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Femme au Cameroun [10-2001] |
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En
1983, le Cameroun signe la Convention pour l'Elimination de
toute forme de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF).
En 1994, il la ratifie sans réserve, s'engageant ainsi à promouvoir
la situation des femmes sur son territoire. En 1997, le Ministère
de la condition féminine est créé, avec, dans sa foulée, une
cellule d'agents de coordination au sein de chaque ministère
dont l'objectif est d'y mesurer puis d'y encourager l'égalité
entre hommes et femmes. La Première Dame du Cameroun, Chantal
Biya, participe même, en ayant fondé l'association " Cercle
des amies du Cameroun ", à promouvoir le développement des femmes
rurales qui représentent, à elles seules, plus de la moitié
de la population vivant dans les campagnes.
Dans le même esprit, le Cameroun a tenu à participer, au fil
des années, à l'effort mondial de promotion de la paix, de la
liberté et de la justice. Ainsi, le gouvernement a ratifié les
conventions internationales les plus importantes, dont la Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme, la Convention relative aux
Droits de l'Enfant, la Convention relative au Statut des Réfugiés,
deux ou trois chartes africaines et quelques Conventions internationales
supplémentaires relatives aux droits civiles, économiques et
politiques. Devant cet intérêt affiché pour les droits " humains
" de ses citoyens, le gouvernement et le Président de la République
Paul Biya se sont forgés l'image de dirigeants démocratiquement
corrects voire même engagés.
Seulement voilà, depuis près de vingt ans que M. Paul Biya est
au pouvoir, dans des conditions qui ont toujours été controversées,
notamment lors des différentes élections présidentielles et
municipales, le Cameroun se retrouve souvent épinglé, par les
différentes ONG et par la communauté internationale, au tableau
de ceux qui transgressent les droits humains les plus fondamentaux.
Les cas de tortures et de mauvais traitements au sein des postes
de polices ou au sein des prisons, les exécutions extrajudiciaires
ou encore les prisonniers politiques, font toujours partie du
paysage politique camerounais. Il est vrai que le contexte économique
et social n'est pas des plus favorables et ne reflète pas la
constance ni la croissance que l'on pourrait espérer. Même si
d'innombrables actions ont été entreprises pour redresser le
pays et pour assainir les finances publiques en 1998 - y aurait-il
eu corruption ? - les bénéfices ne semblent pas beaucoup profiter
aux gens de la rue ni des campagnes.
En outre, il est fort de constater que le remaniement des lois
n'est pas sans poser de problèmes. En effet, aux lendemains
de la deuxième guerre mondiale, le Cameroun a été divisé en
deux parties non égales : une française, majoritaire, une autre
anglaise, au nord-ouest du pays. Le Cameroun a donc hérité de
deux systèmes législatifs dont certains textes restent discriminatoires
à l'égard des femmes et qu'il a bien du mal, depuis son indépendance
en 1960, à concilier, uniformiser voire abroger. Beaucoup de
lois ne s'accommodent toujours pas des coutumes et traditions
en vigueur et n'arrivent pas à endiguer les répercutions sociales
négatives.
Ainsi, malgré tous les efforts qui semblent avoir été fournis,
la pauvreté touche encore énormément de familles et particulièrement
la caste féminine qui voit un nombre croissant d'entre elles
glisser dans le cercle infernal de la prostitution pour survivre.
C'est, d'ailleurs, pour combattre ce fléau que certaines femmes
se réunissent, par groupes locaux ou en structures associatives,
afin d'apporter leur contribution à la construction d'une nouvelle
société dans laquelle leur rôle serait plus efficace et pleinement
reconnu. C'est aussi dans l'espoir de faire tomber des lois
aussi discriminatoires que celle, par exemple, qui ne leur reconnaît
pas le droit de posséder des biens, de terres ni de pouvoir
en hériter, même de leur défunt mari - celles-ci revenant à
sa famille - qu'elles essaient de faire entendre leurs revendications
auprès des autorités. Mais de surcroît, pour remettre en question
cette loi qui les autorise à exercer une profession, soit, mais
dont le mari peut les soustraire par une simple lettre d'opposition
adressée au tribunal du commerce.
Alors que le taux d'analphabétisme est plutôt élevé chez les
femmes, le pourcentage d'inscriptions scolaires des filles au
niveau élémentaire reste faible et leur taux d'abandon des études
avant le cycle secondaire demeure élevé. De plus, entre les
cas de fécondité et de grossesses répétées à des âges assez
bas, les mariages précoces et forcés, la violence domestique
ainsi que les cas encore trop importants de mutilations génitales
(aucune disposition légale ne condamne l'excision), l'effondrement
des traditions et coutumes qui portent atteinte aux femmes est
difficile à amorcer.
Elles ont une arme pourtant, pacifique, qu'elles commencent
à utiliser : l'information, la formation des femmes et des hommes
sur des notions aussi variées que la parenté responsable, l'égalité
des droits devant le mariage, la femme et le travail salarié,
la femme et les droits civils et politiques. Ainsi, à travers
les dix provinces que compte le Cameroun, des actions sont entreprises
dans le but de rendre les femmes de plus en plus autonomes en
leur accordant des micro-crédits afin de financer des micro-projets
productifs capables de les émanciper matériellement et intellectuellement.
Cette initiative est appuyée par le Canada à travers son organisme
" MPPF " créé à cet effet. Le programme " femmes rurales " a
pu ainsi voir le jour et a permis à plus de deux cents groupes
féminins et mouvements associatifs repartis sur les dix provinces
de disposer de matériels agricoles.
Un secteur, toutefois, leur résiste : celui de la politique
où leur participation est dérisoire alors que des engagements
avaient été pris par le gouvernement pour donner de nouvelles
couleurs " féminines " à la sphère décisionnelle… Cela dit,
en dépit du caractère pluriethnique du pays, de la coexistence
de lois et de coutumes inconciliables, de l'existence de ce
dualisme juridique hérité du colonialisme, de la faiblesse des
ressources matérielles, financières et humaines attribuées aux
organismes œuvrant en faveur de la promotion de la femme, le
Cameroun donne l'impression de vouloir se débarrasser véritablement
de son vieux manteau usé. Les paroles et les gestes de bonnes
volontés sont indéniables. Les actes concrets et efficaces,
eux, le sont moins. Il suffirait pourtant que les autorités
masculines daignent partager un peu plus de leur pouvoir… il
en serait moins illusoire !
Thierry
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Source : ONU,
US dept, Panafrican News Agency, peacelink.com, Amnesty
Photo : africances.com
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