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La Femme au Brésil
[MAJ-11-2001] |
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Un des rapports du Conseil National des Droits de la Femme établi
au Brésil dans la capitale Brasilia, se terminait sur ces quelques
mots : "Il est certain que le Brésil, par la mise en place d'une
politique cohérente de combat contre la discrimination des femmes,
est en train de perfectionner sa démocratie en corrigeant la
grave distorsion créée par l'invisibilité des femmes, entrant
définitivement dans la modernité."...
Invisibles les Brésiliennes ? Oui, effectivement, invisibles
devant certains droits de la personne humaine, certains droits
civils, invisibles parce qu'elles ont été privées de leur voix,
de leurs cris de souffrance, méprisées dans leur véritable identité
durant des siècles sous le couvert de valeurs féminines discriminatoires.
Invisibles aussi parce qu'il y a cinq siècles, les premiers
européens ont découvert des "indigènes" ravissantes dont ils
ont su "se satisfaire" discrètement et dont la culture, alors
détournée, s'est répandue à travers le monde. Le mythe de la
femme brésilienne, fantasme silencieux et docile, torride et
violent parfois, entre plumes, fêtes et plaisirs sexuels, a
fait le tour du monde, vantée par des brochures touristiques
aux images sans équivoque. Invisibles parce que l'on a réussi
à créer un stéréotype de la femme brésilienne sur le plan national
comme sur le plan international. Et c'est bien de cette tradition-là
dont le Brésil essaie de se séparer au fur et à mesure que ses
26 états fédéraux tentent de se diriger vers une véritable démocratie
où le rôle civil et l'image de la femme seraient totalement
réhabilités et valorisés.
Pour l'heure, nous en sommes encore à fouler un chemin bordé
de bonnes intentions mais parsemé d'embûches. Depuis les années
quatre-vingt, le Brésil a ratifié un nombre non négligeable
de conventions et de traités relatifs aux droits humains et
plus particulièrement aux droits des femmes. Il a lancé, à intervalles
réguliers, des programmes de prévention et d'éducation pour
combattre la violence domestique et sexuelle. Il a tenu des
plates-formes stratégiques pour promouvoir l'égalité entre hommes
et femmes sur le plan social et économique.
Mais pour comprendre et essayer d'apprécier avec justesse la
démarche politique du Brésil, il suffit de se pencher sur la
dernière réforme du code civil qui a eu lieu en août 2001, après
plus de 26 ans de débat. En effet, le congrès brésilien vient
d'approuver un nouveau code civil qui élimine les archaïsmes
du vieux code datant de 1916 en reconnaissant, notamment, aux
femmes les mêmes droits qu'aux hommes. Des points entiers, délibérément
discriminatoires à l'égard des femmes, ont été supprimés. Par
exemple, un homme ne peut plus annuler son mariage s'il constate
que sa "fraîche" épouse n'est plus vierge ! De même, "le pouvoir
souverain du père dans les décisions de famille" a été remplacé
par "le pouvoir de la famille" permettant ainsi à la femme d'exprimer
son avis. Désormais, un père n'a plus seul le pouvoir de déshériter
sa fille s'il l'estime malhonnête. En outre, des flexibilités
pour l'homme et pour la femme ont équilibré les lois régissant
le mariage. L'homme a désormais le droit de prendre le nom de
sa femme en l'épousant et peut, en cas de séparation, avoir
la garde des enfants, ce qui lui était majoritairement refusé
auparavant. Ainsi, le nouveau code tente d'instaurer, de manière
législative, l'équilibre entre hommes et femmes. Le ministre
brésilien de la justice, José Gregori s'est empressé de souligner
le grand pas constitutionnel que cette démarche représentait,
reconnaissant aussi que l'ancien code civil était "une loi aussi
robuste qu'une cathédrale", impossible à modifier facilement.
Cependant, certains juristes ne cachent pas leur scepticisme
en qualifiant ce nouveau code de "né déjà vieux" argumentant
sur le fait que compte tenu de la lenteur du processus législatif,
il sera toujours "hors de la réalité des préoccupations". Pour
calmer la polémique, un autre avocat a réconcilié les esprits
en déclarant que "le nouveau code n'apporte pas de grandes nouveautés
mais modifie des lois extravagantes".
