| La
Femme en Colombie [11-2000] |
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Des décennies de conflits armés entre les différentes factions
militaires et paramilitaires, semant la terreur dans le pays,
ont familiarisé la Colombie avec une violence toujours plus
aveugle et sanguinaire…
En prenant connaissance des différentes exactions commises par
les Fronts de Libérations multiples qui œuvrent individuellement
dans le pays, en essayant de comprendre l'attitude assez tiède
du gouvernement face à ces problèmes graves, celui-ci étant
pleinement impliqué dans les actions de représailles incontrôlées
lancées contre des présumés sympathisants de la révolution,
en comptant le nombre incessant de femmes et d'enfants déplacés
d'une contrée à l'autre, la Colombie nous laisse la forte impression
d'un pays entièrement livré à lui-même. Les lois existent, même
si elles ne sont pas toutes claires et précises, mais rien ne
semble favoriser leur application !
Si l'on se réfère à dix ou vingt ans en arrière, il est évident
que la condition des femmes colombiennes a évolué, tout au moins
au niveau de la constitution. Les efforts ont été fournis afin
de garantir un minimum de droits aux femmes, notamment en matière
d'éducation, de santé, de justice. Les textes de la CEDEF vont
jusqu'à bénéficier de la primauté sur la législation nationale.
Cependant, vu le contexte négatif dans lequel le pays se trouve,
nous ne savons pas si cette orientation doit nous renseigner
sur l'inutilité de la constitution colombienne, incapable d'établir
une base législative protégeant ses citoyens, s'il s'agit, par
ailleurs, d'une véritable promotion des droits des femmes voulue
consciemment par le gouvernement ou tout simplement d'un pare-fumée
destiné à cacher le manque de préoccupation sociale du gouvernement
?
Ainsi, toutes ces avancées, quelles soient réelles ou pas, paraissent
balayées à la moindre rafale de mitraillette ! Le gouvernement
est là, votant des lois pour assurer une certaine forme d'égalité
hommes/femmes, annonçant des mesures pour combattre une violence
qui s'infiltre jusque dans l'âme même du peuple colombien, mais
il affiche une bien faible volonté en matière de promotion et
de respect des droits humains. En 1996, fut créée la Direction
nationale de l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.
La même année, une loi fut votée qui criminalisait les actes
de violence familiale, incluant le viol marital. En 1999, un
projet de loi est présenté au Congrès colombien visant à supprimer
ce délit de violence, perpétré à l'égard des femmes, sur les
plans civil et pénal pour le transférer à la gestion de tribunaux
administratifs ! Cette décision constitue une perte certaine
pour l'évolution des droits des femmes en Colombie si les délits
de violence à leur égard ne sont pas reconnus et traités sur
le plan national. Plusieurs indices montrent, en outre, que
la violence exercée contre les femmes n'est pas considérée comme
grave, notamment lorsque l'instigateur de ce type d'actes ne
se voit condamné qu'à 1 à 6 mois d'emprisonnement, souvent avec
sursis et sous surveillance. Cela montre encore une fois le
manque d'intérêt profond accordé à la condition de celles qui
subissent, de front, les querelles de pouvoir de quelques hommes.
Chacun y va de sa petite ingéniosité pour discriminer un peu
plus les minorités. Ainsi, les escadrons de la mort, soutenus
par la police et les milices urbaines, s'octroient la tâche
de "nettoyer les villes" des "déchets de la société" que sont,
pour eux, les prostituées, les homosexuels, les mendiants et
les trafiquants en tout genre. D'un côté, il existe un large
marché de la prostitution qui profite de la pauvreté dont les
femmes et les enfants sont les premières victimes, pour les
placer sur le trottoir. D'un autre, les escadrons de la mort
viennent les supprimer !
Autre ambiguïté sur le plan social : l'avortement représente
la deuxième cause de décès maternels en Colombie alors que celui-ci
n'est pas légalisé. Souvent les femmes demandent le droit à
l'avortement en cas de viol mais cette possibilité ne leur est
pas offerte ni même leur atteinte psychologique reconnue. Certains
médecins considèrent ces femmes comme des criminelles et ne
les assistent pas dans leur volonté d'avoir recourt à cette
pratique. Cette attitude discriminatoire à l'égard des femmes
affecte également le secteur général de la santé où elles souffrent
d'un manque cruel de considération spécifique à leur condition
sexuelle féminine. Ainsi, la quasi totalité des colombiennes
ne dispose pas d'un accès aux soins suffisant dû à leur sexospécificité.
Bien entendu, la Colombie affiche son lot de discriminations
de base autorisées à l'égard des femmes. Entre l'éducation,
encore difficilement accessible à la majorité des filles - beaucoup
d'entre elles sont obligées de quitter le circuit scolaire dès
la fin du premier cycle pour réintégrer la cellule familiale
ou pour être mariées très jeunes - et l'insuffisance de prévention
et de protection en matière de violences physique et psychologique,
la guerre civile vient anéantir sur bien des aspects l'espoir
de vie des filles et femmes colombiennes. Peu de cas, comparés
à la réalité des faits et à la dérive d'abus communément enregistrés
en période de conflits, sont révélés à cause de la peur de représailles
plus importantes et d'exécutions sommaires.
Il y a bien des présidents et des gouvernements colombiens qui
se succèdent, mais c'est la violence qui se présente aux élections
et qui remporte la majorité quasi absolue : voilà plus de trente
ans qu'elle est au pouvoir !
Voir aussi : Ingrid
Betancourt, une femme colombienne !
Thierry
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Source : ONU, US dept, Amnesty, Wom,
WorldNews
Photo : "All the web" media search
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