| La
Femme au Paraguay [05-2001] |
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Une
crise politique profonde a secoué le Paraguay en 1998 et 1999.
Elle atteint son paroxysme lorsque le vice-président, Luis Marga
Argana, est assassiné le 23 mars 1999 alors qu'il tente de faire
aboutir une procédure de destitution à l'encontre du président
Raul Cubas Grau, au pouvoir corrompu, soutenant l'ex-général
Lino Oviedo condamné à 10 ans d'emprisonnement pour tentative
de coup d'état. Devant l'indignation croissante de la population
et de la classe politique face à cet assassinat, Raul Cubas
Grau démissionne cinq jours plus tard, s'enfuit au Brésil et
Luis Angel Gonzalez prend sa place à la tête du gouvernement
de coalition.
La situation économique s'en est alors trouvée gravement perturbée
occasionnant une augmentation du nombre de chômeurs et une baisse
des exportations de produits majeurs de l'industrie tels que
l'agro-alimentaire et l'hydroélectrique. Et d'une manière générale,
le Paraguay est très mal géré. Plusieurs facteurs négatifs viennent
s'opposer à l'édification d'une société juste et d'une économie
prospère. La croissance rapide de la population, l'incertitude
politique, la corruption ainsi que la faiblesse des infrastructures
sociales, industrielles et administratives ne permettent pas
d'envisager réellement un mieux être pour les citoyens et les
citoyennes.
Dans ce contexte particulièrement défavorable, les filles et
les femmes paraguayennes vivent dans un climat d'insécurité
et de précarité parfois intolérable, souvent inhumain. Lorsque
nous apprenons que plus des deux tiers des paraguayens n'ont
pas quinze ans, nous devinons sans mal que la discrimination
sexuelle doit concerner des filles d'un très jeune âge. Cette
période critique, où toute petite fille devient "jeune femme",
est alors parsemée d'embûches qui prennent leur source dans
une société pauvre, à forte tendance patriarcale mais dont toutes
les couches sociales font l'expérience. La scolarisation des
filles est moins courante que celle des garçons. Elles ont difficilement
accès à l'éducation ce qui a pour conséquence l'émergence de
mariages précoces où beaucoup d'entre elles se retrouvent rapidement
enceintes dans des conditions sanitaires précaires. La violence
fait très tôt son apparition au sein des foyers et sont parfois
à l'origine de drames familiaux où les femmes sortent toujours
perdantes.
En effet, même si le gouvernement a lancé un programme national
spécial sur la prévention de la violence familiale qui s'exerce
contre les femmes et une assistance aux victimes, les moyens
financiers et la volonté de rendre celui-ci effectif font cruellement
défaut. Des lois viennent limiter le champ d'action de ces initiatives
sociales en étant trop complaisantes avec cette forme de violence
"privée". Ainsi, le code pénal stipule que les abus domestiques
doivent avoir une fréquence régulière avant de pouvoir êtres
reconnus comme criminels. Dans la majorité des cas de violences
rapportés, la réconciliation entre les deux époux est largement
convenue, acceptée par la femme sous la pression de son compagnon,
ce qui fait obstacle à la condamnation de ceux qui en font usage.
De ce fait, et ironie tragique du sort, le nombre de divorces
est extrêmement réduit au Paraguay !
Le viol domestique reste également une pratique très répandue
compte tenu de l'absence totale de loi faisant référence à ce
problème. Les refuges qui pourraient accueillir les femmes battues
ou abusées sont en nombre insuffisant et n'existent que dans
la capitale Asunción. Le reste du pays en est dépourvu ! Mais
le code pénal a également cela d'injuste et de discriminatoire
à l'égard des femmes que la grande majorité d'entre elles, détenues
dans les prisons insalubres du Paraguay, sont condamnées pour
avoir réagi violemment à des agressions ou des abus qu'elles
subissaient quotidiennement de la part de leur mari. Une loi
protège les femmes de l'exploitation sexuelle qui est interdite.
Cependant, la constante augmentation de jeunes filles, encore
adolescentes, enrôlées dans le marché de la prostitution et
dans un trafic à destination d'autres pays tels que le Brésil
ou l'Argentine témoigne d'un laxisme certain pour combattre
concrètement cette fructueuse exploitation. La prostitution
forcée des mineures a libre cours au Paraguay d'autant qu'il
n'existe aucune spécificité relative au trafic de personnes
dans la législation.
Les plans et les programmes présentés au gouvernement et approuvés
par ce dernier restent souvent des "lettres mortes" qui ne trouvent
aucun écho dans l'organisation et l'évolution sociale concrète
du pays. Les militaires et les forces de polices ont toujours
une forte influence dans le paysage politique du Paraguay. La
santé physique et psychique des femmes s'en trouve continuellement
menacée à tel point que l'on recense des cas de viols aux seins
des prisons pour femmes ainsi que des abus et agressions intentées
à leur égard en diverses zones critiques du pays où des militaires
exercent toujours des pressions à l'égard des citoyens.
Le Paraguay est signataire de la Convention Interaméricaine
des Droits de l'Homme, tout comme la plupart des pays d'Amérique
latine. Et, comme la majorité d'entre eux, le gouvernement paraguayen
n'entend pas les faire respecter de manière efficace et volontaire,
lui-même se rendant coupable de corruptions où les droits des
citoyens sont intégralement bafoués. Une rééducation à échelle
"humaine" serait alors nécessaire pour espérer un avenir plus
serein pour un peuple éreinté par les querelles politiques et
asphyxié par l'haleine fétide exhalée des mots sans vie, des
phrases sans âme, prononcées comme des vapeurs soporifiques
par des êtres dont l'intérêt est ailleurs que dans le cœur des
êtres humains. Il est, en effet, plus facile d'endormir des
enfants et de les exploiter en leur faisant croire, purs et
naïfs qu'ils sont, que la vie est un grand jeu de stratégie
dans lequel le pion est la pièce maîtresse, surtout lorsqu'il
incarne une femme !
Thierry
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Source : Amnesty, social watch, ONU,
US dept
Photo : "All the web" media search
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