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La Femme au sultanat d'Oman [01-2001]


Femmes omanaises Depuis son arrivée au pouvoir en 1970, le sultan Quabous Ibn Said a lentement conduit son pays vers plus de modernité et d'humanité aussi bien au niveau des droits fondamentaux des citoyens que dans sa politique économique, sociale et étrangère. L'ouverture et l'évolution ont été les moteurs de plusieurs réformes dont les femmes ont commencé à recueillir les fruits...

La constitution du sultanat d'Oman est une monarchie absolue dont le sultan détient tous les pouvoirs. Il est toutefois assisté, depuis 1981, par une assemblée consultative qui n'a qu'un rôle représentatif auprès du sultan au nom des différentes régions du pays et n'est dotée d'aucun pouvoir législatif. Plusieurs orientations politiques prises depuis une dizaine d'année montrent la volonté, à la fois du sultan et des ministères "techniques", de tenter de faire cohabiter les lois islamiques avec un embryon de démocratie.

En effet, l'assemblée devient un conseil avec une représentation plus élargie. Bien qu'elle ne soit toujours pas reconnue comme organe législatif, elle accueille en 1994, et pour la première fois dans l'histoire d'un sultanat, 2 femmes parmi les membres du conseil. En 1997, le sultan autorise 2 nouvelles femmes à faire partie du conseil. Ce chiffre peut paraître ridicule compte tenu du nombre total qui s'élève aujourd'hui à 60 membres mais il signe toutefois une amorce de changement de mentalité à l'égard des femmes au point de ressentir la nécessité de les intégrer à la vie sociale et politique du pays. D'autant que cette même année, elles acquièrent également le droit de vote, ce qui fait du sultanat la première des six monarchies arabes de la région à donner ce droit aux femmes. Cette "révolution" ne concerne pas uniquement les femmes adultes. Les filles, dès leur plus jeune âge, ont accès à l'éducation scolaire de la même manière que les garçons.

Le souci d'égalité des chances devant une société qui se veut tournée vers l'avenir et la modernité est réel et le nombre croissant de filles accédant à des postes importants dans différents secteurs socio-économiques en est la preuve : industrie, radio, ambassades... Les dernières restrictions qui privilégiaient les garçons dans certaines spécialités scolaires au détriment des filles et qui devaient respecter un certain quota, notamment pour l'ingénierie et l'archéologie, sont tombées en 1999. Le ministère des affaires sociales, du travail et de "la promotion de vocation", a apporté son support à la création de l'Association des Femmes omanaises (AFO), en collaboration avec l'UNICEF, et au développement de plusieurs centres à travers le pays. Ainsi, au total, 23 organisations ont été créées avec un nombre de membres actifs dépassant les 3700 femmes.

Dans sa volonté de faire évoluer sa culture vers plus d'échange avec les pays industrialisés, le sultan fait l'apprentissage du mouvement, du changement qui touche les lois islamiques pourtant réputées immuables, sévères et répressives à l'égard des citoyens et tout particulièrement des femmes.

Bien entendu, des discriminations à l'égard des omanaises subsistent encore et demanderaient que le sultan soit un peu plus innovateur dans ses prises de décisions, mais, compte tenu de la puissance culturelle et religieuse, les petits pas franchis dans un premier élan favorable à l'émancipation des femmes doivent êtres encouragés par la communauté internationale afin de faire de ces acquis un tremplin pour d'autres mesures politiques en leur faveur. Car il reste plusieurs décisions à prendre, et non des moindres pour que le sultanat face honneur à sa nouvelle réputation.

Tout d'abord, il faudrait que la Convention pour l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes soit ratifiée par le sultanat. Bien trop de femmes subissent encore des abus de toutes sortes dans le silence le plus total. Il est très difficile d'établir des statistiques ou de recueillir des faits de ce genre car les femmes battues ne font pas appel à la police pour les protéger ou pour porter plainte. La coutume familiale veut que les problèmes entre époux soient réglés au sein même de la famille sans que cela se sache.

Dans le même esprit, en cas de violence sexuelle, les docteurs n'ont pas le droit de témoigner en faveur des femmes abusées. Des cas de harcèlements sexuels, perpétrés à l'encontre de femmes immigrées et embauchées pour des emplois de domestiques, ont été rapportés et constituent un problème dans la mesure où leurs droits restent limités, dans la situation sociale où elles se trouvent. Ensuite, il faudrait que l'amélioration de la condition des femmes omanaises, promise par le gouvernement auprès de la communauté internationale par l'intermédiaire de sa représentante, puisse faire s'assouplir les fondements de la Charia islamique et des lois internes y faisant référence.

En outre, la femme n'a pas le droit de se déplacer à l'extérieur du sultanat sans l'autorisation écrite de l'autorité patriarcale de la maison dans laquelle elles vit, que ce soit son époux, son père, son frère ou son oncle. Elle acquiert alors un passeport qui lui permettra de voyager. Cependant, une femme qui, dans les mêmes principes, aura eu l'autorisation de posséder une carte d'identité omanaise, pourra voyager dans certains pays du Golfe sans passeport. Un clivage persiste entre les hommes et les femmes illustré par certaines mesures régissant la vie publique des citoyens et des citoyennes : une femme a maintenant le droit de conduire un taxi et d'en faire son métier. Mais elle n'est pas autorisée à véhiculer des hommes !

Entre sa volonté de démocratiser son pays, tout en restant fidèle aux conditions de la loi islamique qui flirte néanmoins avec un nouvel élan de modernité et de changement interne, le sultan désire s'en remettre de plus en plus aux citoyens et aux électeurs, dont les femmes font partie depuis 3 ans, pour faire évoluer son pays. Le sultanat reconnaît ainsi un rôle particulier et actif aux femmes, ce qui fait de lui, à l'heure actuelle, le seul pays du Golfe Persique dont la constitution soit basée sur une loi qui garantit les droits inaliénables de ses citoyens. Il est, toutefois, un élément de la constitution à déplorer et qui va en l'encontre des droits fondamentaux des citoyens : l'application toujours en vigueur de la peine capitale qui entache les efforts consentis par ailleurs.

En cette aube naissante, lueur douce et fugace qui annonce les prémices du troisième millénaire, puisse l'inspiration du sultan d'Oman le conduire à plus de réformes en faveur des droits et du respect de la vie de ses citoyens afin qu'elle puisse mieux se répandre dans les esprits des hommes de pouvoir de toute cette région du monde qui construira son avenir à travers le regard de ses femmes encore meurtries, mais vivantes !


Thierry Contact

Source : ONU, US dept, L.A. Times
Photo : "All the web" media search
 



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