| La
Femme au Nicaragua [03-2001] |
|
En 1998, le Nicaragua entamait la phase finale de sa convalescence,
cinq années après la fin de la guerre civile qui l'avait considérablement
appauvri, disloqué socialement et politiquement, lorsque l'ouragan
Mitch est venu, de nouveau, dévaster une économie encore instable
et une situation sociale fragile...
A l'instar de la plupart des autres pays de cette région du
monde, la sphère dirigeante Nicaraguayenne n'échappe pas au
stéréotype latino-américain : corruption, guerres intestines
de pouvoir, constitution semi-démocratique ! En effet, même
si le Nicaragua est une république, les derniers accords politiques
passés au début de l'année 2000 entre les deux partis, l'un
au pouvoir, l'autre appartenant à l'opposition et concernant
la modification des textes régissant la constitution, la Cour
suprême et les modalités électorales restent ambigus et controversés
: instauration d'un siège à vie à l'assemblée nationale pour
le président sortant, possibilité de remplacer le contrôleur
général, chargé de lutter contre la corruption au sein du pouvoir,
par seule décision d'une instance collégiale composée de 5 membres
désignés par le président et le gouvernement. Des actes de répression
violente perpétrés par la police contre des manifestants montrent
également un durcissement de l'attitude du gouvernement face
à une population désabusée.
Pourtant, les années qui avaient marqué le début du redressement
social et économique du pays, à partir de 1993, donnaient certains
signes de renouveau par une volonté de créer une société plus
juste, plus égalitaire et plus soucieuse des droits des citoyens,
en particulier celui des femmes. Ainsi, certaines mesures sont
venues enrichir la législation en matière de protection des
droits de la personne et de prévention contre plusieurs formes
de violence. Ont été alors reconnus passibles de condamnation,
la violence familiale et les crimes sexuels. Une loi garantissant
le droit unilatéral au divorce a été votée en plus de l'instauration
d'un code de l'enfant et de l'adolescent.
En outre, le Nicaragua, à travers des associations et comités,
a lancé plusieurs programmes de promotion pour lutter contre
les différentes formes de violence dont les femmes étaient victimes,
aussi bien sur le plan national qu'au niveau des localités.
Récemment, un plan stratégique de l'Institut Nicaraguayen pour
les Femmes, s'étendant de 1999 à 2001, a permis de lancer des
actions de sensibilisation pour éduquer et contrer la violence
perpétrée à l'égard de celles-ci. Des commissariats pour la
défense des femmes et des enfants ont été ouverts à plusieurs
endroits du pays et nous pouvions en compter 14 en l'an 2000.
Cependant, malgré ces efforts coordonnés, la situation des femmes
reste préoccupante en certains nombres de points. Tout d'abord,
la violence familiale que le gouvernement a beaucoup de mal
à endiguer et qui constitue toujours le quotidien de milliers
de nicaraguayennes. Le spectre de la guerre civile, de ses atrocités
perpétrées à l'égard des civils, a du mal à disparaître. Ainsi,
loin de rester dans les rues, cette violence-là continue à se
déverser dans les foyers où un nombre encore considérable de
femmes reconnaissent très bien son visage en la personne de
leur époux ou compagnon. De plus, celles qui en sont victimes
ne portent pas plainte, dans la plupart des cas, de peur de
représailles amplifiées. Et puis, il y a cet engrenage propre
aux pays meurtris par des années de guerre civile, de difficultés
économiques, de corruption, de pauvreté : les agressions se
focalisent davantage sur les femmes ce qui augmente les cas
de viols.
Par ailleurs, un trafic fait place à un autre et change simplement
la nature de "la marchandise" : les femmes remplacent les armes,
commerce qui avait cours durant le conflit. Ainsi, l'exploitation
sexuelle concerne des filles de plus en plus jeunes. Elles se
retrouvent à arpenter les rues des principales villes du pays
pour les besoins croissant du marché de la prostitution. Difficile
pour le gouvernement d'enrayer ce phénomène qui lui rapporte
de l'argent mais qui affaiblit, dans un même temps, les fondations
de sa population féminine. Les soins de santé ne sont malheureusement
pas accessibles pour bon nombre de ces femmes qui, de ce fait,
s'exposent à des maladies et des infections de plus en plus
graves telles que les MST et le SIDA. Cette fragilité et cette
déroute sociale font peser une charge immodérée sur le système
de santé. Ainsi, une étude conduite à travers le pays montre
que les femmes battues ou victimes de sévices sexuels font davantage
appel aux services de santé qui ont parfois du mal à répondre
aux besoins spécifiques des victimes de ce genre de violence,
aussi bien d'un point de vue physique que psychologique et mental.
La violence contribue donc, de manière évidente, à l'augmentation
des dépenses sociales et à appauvrir les ressources du pays.
En outre, une autre étude a révélé que les enfants de familles
dans lesquelles les femmes sont confrontées à la violence familiale,
ont trois fois plus de chance d'avoir besoin de soins médicaux
et sont également hospitalisés plus fréquemment, eux-mêmes devenant
les victimes potentielles et souvent évidentes de ce genre de
comportement. Pour celles qui ont la chance d'occuper un emploi
dans l'administration ou l'agriculture, la différence du traitement
des salaires souligne encore une fois la discrimination à laquelle
les femmes nicaraguayennes sont trop habituées, lorsqu'elles
ne sont pas harcelées sexuellement dans l'enceinte de leur travail
! Bref, le Nicaragua est un pays qui n'offre, à l'heure actuelle,
que peu de perspective à sa population en terme d'amélioration
voire de sécurité dans les secteurs économique et social où
les femmes sont sous-représentées et sous-considérées…
…Ce sont des hommes, pourtant, qui ont organisé la campagne
du ruban blanc lancée contre la violence familiale, en 2000
! Un engagement personnel qui donne un espoir considérable à
la réalisation du rêve égalitaire que font les femmes nicaraguayennes
pour la construction d'une société nouvelle et paisible qui
ne pourra se faire sans la volonté et la participation acharnée
tant des hommes que des femmes !
Thierry
 |
|
Source : UNDP.org, ONU, US dept, Amnesty
Photo : Mike Stocker (http://www.sun-sentinel.com/photos/)
|
|
|