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La Femme aux Philippines [01-2001]


Femme philippine A l'heure où le chef d'état philippin, Joseph Estrada, comparait devant la justice pour corruption grave, après seulement 1 an et demi de pouvoir, un bilan s'imposait sur la politique générale économique et sociale en vigueur depuis dix ans aux Philippines, incluant celle qui concerne le respect des droits humains.

La république des Philippines, avec sa capitale Manille, est connue du monde entier pour être, depuis de nombreuses années, le lieu le plus fructueux en matière de commerce sexuel. Femmes et enfants sont exploités à des degrés multiples dans la société ou envoyés vers d'autres pays dits "de destination" pour alimenter le marché de la prostitution. La précarité et la pauvreté dans lesquelles vivent les familles, le manque d'intérêt que porte le gouvernement au sort de ses citoyens constituent les causes principales de ce contexte dramatique. Aujourd'hui, peu de choses ont changé. Depuis une dizaine d'années, des lois ont bien été révisées ou adoptées sous la pression de la communauté internationale ou l'action, sur le terrain, de différentes ONG, mais les dérives d'un pays soumis à une corruption intensive et à la cruauté de certaines de ses lois restent très difficiles à redresser.

En effet, s'il est nécessaire, par exemple, de condamner le viol et de permettre que ceux qui s'en rendent responsables soient jugés, il est totalement inhumain de les condamner à la peine capitale. Ainsi, à l'heure actuelle, il y a plus d'exécutions pour viol que pour meurtre aux Philippines (bien sûr, la peine de mort ne peut se justifier pour aucun crime, quel qu'il soit). Lorsque l'on sait que le nombre de viols augmente chaque année de manière significative, nous pouvons être inquiets sur les motivations profondes du gouvernement en ce qui concerne la régression de ce phénomène.

Parmi les initiatives entreprises pour améliorer la condition des femmes, les protéger des multiples discriminations et leur permettre de jouer un rôle plus conséquent dans la société, nous pouvons relever des mesures qui semblent importantes d'un premier abord. En 1998, de nombreux bureaux destinés à accueillir les femmes victimes de violence ou d'intimidations furent ouverts dans l'enceinte des commissariats de police. Dire que ces bureaux ont reçu l'infrastructure nécessaire pour traiter, de la meilleure façon qu'il soit, les problèmes liés à la maltraitance des filles et des femmes serait de la pure démagogie.

Cependant, l'adoption d'un plan de développement pour l'égalité entre les sexes établi sur une période de 30 ans, de 1995 à 2025, montre, de la part du gouvernement, une volonté de s'engager vers l'édification d'une société plus juste où les femmes auront leurs droits assurés et protégés. En outre, le gouvernement a décidé d'affecter au moins 5 % de son budget à des programmes et à des projets en faveur des femmes. Les allocations de maternité ont été augmentées pour les salariées et diverses consultations ont eu lieu pour réévaluer le travail non rémunéré et l'exploitation de la main d'œuvre féminine dans des termes plus légaux aux vues de la protection des droits des travailleuses.

Ainsi, diverses mesures tendent à être appliquées lorsqu'il s'agit de travailleuses émigrantes et notamment lorsque le gouvernement ne permet pas l'envoi de main d'œuvre féminine dans les pays où leurs droits ne seraient pas protégés. Paradoxalement, les cas de harcèlements sexuels dans le milieu du travail aux Philippines sont légion. Ce que le gouvernement exige des pays étrangers utilisant des travailleuses philippines, n'est pas respecté sur son propre sol.

Et pour le moment, malheureusement, rien ne fait transparaître une réelle avancée en matière de respect et de protection des femmes. Même si l'économie a connu un certain essor avant 1997, l'écart qui séparait le niveau d'emploi entre les hommes et les femmes s'est creusé et a aggravé la marginalisation économique des femmes. La crise de 1998 n'a fait qu'anéantir les chances pour les femmes de rendre effectives les lois prisent en leur faveur un an plus tôt. En ce qui concerne la violence au foyer, il n'existe pas de lois qui traitent spécifiquement ce problème toujours tenu sous silence. Ainsi, la violence domestique est un fléau qui peut se répandre sans que le gouvernement ne s'en inquiète vraiment.

Mais là où les Philippines restent rétrogrades en matière de droits humains et ceux des femmes en particulier, c'est dans le trafic de personnes. Aucune loi n'interdit cette forme d'exploitation dégradante et traumatisante. Pire encore, les enjeux économiques qui résultent de la vente de femmes par l'intermédiaire de "mariages par correspondance" contribuent à corrompre un pouvoir qui l'est déjà beaucoup trop, complaisant qu'il est à l'égard de ce trafic. Les pays de destination appartiennent, la plupart du temps, à l'Europe occidentale, l'Amérique du Nord et l'Australie. En fait, les Philippines représentent, dans ce cas, le premier maillon de la chaîne du marché de la prostitution où chacun des pays d'origine ou de destination, bafouent les droits fondamentaux des femmes.

L'ambiguïté avec laquelle les Philippines gèrent ce qui devrait être les droits réels et concrets des femmes, sur ou en dehors du territoire, montre à quel point cette orientation constitue plus un travail de colmatage pour sauver les apparences qu'un vrai programme de fond destiné à remplacer les machines et les rouages d'une société malsaine et en déclin. Sans doute que l'étude engagée pour estimer le coût de la violence perpétrée à l'égard des femmes attirera plus l'attention des gouvernements futurs et déclenchera des mesures plus concrètes et radicales en faveur du respect et de la protection des femmes et de leurs droits fondamentaux. Ce sera encore un intérêt aigu pour l'argent qui sauvera la vie de quelques femmes aux Philippines, là où ailleurs il en décimera mille fois plus !


Thierry Contact

Source : ONU, US dept, Coalition Against Trafficking in Women
Photo : "All the web" media search
 



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