| La Femme au Perou [07-2000] |
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Depuis juillet 1999, le Pérou ne reconnaît plus la compétence
de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme. Il en résulte
des conséquences tragiques pour les défenseurs de droits humains
et pour tous ceux qui espéraient êtres reconnus dans leurs souffrances…
Autant le dire d'emblée, les conditions de vie des péruviens sont extrêmement préoccupantes au vue de la politique économique et sociale menée par le gouvernement qui est d'une incohérence rarement égalée. Dans ce contexte, où la pauvreté touche près de la moitié de la population, les femmes péruviennes sont victimes d'une discrimination sans borne.
Ainsi, les mesures instaurées en leur faveur par le gouvernement apparaissent plus comme un "cache misère" tendant à faire oublier des choix politiques pour le moins douteux : réduction des budgets de santé et d'éducation doublée d'une incapacité à mettre en œuvre des réformes sur le plan social destinées à réduire les grandes disparités qui existent au sein de la population. Un ministère de la promotion de la femme et du développement humain a bien été créé, mais la discrimination et les actions commanditées par le gouvernement à l'égard des femmes, et des femmes autochtones en particulier, annihilent sa raison même d'exister.
Que dire de la loi autorisant la stérilisation des femmes comme moyen de planification familiale. Que dire de l'attitude de ceux qui ont utilisé cette loi pour faire pression sur les femmes autochtones ? Face à la pauvreté extrême de certaines d'entre elles, plusieurs fonctionnaires de la santé n'hésitent pas à jouer de cette loi pour obtenir les promotions et primes promises par le gouvernement, en assurant aux femmes, qui accepteraient de se faire stériliser, des produits alimentaires en compensation. C'est le seul moyen trouvé pour essayer d'éradiquer le fléau de la pauvreté, car, en effet, il est en partie responsable du taux très élevé de mortalité infantile et maternelle qui touche toutes les femmes autochtones en âge de procréer et surtout, les jeunes filles de 15 à 19 ans.
Mais la discrimination ne s'arrête pas là. Les lois réglementant la prostitution sont ambiguës dans le sens où l'on ne distingue pas réellement si elles protègent les droits des prostituées ou la santé des clients qui verraient, également, leur accès aux services sexuels facilité. Car l'exploitation sexuelle atteint un niveau inquiétant dans des zones déclarées en situation d'urgence : des adolescentes abandonnent très tôt le cycle scolaire et se retrouvent, souvent forcées par le contexte de misère dans lequel elles vivent, à alimenter le marché de la prostitution. Les cas de viols sont également fréquents au sein de cette même tranche d'âge et la justice a toujours affiché une faiblesse délibérée face à la dénonciation de cet acte de violence. Une loi votée en mai 1999 semble toutefois mettre un frein à l'impunité des auteurs d'agressions sexuelles. Ces derniers pourront êtres poursuivis devant la cour pour leurs actes à l'égard des femmes. De plus, le texte de loi prévoit que le coût de la procédure judiciaire sera pris en charge par les tribunaux.
S'il faut accueillir avec satisfaction cette mesure importante en faveur des femmes péruviennes, il ne faut pas oublier le chemin encore énorme qu'il reste à parcourir en matière d'information, d'éducation et d'emploi, où beaucoup de femmes restent victimes d'une forme d'esclavage en tant que domestiques, non rémunérées et exploitées. La situation au Pérou est chaotique entre les actes terroristes perpétrés contre le pouvoir en place, la politique incohérente, rappelons-le, menée par le gouvernement en matière de vie sociale et économique, en matière de droits humains également qui sont bafoués en permanence par des actes de torture, des manœuvres d'intimidation et de menaces de mort à l'égard des militants d'opinions diverses exprimées en faveur des droits multiples qui leur resteraient à acquérir...
Bref, si ce pays, bercé par les mystères de certaines civilisations prestigieuses reste un paradis pour les anthropologues et ethnologues, pour les droits humains en général et ceux des femmes en particulier, ce n'est pas le Pérou !
Thierry
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Source : ONU, US dept, Amnesty
Photo : csrp.org
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