,
les différentes ONG impliquées dans les Droits de l'Homme et
en particulier ceux des femmes ont largement contribué, par
leurs actions sur le terrain, à faire évoluer les esprits et
rééquilibrer les priorités au niveau des programmes des gouvernements.
Leur participation à éveiller les consciences concernant la
violence, sous toutes ses formes, exercée à l'égard des femmes
a été, et continue d'être, la plus significative.
Chose étonnante,
malgré toutes ces démarches planétaires, il apparaît clairement
que les avancées efficaces en matière de droits des femmes ne
s'effectuent pas à l'échelle nationale ou même internationale
mais sont le résultat d'actions isolées menées à l'échelle locale
des régions, villes et villages. C'est le cas de plusieurs petits
villages d'Afrique qui ont vu, grâce à une initiative de la
Croix Rouge et d'autres ONG, leur vie changer à partir du moment
où les femmes ont commencé à être plus indépendantes, à la fois
intellectuellement et financièrement.
Par ailleurs, certaines
campagnes d'ONG ont eu un succès inespéré grâce à l'apport informatif
et communicatif de l'Internet. En effet, en Inde, lorsque des
membres d'un mouvement militant contre l'exploitation sexuelle,
le viol, les meurtres liés à la dot, ont été mis en prison,
une alerte lancée sur Internet a contribué à faire suspendre
leur procès. De même, en Croatie, un groupe de pression actif
a utilisé le média pour faire prendre conscience de l'expérience
de la violence que les femmes ont vécue pendant la guerre et
pour faire adopter une nouvelle loi en faveur des femmes victimes
de viols conjugaux. Plusieurs campagnes ont vu le jour sur Internet,
notamment en ce qui concerne la journée de la femme, mondialement
connue, et qui a déjà attiré l'attention du monde entier sur
les conditions de vie des femmes afghanes, pakistanaises et
africaines. L'Internet apparaît comme un moyen puissant pour
faire pression sur les gouvernements velléitaires en matière
de respect des droits fondamentaux des femmes.
Car, il faut
bien le dire, malgré les efforts incessants de milliers de personnes
investies dans cette action en faveur des femmes, malgré de
nouvelles lois qui ont pour objectif de les propulser sur le
devant de la scène sociale, économique et politique, les chiffres
qui reflètent la réalité de leur vie recèlent un caractère inquiétant
! Une évaluation des progrès réalisés due au Fonds de développement
des Nations-Unies pour la femme (UNIFEM) donne à réfléchir :
"Jusqu'à présent, six pays seulement réunissent les caractéristiques
suivantes : égalité à peu près complète entre les sexes dans
la scolarisation secondaire, occupation par les femmes de 30
% au moins des sièges de parlement ou législature, exercice
par les femmes de près de 50 % des emplois rétribués dans les
activités autres qu'agricoles".
Pourquoi alors avec tant de
démarches, d'énergie déployée pour revendiquer le droit à la
vie, de réformes qui surviennent parfois dans les pays pour
lesquels nous nous y attendions le moins, les effets restent-ils
si peu probants ?
La réponse est simple pourtant, si évidente
qu'elle pourrait nous faire rougir de ne pas y avoir pensé plus
tôt : quelles que soient les lois adoptées, l'évolution des
droits des femmes est entièrement dépendante du comportement
privé et surtout de celui des hommes, en fonction du niveau
qu'atteint la culture patriarcale dans leur pays. Cela n'implique
pas pour autant, dans les pays qui sont moins patriarcaux, l'élimination
radicale de certaines formes de discriminations qui se manifestent
encore sous des aspects rendus "plus acceptables" socialement,
même si les autres, plus directes, plus grossières, ont été
condamnées.
En tout état de cause, il apparaît clairement
que l'émancipation des femmes et l'accession à l'égalité face
aux hommes, constituent un objectif crucial pour le respect
des droits de la personne qui fait partie intégrante du développement
humain et économique. Afin que ce développement puisse s'assurer
un réel avenir, le travail d'information et de sensibilisation
consistera à reconnaître les coûts de la discrimination sexuelle
et les avantages de l'égalité.Car, en effet, l'inégalité et
la discrimination ont une répercussion importante sur la vie
sociale et économique des foyers qui pénalise autant les femmes
que les hommes.
En fin de compte, c'est un travail de rééducation
au niveau des individus qu'il faut commencer, un par un s'il
le faut, car le préjudice psychique et physique causé aux femmes
est tellement grand qu'il demandera sans doute d'aller parler
au cœur de chaque être…
A l'heure actuelle, dans le monde
entier, des études ont montré que ce sont toujours les mêmes
types de situations qui sont à l'origine d'actes de violence
à leur égard : le fait de désobéir au mari, répondre à ses observations,
refuser les rapports sexuels, ne pas servir à manger au moment
où il le désire, négliger les soins portés aux enfants, négliger
les travaux domestiques, se déplacer sans sa permission, soupçons.
Cette attitude extrêmement discriminatoire est aussi conditionnée
par l'image attendue de ce que doit être un "vrai homme" qui
subsiste dans certaines sociétés : un être qui affirme ses désirs,
qui ne doit donner aucun signe de faiblesse, qui ne doit pas
pleurer, qui a le devoir de rester fort devant toutes les situations,
qui pourvoit aux besoins du ménage mais ne doit rendre aucun
compte de ses dépenses (contrairement aux femmes).
Pourtant,
force est de constater que, dans bon nombre de pays, ces stéréotypes
ne correspondent plus à la réalité. Voilà près de trois générations
que le rôle de l'homme, en tant que maître du foyer, a changé
et a évolué vers plus de partage des tâches et des responsabilités.
La configuration des interactions hommes/femmes s'est quelque
peu transformée dans les pays industrialisés qui portent un
intérêt aux affaires sociales.
En fait, la cause véritable de cette domination masculine générale
sur les femmes résulte d'un douloureux manque réciproque de
communication. Les chiffres sont encore là pour le prouver :
les foyers où hommes et femmes communiquent entre eux ont un
taux de violence conjugale cinq fois moins important que ceux
où il n'existe aucune communication. Le constat est alors déroutant
: les hommes et les femmes ne se connaissent pas et c'est là
où se trouve l'origine principale de leur dysharmonie qui peut
prendre des proportions alarmantes selon les pays et les traditions.
La prise de conscience des hommes sur le rôle et la responsabilité
qu'ils ont sur la santé physique et psychique des femmes jettera
un faisceau de lumière sur cette ombre encore épaisse qui stagne
au-dessus de leur tête et de leur cœur.
Communiquer pour comprendre, pour se
comprendre et ainsi construire l'humanité de demain avec des
êtres adultes qui exprimeront le désir de connaître l'Autre,
cet Autre grâce auquel nous nous connaissons nous-mêmes, grâce
auquel nous sommes vivants !
Thierry
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Sources : UNIFEM, ONU, US dept, Amnesty
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