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La Femme au Kirghizistan [10-2000]


Femme kirghize Le 31 août 1991, l'indépendance est proclamée au Kirghizistan. Par nécessité et pour oublier les années sombres d'un pouvoir communiste totalitaire, le pays s'ouvre alors à une économie de marché…

A l'instar de tous les pays qui se libèrent d'un régime oppresseur, l'explosion de la société, la mise en œuvre d'une nouvelle économie, d'une nouvelle orientation politique ont plongé très rapidement le pays dans une situation instable, comme si tous les problèmes, jusqu'alors dissimulés derrière le "bloc" uniforme de la société communiste, jaillissaient de manière incontrôlée et simultanée ! Les transformations politiques, économiques et sociales n'apportent pas toujours uniquement des effets positifs, surtout lorsqu'il est question des droits des femmes dans une culture encore profondément patriarcale qui a beaucoup de mal à se défaire de ses préjugés. Cette situation n'entache pas pour autant la bonne volonté exprimée par le gouvernement de promouvoir le respect à l'égard des femmes, leur intégration plus prononcée dans les préoccupations générales du pays à l'aide de mesures législatives renforcées. En effet, pas moins de vingt-deux traités internationaux relatifs aux Droits de l'Homme, y compris la CEDEF, ont été adoptés depuis dix ans.

Dans le même élan, six lois ont été examinées dans une optique d'équité entre les hommes et les femmes. Vingt autres textes législatifs devaient faire l'objet d'une révision. Dans la plupart des cas, les lois ont été traduites dans les différentes langues qui sont parlées au Kirghizistan, notamment le russe et l'ouzbek afin que l'information atteigne la plus grande partie de la population kirghize. Par ailleurs, l'accès des filles à l'éducation est égal à celui des hommes.

Néanmoins, des facteurs et difficultés, dont les plus significatifs sont la pauvreté et le chômage, entravent la mise en application de la plupart de ces mesures. Un autre facteur réside aussi dans l'ambiguïté tangible qui entoure les liens entre la Commission d'état et le ministère et qui est contenu, également, dans les comportements et les prises de décisions du gouvernement et du chef de l'état lorsqu'il s'agit de préserver leur pouvoir ou de cacher leurs débordements et leurs abus. En 1998, le ministère de la Justice a révoqué l'agrément du comité kirghize pour les droits humains. Ce n'est qu'à la suite de protestations et pressions internationales que l'agrément a été renouvelé.

En fait, lorsque nous y regardons de plus près, nous décelons un certain laxisme à l'égard des lois, toujours en vigueur ou absentes du registre, qui sont ouvertement discriminatoires à l'égard des femmes. Ainsi, la polygamie continue d'être pratiquée dans certaines régions sans que le gouvernement ne s'en inquiète et le code pénal considère toujours le lesbianisme comme un délit sexuel passible de sanctions. L'insuffisance de ressources financières et humaines actuellement consacrées à la promotion de la femme, l'absence d'efforts satisfaisants pour appliquer des mesures temporaires pour améliorer leurs conditions dans la société jettent un voile sur les engagements pris par ailleurs. Ce qui est plus inquiétant encore, c'est l'intensification alarmante des cas de violence commis à l'égard des femmes : violence conjugale due à l'alcoolisme ou la toxicomanie, viols individuels et collectifs. De même, il a pu être constaté une expansion de la prostitution et de la traite des femmes sans que des mesures nationales n'aient été prises pour essayer d'enrayer ce développement.

Il subsiste, en tout état de cause, des zones d'ombre dans les intentions contradictoires d'une politique "volontaire" d'un côté, peut-être pour faire bonne figure face à la communauté internationale, les excès de pouvoir et les négligences humaines de l'autre. Certaines promesses, faites en 1996, comme celle d'atteindre un taux de participation des femmes dans les structures politiques au moins égal à 40%, n'ont pu être tenues. Le souci d'assurer son pouvoir à la tête d'un pays n'est pas en adéquation avec le désir de le partager avec autrui, encore moins lorsqu'il s'agit d'y inclure les femmes ! Veillons à ce que les bonnes volontés d'une nation naissante ne laissent pas la place aux velléités des vieux régimes figés par l'ambition puérile des dictatures à façades "républicaines" !


Thierry Contact

Source : ONU, US dept, Amnesty
Photo : http://www.berclo.net/
 



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