Mais cela ne suffit pas bien entendu, car les lois extravagantes,
mêmes si elles ne figurent plus dans le code du parfait comportement
discriminatoire à l'égard des femmes, sont toujours en vigueur
dans la rue et dans l'existence des Brésiliennes. La violence
domestique et sexuelle frappe toujours un nombre considérable
de filles et de femmes au foyer : la maison est le lieu où se
déroulent les pires exactions qui peuvent aller jusqu'au crime.
Les infrastructures restent insuffisamment efficaces pour porter
secours aux victimes d'abus et d'agressions familiales. Les
refuges sont parfois mal équipés et mal organisés. La justice
reste encore clémente pour des hommes qui arrivent à justifier
un acte répressif envers leur épouse, en cas d'infidélité par
exemple. Ainsi, à l'instar des pays comme le Pakistan ou la
Jordanie, connus pour leur tradition hautement discriminatoire
à l'égard des femmes, on arrive à recenser au Brésil quelques
crimes d'honneur. L'image de la femme brésilienne qui attise
la ferveur des hommes fait d'elle la seule et unique fautive
aux yeux de la coutume séculaire et trop souvent aussi, de la
justice populaire et instituée. Une femme parvient donc à être
responsable du viol qu'elle subit.
Les ONG, qui travaillent en collaboration avec le Conseil National
des Droits des Femmes, tentent de faire disparaître graduellement
les attributs représentatifs de la sexualité relatifs à l'image
de la femme brésilienne. La tâche n'est pas simple, d'autant
que le Brésil offre un marché de l'exploitation sexuelle en
pleine expansion à son pays et au monde entier par l'intermédiaire
de trafics internationaux. Ainsi, la relation étroite qui existe
entre l'exploitation économique et sexuelle verrouille souvent
les issues législatives et judiciaires qui pourraient être initiées
à ce sujet en matière de protection de la liberté et de l'intégrité
des filles, parfois à peine âgées de 12 ans.
Mais l'exploitation économique ne s'arrête pas là. Le traitement
des salaires dans les entreprises reste défavorable pour les
femmes. Si elles sont de race noire, la disparité est encore
plus dramatique, leur imposant le tiers du revenu mensuel d'un
homme pour une qualification et un poste identique. Compte tenu
du fait qu'aujourd'hui, une famille brésilienne sur quatre dépend
des seuls revenus de la mère, ces foyers monoparentaux féminins
se trouvent parmi les plus pauvres et les plus vulnérables du
Brésil quant à l'exploitation parallèle dont la mère et les
filles peuvent faire l'objet. Le travail de réhabilitation de
la femme au Brésil est colossal, empreint de la culture archaïque
patriarcale de plusieurs siècles d'exploitation.
Le gouvernement s'efforce de trouver des solutions aux droits
des femmes pendant que des dizaines de personnes meurent chaque
jour, chaque mois, sous les balles et la torture des "escadrons
de la mort" qui sillonnent les rues pour "nettoyer" le pays
des opposants au régime, des pauvres "trop voyants", de la jeunesse
en révolte contre la pauvreté et un pouvoir qui ne parvient
pas à leur offrir un quelconque avenir. Des camps de torture
dans l'enceinte des postes de police viennent ajouter leur lot
de souffrance et de crimes avec l'aval "post mortem" des autorités
dans un pays où la police, militarisée, échappe souvent, volontairement
ou non, au contrôle de la république et de sa justice. Ne nous
y trompons pas, le Brésil n'est pas apte, à l'heure actuelle,
de brandir l'image, même naissante, d'une démocratie moderne.
Celle-ci a la même odeur que ces démocraties dictatoriales issues
de certains pays d'Afrique ou d'Asie : ceux qui se battent pour
le respect des droits humains et de leurs droits civiques élémentaires
sont assassinés et leurs bourreaux disculpés des crimes et des
massacres dont ils sont responsables.
Pour que le Brésil puisse sortir véritablement et sincèrement
de cette ornière où s'entassent, chaque jour un peu plus, les
cadavres de ceux qui tentent de se rendre "visiblement humains",
il lui faut reconnaître et promouvoir sans relâche celles qui
sont capables de donner la vie au milieu même des tombes.
Car s'il est une chose à soigner dans la société brésilienne,
ce n'est pas l'invisibilité illusoire des femmes mais bien la
déficience visuelle de ceux qui se sont rendu aveugles par la
négativité de leurs choix et de leurs actes criminels à leur
égard. Qu'ils recouvrent la vue et ils verront la lumière...
Thierry
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Source :
ONU, US dept, ONG "CEPIA" Brésil, AFP,
TPI-DE, CNDM Brésil
Photo : cinémabrazil.org |
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