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La Femme en Azerbaïdjan [04-2001]


femmes azéries réunies Propulsé vers l'indépendance au lendemain de la dissolution du bloc soviétique, l'Azerbaïdjan dû rapidement faire face à une désorientation politique, économique et sociale. Les années de conflit qui s'en suivirent avec l'Arménie, relatives à l'autonomie de l'enclave du Haut-Karabakh, n'ont fait qu'aggraver son affaiblissement, dissimulant, tant bien que mal, le dernier théâtre américano-russe de la pathétique et obsolète "guerre froide".

Depuis 1993, l'Azerbaïdjan, avec le Président Gueïdar Aliev au pouvoir, essaye de concilier les démons de l'héritage communiste avec ceux des jeunes républiques de l'ex-URSS encore fragiles et divisées, enclines à la corruption. Dans sa volonté de s'ouvrir aux investisseurs étrangers afin de relancer son économie, le gouvernement s'est parallèlement acquitté de la signature de certains traités relatifs aux droits humains concernant particulièrement l'abolition de la peine de mort ainsi que la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes.

Il faut bien le reconnaître, les droits des femmes azéries sont établis et enrichissent divers paragraphes de la constitution. Ainsi, la loi garantit aux femmes le plein usufruit des droits humains et interdit, de la même façon, la discrimination. Le gouvernement s'est également engagé à faire intervenir des ONG dans la réalisation des objectifs qui avaient été fixés lors de la conférence de Beijing en 1995. Et, sur le papier, l'Azerbaïdjan fait figure de bon élève face à ses pays voisins directs : la CEDEF a été traduite en azéri et a été largement diffusée ; six centres régionaux de planning familial ont été créés dans le but d'offrir des conseils et un suivi aux femmes et aux hommes en matière de santé et de reproduction ; un comité d'état sur les questions relatives aux femmes et à leur sexospécificité a vu le jour ; leur taux de scolarisation et d'instruction est égal voire supérieur à celui des hommes ; leur pourcentage de participation resterait relativement élevé dans le processus décisionnel au sein des entreprises et du secteur public.

L'Azerbaïdjan serait-il pour autant un paradis pour les femmes ? Loin s'en faut ! Il existe malheureusement un fossé entre l'égalité de droits et l'égalité de fait : une sorte d'insuffisance dans la mise en œuvre des bonnes intentions et de ce qui est écrit. Ainsi, par exemple, lorsque la constitution proscrit la discrimination à l'égard des femmes, elle n'en définit pas les formes. Les conséquences qui en découlent sont déplorables en matière de condamnation des pratiques discriminatoires courantes encore véhiculées par des attitudes patriarcales très enracinées. La violence domestique reste alors un sujet tabou qui a du mal à sortir de l'enceinte des maisons, des familles. De même, il n'existe aucune loi spécifique condamnant le viol marital alors que le viol, en général est, lui, condamné sans arriver à s'impliquer concrètement dans les affaires familiales. Dans les zones rurales, le problème est encore pire puisque peu de femmes ont connaissance de leurs droits. Par ailleurs, bien qu'il n'y ait aucune restriction à l'encontre des femmes concernant leur participation à la scène politique du pays, les normes sociales traditionnelles restreignent toujours leur représentation à des postes élevés.

Autre phénomène important et douloureux pour l'Azerbaïdjan et dont le gouvernement ne peut être fier, reste le nombre considérable de personnes déplacées en raison du conflit qui a opposé les azéris aux arméniens et dont la grande majorité sont des femmes et des enfants. Ces êtres semblent avoir été quelque peu oubliés par les autorités au pouvoir, si bien que leur situation précaire perdure dans un pays où les familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté forment l'essence même de la population.

En outre, le trafic de femmes en vue d'alimenter le marché de la prostitution en Europe et en Amérique du Nord fait de l'Azerbaïdjan un point de source et de transit pour des milliers de filles de l'Est. Certaines d'entre elles sont même poussées par leur propre famille à se prostituer afin de garantir des fins de mois meilleures. Heureusement, deux ONG participent à sensibiliser la population, principalement de la capitale Bakou, lors de conférences publiques sur la dégradation de l'intégrité humaine que cette pratique entraîne pour la femme mais aussi pour les familles. Une des conséquences directes de cette déroute sociale est le nombre alarmant de cas d'avortements illégaux entraînant bien souvent le décès de l'enfant ou de la mère. Ce trafic de personnes et ses conséquences sur les individus sont, pour ainsi dire, ignorés des autorités gouvernementales.

L'Azerbaïdjan est le type même de pays qui subit de plein fouet la déstabilisation causée par un sevrage forcé des décennies communistes et sa mutation vers l'édification d'une démocratie et d'une économie de marché. Les tentations sont grandes et les priorités parfois inversées tant cette même société semble exploser de toutes parts. Gérer un pays comme celui-là demande des autorités au pouvoir de tout mettre en œuvre pour assurer l'intérêt premier du citoyen et de la reconstruction de leur identité meurtrie. Les lois votées dans ce sens sont indispensables pour redonner vie et espoir à un peuple froissé. L'acharnement déployé pour les appliquer en est bien plus essentiel. En d'autres termes : que les volontés soient écrites, oui, mais surtout accomplies !



Thierry Contact

Source : ONU, US dept, Amnesty, UNCHR, UNESCO
Photo : "All the web" media search
 



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