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Femme en Chine [MAJ 09-2001] |
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Pas moins de 16 pays frontaliers dont l'Afghanistan, le Myanmar
(ex Birmanie), le Pakistan, la Corée du Nord, pour ne citer
que les plus controversés, entourent la République Populaire
de Chine et témoignent, s'il le fallait, de l'importance géographique
et stratégique hors du commun de ce véritable empire. Avec 22
provinces et 5 régions autonomes, plus que de l'entité d'une
nation uni culturelle, c'est de la coexistence de plusieurs
mondes hétérogènes rassemblés en un seul pays dont il est préférable
d'appréhender l'existence. Et c'est autant de situations distinctes
auxquelles les femmes chinoises doivent s'adapter en matière
de droits et de conditions de vie.
Cette "moitié du ciel", que Mao Zedong leur avait "offert"
dans un discours dithyrambique prononcé à la gloire du communisme
et de l'égalité hommes/femmes n'est, aujourd'hui encore, qu'une
illusion. Car, si en vertu des lois, les femmes chinoises jouissent
des mêmes droits que les hommes dans les domaines de la politique,
de la culture, de l'éducation, du travail, de la propriété mais
aussi sur leur personne en matière de liberté, de santé, sur
le plan du mariage et de la vie familiale, les mentalités n'ont
certes pas vraiment évolué, la réalité restant assez éloignée
de ce que promettent les textes.
Ainsi, malgré le fait que la Chine se soit gratifiée de l'adoption
de plusieurs traités relatifs aux droits humains, en signant
et ratifiant, entre autre au cours des 20 dernières années,
la Convention contre la torture, la Convention internationale
contre toute forme de discrimination raciale et religieuse,
le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
et la CEDEF - relative aux discriminations faites aux femmes
- le pays est régulièrement interpellé par les ONG nationales
et internationales des droits humains pour violation systématique
de ces mêmes traités. Les cas de répressions, de tortures, de
procès inéquitables, de restriction de la liberté d'information
et de la presse, perpétrés par les autorités sont légion et
mettent en réelle contradiction une préoccupation humaine de
façade affichée au reste du monde avec la souffrance profonde
d'un peuple ouvertement opprimé.
Les conditions de vie des chinoises - si elles semblent meilleures
que dans les pays voisins de l'Asie - n'atteignent pas des sommets,
loin s'en faut ! La politique sociale relative à la régulation
des naissances a engendré des actes discriminatoires inconsidérés
selon les régions et les provinces. Ainsi, comme il est de tradition
en Chine, à l'instar de la plupart des pays côtoyant la pauvreté,
la naissance d'un garçon est hautement préférable à celle d'une
fille. Si cette discrimination, pouvant paraître inoffensive
au premier abord, ne s'exprime que faiblement lors de la venue
du premier enfant au sein d'un couple, l'autorisation accordée
par le gouvernement pour l'obtention d'un deuxième enfant a
des répercutions sociales dramatiques. En effet, la méthode
aux ultrasons est alors largement pratiquée sur le fœtus afin
de déterminer s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille. Dans la
majorité des cas, le diagnostic annonçant une fille entraîne
simultanément une demande d'avortement des parents. Cette pratique
est si courante que dans la province rurale de Liaoning, on
compte trois fois plus de garçons que de filles nés en seconde
couche, ratio jamais atteint dans n'importe quel pays du monde,
l'équilibre y étant sensiblement maintenu.
S'il n'est pas possible d'avorter, certaines filles sont directement
abandonnées dans la rue - certaines sont jetées dans les fleuves
- les autres, qui atteignent un âge suffisant, finissent par
être renvoyées du domicile familial et, une fois sur le trottoir,
soumises à l'errance, elles sont souvent récupérées pour alimenter
le marché de la prostitution. Prises en charge par un réseau
savamment organisé, elles sont acheminées vers des pays aussi
divers que la Malaisie, Taiwan, l'Australie, le Japon, les Etats-Unis
et le Canada. Les plaques tournantes chinoises de l'industrie
du sexe sont connues pour êtres Shanghai, Hong-Kong et Guangzhou.
Le Tibet fait également l'objet d'un trafic de filles qui sont,
pour la plupart, mariées de force à des paysans chinois ou introduites
dans un réseau de prostitution. Le gouvernement condamne cette
pratique mais ne parvient pas à l'éradiquer, faute de volonté
constante et de moyens déployés.
La Chine demeure un pays antagoniste en ce qui concerne sa politique
égalitaire entre hommes et femmes. Professionnellement parlant,
les femmes ont beaucoup de possibilités pour accéder à des postes
importants aux seins des administrations, des entreprises, du
parti central. Cependant, lorsque l'opportunité se présente,
la pression de la tradition, accentuée par celle du mari - qui
veut quelqu'un à la maison pour s'occuper de lui et de ses enfants
- font que, dans la plupart des cas, la femme refuse la promotion
sociale qui lui est proposée. En outre, pour peu qu'une entreprise
se retrouve en difficulté, les femmes sont les premières à en
subir les conséquences : diminution des salaires - déjà inférieurs
à ceux des hommes pour un travail et une compétence identique
- pression pour les obliger à démissionner, violences multiples
d'intimidation, etc.
La violence dont elles sont l'objet n'est pas uniquement réservée
au domaine professionnel. La vie privée apporte son lot d'agressions
auxquelles les Chinoises sont habituées. Car pour la majorité
d'entre elles, mieux vaut s'habituer et ne pas trop faire de
vagues. En effet, aucune loi ne les protège de la violence domestique.
Excepté quelques amendements relatifs au mariage et spécifiant
que la femme mariée ne doit faire l'objet d'aucun abus, rien
n'est vraiment clair en ce domaine au sein du système judiciaire.
Ainsi, en dépit d'une certaine prise de conscience de l'existence
de cette violence, il n'y a aucun refuge pour femmes battues
qui a été créé dans les provinces les plus concernées.
Et, pour finir de noircir le tableau, ces femmes, vivant aussi
bien en ville que dans les campagnes, doivent gérer une pression
telle - la moindre contrariété peut se transformer en mini tragédie
familiale - qu'un nombre considérable d'entre elles se suicident
à l'aide de pesticides dans un geste de désespoir. Les
chiffres sont alarmants : un demi millier par jour !
La discrimination peut se répandre et opérer partout dans le
pays, à différents niveaux sociaux et économiques, selon les
spécificités régionales. Le peuple chinois est privé de liberté,
de ses droits humains fondamentaux.
Les femmes, elles, ont un poids supplémentaire considérable
sur leurs épaules : celui de devoir porter "la moitié de l'enfer",
cet enfer imposé par les dirigeants et les traditions ancestrales
inhumaines… alors que le ciel tout entier leur appartient.
Thierry
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Source : US dept, ONU, Courrier International,
New-York Times, Amnesty International, ACAT
Photo : ONU
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